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L’angoisse de familles néo-brunswickoises devant l’avenir incertain de l’immersion

La famille Gerbrandt. Esther, la mère Julianne, Madeleine, le père Marshall et Jacob.

La famille Gerbrandt autour de la table : Esther et Madeleine font leurs devoirs de français, accompagnées de leurs parents Julianne et Marshall, et du petit Jacob, qui est en maternelle.

Photo : Radio-Canada : Michèle Brideau

RCI

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick envisage l'abolition du programme d'immersion française dans la seule province officiellement bilingue du pays.

Le premier ministre Blaine Higgs aimerait le remplacer en septembre 2023 par un tout nouveau programme d'apprentissage du français langue seconde (nouvelle fenêtre), dont les détails ne sont toujours pas connus.

Notre but est d'avoir plus d'enfants qui parlent les deux langues dans notre province, a affirmé M. Higgs.

Son projet cause de l'anxiété chez de jeunes élèves, et suscite inquiétude et frustration chez leurs parents.

Esther Gerbrandt prend des notes dans son cahier de français.

Esther Gerbrandt prend des notes dans son cahier de français.

Photo : Radio-Canada : Michèle Brideau

Esther Gerbrandt a 10 ans. Sa sœur Madeleine en a huit. Elles sont en immersion française à l'école primaire de Harvey, près de Fredericton.

Chaque jour, elles arrivent à la maison heureuses. Elles sont curieuses et engagées dans leur apprentissage du français.

J'aime le français. Donc, si j'ai le choix, je vais faire le français pour toutes les années.
Une citation de Esther Gerbrandt

Les sœurs peuvent déjà bien lire et écrire le français.

Madeleine pratique sa lecture du français avec sa mère, Julianne Gerbrandt.

Madeleine pratique sa lecture du français avec sa mère, Julianne Gerbrandt.

Photo : Radio-Canada : Michèle Brideau

Leurs parents, Julianne et Marshall Gerbrandt, en sont fiers. Ils veulent des enfants bilingues.

En octobre, le ministre de l’Éducation, Bill Hogan, affirmait que les élèves actuellement dans un programme d’immersion pourraient poursuivre leur parcours jusqu’à la 12e année. Toutefois, le programme risque de ne pas être offert aux enfants de la première année lors de la rentrée 2023.

Cela exaspère Julianne Gerbrandt. Son plus jeune, Jacob, est en maternelle et il ne pourra peut-être jamais faire l'immersion française au Nouveau-Brunswick.

Au début, c'était incroyable parce que je n'ai pas voulu le croire, avoue-t-elle.

Jacob Gerbrandt colle des lettres sur une feuille.

Jacob Gerbrandt fréquente la maternelle. Ses parents trouvent important qu'il aille en immersion française.

Photo : Radio-Canada : Michèle Brideau

Le groupe Canadian Parents for French n'en revient pas

C'est aussi difficile à croire pour les membres de Canadian Parents for French, un groupe de parents anglophones qui militent pour l'apprentissage du français au pays et qui tiennent à l'immersion française.

Si ça arrive au Nouveau-Brunswick, ça pourrait arriver dans les autres provinces, craint Nicole Thibault, la directrice nationale de ce groupe.

Chris Collins (à droite dans la photo) mène une réunion du groupe Canadian Parents for French.

Chris Collins (à droite dans la photo) mène une réunion du groupe Canadian Parents for French.

Photo : Radio-Canada : Michèle Brideau

Je ne peux pas croire que nous sommes ici pour discuter de cela en 2022, renchérit l'un des membres, Chris Collins.

On est surpris parce qu'on voit le Nouveau-Brunswick comme un leader en matière des langues officielles, l'apprentissage et la recherche, souligne Nicole Thibault.

Nicole Thibault, de Canadian Parents for French.

Nicole Thibault, de Canadian Parents for French, craint que la perte du programme d'immersion au Nouveau-Brunswick ne soit imitée par d'autres provinces.

Photo : Radio-Canada : Michèle Brideau

Je perds mon français

Quel programme remplacerait l'immersion française? Les familles ne le savent toujours pas, à moins de 10 mois de la prochaine rentrée scolaire.

Natascha Robichaud fréquente l'école Maplehurst, à Moncton, où l’on a implanté un projet pilote d'apprentissage du français.

Les élèves d'immersion de 7e année, comme elle, se retrouvent dans des classes où les enseignants donnent le cours à la fois en français et en anglais. Ce n'est donc plus de l'immersion.

Natasha Robichaud, élève en immersion française.

Natasha Robichaud affirme être frustrée de perdre son français.

Photo : Radio-Canada : Michèle Brideau

Si on parle de moins en moins en français, on le perd, remarque-t-elle. C’est pour ça que je vous parle en anglais.

Je suis très frustrée, parce que je perds mon français.
Une citation de Natasha Robichaud, élève de 7e année

Sa mère, Christiana Robichaud, est très déçue et se demande comment Natasha réussira à rattraper le français qu'elle a déjà perdu cette année.

Elle se demande aussi ce qui attend tous les autres élèves de la province.

Christiana Robichaud se dit très déçue de voir la suppression du programme d'immersion française.

Christiana Robichaud

Photo : Radio-Canada : Michèle Brideau

C'est irresponsable de vouloir remplacer l'immersion aussi vite et sans un plan solide, juge-t-elle.

Étonnement chez les chercheurs

Il n'y a pas que les parents qui critiquent les intentions du gouvernement Higgs. Des chercheurs ont sursauté en apprenant la fin de l'immersion.

On n'a pas assez de temps. On s'inquiète, révèle Paula Kristmanson, directrice de l'Institut de recherche en langues secondes du Canada à l'Université du Nouveau-Brunswick (Université du Nouveau-Brunswick).

Elle affirme que la meilleure façon d'apprendre le français langue seconde est en immersion.

Paula Kristmanson est directrice de l'Institut de recherche en langues secondes du Canada à l'Université du Nouveau-Brunswick.

Paula Kristmanson est directrice de l'Institut de recherche en langues secondes du Canada à l'Université du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada : Michèle Brideau

Paula Kristmanson dit qu'il faut des années pour mettre sur pied un nouveau programme d'apprentissage, le tester et former les enseignants.

Son institut a publié une lettre ouverte dans laquelle on peut lire que le défi est monumental et qu'il est totalement déraisonnable de penser qu'un programme solide pourrait être mis en place en seulement 10 mois.

Je ne peux pas voir comment ça va se dérouler dans une période de temps qui est vraiment courte, craint-elle.

Garder espoir

Julianne Gerbrandt tient à l'immersion pour ses trois enfants.

Elle ne peut qu'espérer qu'un programme différent en septembre 2023 serait tout aussi efficace. Sinon, pourquoi va-t-on enlever cette opportunité à tellement d'élèves parce que c'est un programme tellement populaire dans notre province? se questionne-t-elle.

D’après le reportage de Michèle Brideau

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