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Embaucher sept professeurs autochtones: le défi de l’Université d’Ottawa

Une affiche de l'Université d'Ottawa.

L’Université d’Ottawa dit vouloir concrétiser son Plan d’action autochtone (PAA), échelonné sur cinq ans.

Photo : Radio-Canada / David Bates

Maria-Louise Nanipou

L’Université d’Ottawa dit vouloir concrétiser son Plan d’action autochtone (PAA), échelonné sur cinq ans, qui inclut notamment l'embauche de sept professeurs autochtones. L'objectif, bien que noble et ambitieux, n’en est pas moins difficile à réaliser puisqu’il s'agit de postes très spécifiques.

L'objectif est de recruter des professeurs qui enseigneront à l’Institut de recherche et d’études autochtones, à la Faculté de médecine, à la Faculté de droit, à la Faculté d’éducation ainsi qu'à la Faculté des sciences sociales.

Ces embauches s’inscrivent dans un processus de décolonisation de l'Université d’Ottawa, qui est située sur les terrains de l’ancien établissement jadis élevé au rang d’université pontificale des Oblats en 1889, avant de se doter d’un statut laïque en 1965.

Il y a des responsabilités qui accompagnent ces liens au territoire, affirme Jill Scott, provost et vice-rectrice aux affaires académiques de l’Université d'Ottawa. Comment les Autochtones se voient-ils à l'Université d’Ottawa? Quel reflet leur propose-t-on? Ce sont des questions importantes, précise-t-elle.

L’aînée de la Première Nation algonquine anichinabée de Kitigan Zibi et première chancelière autochtone de l’établissement, Claudette Commanda, participera notamment aux comités de sélection pour chacune des disciplines.

Mme Commanda ciblera autant les communautés, les réseaux et les étudiants. Une démarche dans laquelle elle s'engagera de manière personnalisée, explique Jill Scott.

Nous savons très bien qu’il sera difficile de combler ces postes.
Une citation de Jill Scott, provost et vice-rectrice aux affaires académiques de l’Université d'Ottawa

L’Université d’Ottawa prendra en considération les candidatures de celles et ceux qui ne sont pas dotés d’un parcours traditionnel, car il est important également de prendre en considération des candidats en processus de terminer leurs études, précise Mme Scott.

Une femme pose devant un pont.

L’aînée de la Première Nation algonquine anichinabée de Kitigan Zibi et première chancelière autochtone de l'Université d'Ottawa, Claudette Commanda (archives)

Photo : Radio-Canada / David Richard

Un lien et des ponts à construire

Selon Armand McKenzie, Innu originaire de la communauté de Matimekush-Lac John et professeur de droit à l’Université d'Ottawa, il faut de la flexibilité, de la souplesse et de la rigueur pour l'embauche des professeurs autochtones.

Nous sommes témoin de la démonstration d'une ouverture d’esprit de l'Université d’Ottawa dont les décideurs ont démontré leurs capacités d'aller vers le chemin de la réconciliation, de la guérison et de la recherche de la vérité. Ce qui n’a pas toujours été le cas, affirme-t-il.

C’était l’Université des Oblats. Ceux qui ont participé à la violence vécue dans les écoles résidentielles, ne manque pas de préciser Armand McKenzie. En tant qu’ancien étudiant, je suis surpris de l’ampleur de l’évolution et de la reconnaissance accordée aux étudiants autochtones, fait-il valoir.

Il se souvient que lors de sa cérémonie de remise des diplômes, il avait vécu un événement révélateur d’une certaine réalité : on a voulu l'exclure de l’événement parce qu'à la demande de son père, il portait le manteau confectionné par sa mère avec la peau fumée d’un caribou tué par l’un de ses frères, et il avait à la main le tambour de son père.

La dame de l’Université d’Ottawa m’a [finalement] laissé entrer dans le Centre national des Arts (CNA) en criant à son personnel : "laissez-le porter les couleurs de sa nation", raconte Armand McKenzie.

Armand McKenzie est debout et tient d'une main un tambour et de l'autre, il serre la main d'un professeur en toge.

Armand McKenzie (droite) est originaire de Matimekush-Lac John et professeur de droit à l'Université d'Ottawa.

Photo : Gracieuseté : Armand McKenzie

Réconciliation et recherche de la vérité

Aujourd’hui, il croit que personne n’oserait empêcher un étudiant autochtone de porter les couleurs de sa nation. Personne ne pourrait exiger cela, précise-t-il.

Dans cette recherche de réconciliation et de la vérité, il faut donc promouvoir autant les réalités que les droits autochtones. L'embauche de professeurs autochtones, c'est dans l'ordre des choses, cela va dans la bonne direction
Une citation de Armand McKenzie, Innu originaire de la communauté de Matimekush-Lac John et professeur de droit à l’Université d'Ottawa

Cette présence autochtone n’a pour effet de déstabiliser ni l’ensemble de la société canadienne ni l’ensemble des établissements universitaires, au contraire, cela permet de faire de la place aux réalités autochtones qui font partie de la société canadienne, affirme Armand McKenzie.

Faire une place aux réalités autochtones

Aujourd’hui, s’adapter aux réalités autochtones constitue une priorité pour l’Université d’Ottawa, rappelle Jill Scott.

Cette évolution inclut déjà des espaces et des services pour les étudiants autochtones, ce qui fait place à une offre de sécurisation culturelle importante, souligne Armand McKenzie.

Pavillon de l'Université d'Ottawa.

Le pavillon William Commanda, à l'Université d'Ottawa

Photo : Radio-Canada / Maria-Louise Nanipou

Pour rappel, les étudiants autochtones sont souvent loin de leurs communautés, de leur nation, de leurs repères, ils sont susceptibles de vivre un choc culturel et il y a toute cette dimension d’échanges avec des étudiants provenant d'autres provinces et de d'autres pays également.

Ces étudiants se sentent en confiance avec un professeur autochtone, car ce dernier comprend leurs réalités, explique le professeur de droit.

Il y a des choses que l’on n’a pas à expliquer à un professeur autochtone. Il comprend d’emblée les embûches autant personnelles que celles liées à l’apprentissage, en parlant notamment de concepts du droit.
Une citation de Armand McKenzie, Innu originaire de la communauté de Matimekush-Lac John et professeur de droit à l’Université d'Ottawa

Selon Armand McKenzie, pendant longtemps les peuples autochtones étaient aux services des établissements universitaires et constituaient des sujets d’étude. Maintenant, on considère les Autochtones comme des partenaires, souligne-t-il.

Il croit aussi qu’il faut enseigner à tous les étudiants qu’il y avait des peuples autochtones qui habitaient le territoire et qu’ils avaient des droits sur ce même territoire.

Ces connaissances sont nécessaires afin de contribuer à éviter des conflits, c'est cela aussi la réconciliation et la recherche de la vérité, dit-il.

Maria-Louise Nanipou

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