1. Accueil
  2. Politique
  3. Politique provinciale

Québec resserrera la réglementation sur l’épandage des biosolides dans les champs

Vue aérienne d'un amas de biosolides stockés dans un champ.

À la suite d'informations révélées par Radio-Canada, Québec assure qu'il resserrera la réglementation entourant l'épandage de biosolides dans les champs et interdira l'importation de déjections en provenance des États-Unis.

Photo : Radio-Canada / François Genest

Anne Marie Lecomte

Le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, entend « accélérer le pas de manière significative » pour mieux encadrer l'épandage des boues d'épuration – appelées biosolides – dans les cultures destinées à l'alimentation animale, à proximité des terres agricoles réservées à l'alimentation humaine de la province.

Vendredi, le ministre a réagi aux reportages d'Enquête et de La semaine verte qui mettent en lumière les actions de l'industrie du fumier humain par lesquelles des tonnes de déjections en provenance des États-Unis sont importées au Canada.

Ce n’est pas le genre d’information qu’on aime recevoir comme ministre, a reconnu M. Charette, qui avoue être troublé par cette situation.

Du côté du gouvernement fédéral, le premier ministre Justin Trudeau a dit qu'il s'agissait d'allégations extrêmement troublantes... On va faire des suivis, lorsqu'il a été questionné durant un point de presse en Colombie-Britannique.

Des actions rapides

Son ministère, dit-il, travaillait déjà sur ce dossier. Le ministre assure qu'il a demandé à ce qu'on accélère le pas de manière significative pour interdire l’épandage de biosolides qui nous parviennent des États-Unis, notamment.

Le ministre de l'Environnement du Québec confirme que la réglementation les concernant sera modifiée dans les prochaines semaines.

Quant à l'épandage des boues qui sont traitées ici même au Québec, Benoit Charette compte l'encadrer de manière plus étroite pour s’assurer qu’on ne compromette pas l’intégrité de nos terres agricoles et qu’on ne menace pas la santé humaine.

Des actions solides seront posées dès les prochaines semaines, assure-t-il, relativement à ce second élément.

Le ministre Charette veut que ces modifications réglementaires soient en place dès 2023, pour le début de la saison des cultures : On parle de principe de précaution, il faut agir rapidement.

D'où viennent ces matières?

Les biosolides, ou boues d'épuration, résultent du traitement, par exemple, des eaux usées municipales pour diminuer ou éliminer les organismes pathogènes qu'elles contiennent. Leur épandage sert à amender et à améliorer le sol, parce qu'ils contiennent des éléments nutritifs et des matières organiques.

Aux États-Unis, l'État du Maine a légiféré pour bannir l'épandage de boues municipales ou industrielles sur tout le territoire après avoir découvert qu'elles avaient contaminé les sols. Des biosolides contenaient en effet des produits chimiques dits éternels, des PFAS, qui ne se dégradent pas, ou très peu.

La Semaine verte a cité des données d'Environnement Québec indiquant qu'en 2018, la Montérégie était la région qui recevait le plus d’épandages agricoles de biosolides municipaux sur ses terres (34 922 tonnes), suivie de l’Estrie (26 714 t), du Centre-du-Québec (23 296 t) et du Saguenay–Lac-Saint-Jean (22 749 t).

On n'était pas au courant

Le ministre de l'Agriculture du Québec est préoccupé par les biosolides en provenance des États-Unis qui contiennent toutes sortes de choses mélangées là-dedans.

On n'était pas au courant, assure André Lamontagne.

La santé des sols, c’est très important, affirme M. Lamontagne, dont le ministère a demandé l'an dernier à des chercheurs universitaires d'approfondir les connaissances dans le domaine de la revalorisation des matières résiduelles.

Les résultats de ces études sont attendus au début de 2024.

Le ministre salue les initiatives prises pour revaloriser les matières résiduelles, ce qu'on est invité à faire comme société, rappelle-t-il. Mais il faut s’assurer qu’il y a une surveillance et [que] ce qui est revalorisé, et épandu sur nos terres, c'est correct.

André Lamontagne affirme être en discussion avec l'Union des producteurs agricoles (UPA) à ce sujet.

C'est notre garde-manger!

Martin Caron, président de l'UPA, a la ferme intention d'interpeller les gouvernements provincial et fédéral à ce sujet. C'est vraiment nouveau pour nous, s'alarme-t-il au sujet des biosolides en provenance des États-Unis et qui ont été importés au Québec, alors qu'ils étaient potentiellement contaminés.

C'est inacceptable. Qui laisse passer ça?
Une citation de Martin Caron, président de l'UPA

Moi-même, je suis producteur agricole et je ne veux pas de sols contaminés, s'inquiète M. Caron. Qui va me donner des garanties, qui va assumer les coûts advenant qu'il arrive quelque chose?

Au Québec, dit-il, les producteurs agricoles s'assurent qu'il n'y ait pas de lien direct avec l'alimentation humaine lorsqu'ils procèdent à l'épandage de biosolides : C'est bien géré et c'est strict comme réglementation.

Mais pour la suite des choses, les producteurs agricoles vont rester prudents jusqu'au bout et réclamer des analyses, affirme Martin Caron.

C'est le garde-manger des Québécois et des Québécoises.

À lire et à voir aussi :

Anne Marie Lecomte

À la une