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Finie l’époque où le diesel était source d’économies?

Historiquement considéré comme un carburant qui offre un meilleur rendement que l'essence, le diesel a connu des hausses de prix marquées cette année.

Quatre camions de marchandises.

Les coûts de transport sont grandement influencés par l'augmentation récente du prix du diesel. (Archives)

Photo : David Donnelly/CBC

Yanick Lepage
Yanick Lepage

Depuis des mois, Denis Castonguay, le directeur général de la Coopérative régionale de Nipissing-Sudbury, avertit ses clients qu’ils devront prévoir un budget supplémentaire cet hiver pour se chauffer au mazout, un dérivé du diesel. Pour une famille moyenne, ces augmentations de coûts se chiffrent à quelques milliers de dollars, selon lui.

La coopérative qui dessert le Nord de l’Ontario a vu ses prix passer de 1,68 $ le litre en 2021 à 2,28 $ le litre la semaine dernière, soit une augmentation de près de 36 %.

Portrait de Denis Castonguay.

Denis Castonguay, le directeur général de la Coopérative régionale de Nipissing-Sudbury, soutient que plusieurs de ses clients se tournent vers le propane en raison de la hausse de prix du mazout. (Archives)

Photo : Erik White/CBC

C’est très frustrant pour nos clients qui sont habitués à avoir une facture de 1800 $ à 2000 $ par année, et là, on leur arrive avec des coûts de 3000 $ à 4000 $, soutient M. Castonguay. D’où vont venir ces fonds-là ?, se questionne-t-il.

Si le prix de l’essence a été source d’indignation cette année (nouvelle fenêtre), le diesel a lui aussi connu des hausses vertigineuses de prix propulsées notamment par une demande mondiale accrue depuis le début de la guerre en Ukraine. Si bien que partout au pays, le prix à la pompe du diesel est aujourd’hui de plus de 50 cents de plus que celui de l’essence.

Comparaison du prix à la pompe de l'essence et du diesel en date du 28 novembre 2022 (en sous par litre)
Toronto : Essence - 146,8 ¢ Diesel - 198.5 ¢
Montréal : Essence - 159.9 ¢  Diesel - 219.3 ¢
Calgary : Essence -137.7 ¢ Diesel - 191.2 ¢
Moyenne canadienne  : Essence 152.0 ¢ Diesel - 209.0 ¢Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

À travers le pays, le diesel est plus cher que l'essence.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Ainsi, les conducteurs de voitures et de camions diesel qui réalisaient historiquement des économies en raison de la distance accrue que peuvent parcourir ces véhicules avec la même quantité de carburant perdent maintenant au change.

Les secteurs du transport, de la construction et de l’agriculture ressentent tout particulièrement ces hausses de prix, car ce sont les principaux consommateurs de ce carburant.

Au grand désarroi de Mitch Deschatelets, 98 % de la machinerie agricole, c’est au diesel. Ces hausses de coûts inquiètent le propriétaire d’une ferme de fruits et légumes du Nord de l’Ontario qui a vu sa marge de profit fondre dans les derniers mois.

Un fermier dans un champ de framboises.

L'agriculteur Mitch Deschatelets dans un de ses champs de framboises. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Félix Hallée-Théoret

Et il n’y a pas que le prix du diesel qui a monté. Le prix des engrais a monté, c'est effrayant, ajoute-t-il.

La guerre en Ukraine, la principale cause

Jean-Thomas Bernard, professeur d’économie à l’Université d’Ottawa, rattache ces augmentations de prix au 24 février dernier, jour où la Russie a envahi l’Ukraine.

Dans les deux semaines suivantes, le prix moyen du diesel au Canada a bondi de 32 % pour atteindre 2,14 $ le litre. Depuis, le carburant n'a jamais redescendu à sa valeur du début de l’année.

L’économiste spécialisé dans le secteur de l’énergie attribue ces hausses à deux facteurs, soit l’augmentation marquée du prix du baril de pétrole, matière première du diesel, et les hausses de prix du gaz naturel, dont la Russie est le plus important producteur mondial.

Le prix du gaz naturel a vraiment explosé [...] Il est à plus du double du prix moyen observé depuis 10 ou 12 ans, note M. Bernard.

Il explique qu’en raison de ces augmentations, plusieurs consommateurs ont remplacé le gaz naturel par le diesel, faisant ainsi grimper sa demande. Les usagers du gaz naturel veulent trouver d’autres sources [d’énergie] qu’ils peuvent utiliser avec le même équipement, et le diesel c’est l’une de ces sources, détaille-t-il.

Le prix du diesel, source d’inflation?

M. Bernard cible la hausse du prix du diesel comme l’un des facteurs ayant contribué à la forte inflation des derniers mois.

Les camions, les trains, c’est [propulsé] par du diesel, alors à un moment donné, ça se reflète dans le prix des biens de consommation, explique-t-il.

Le Canadien National a par exemple enregistré des revenus records au troisième trimestre découlant du supplément carburant qui s’explique par des prix du carburant plus élevés, peut-on lire dans son plus récent rapport financier.

Un train du Canadien National

Les trains du Canadien National utilisent le diesel comme carburant. (Archives)

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Le plus grand transporteur ferroviaire au pays dit avoir déboursé 71 % de plus pour son diesel au dernier trimestre comparativement à la même période l’an dernier, une facture qu’il a refilée à ses clients.

M. Deschatelets, l’agriculteur ontarien, soutient lui aussi avoir dû augmenter ses prix. On ne vient pas à bout de récupérer 100 % [de nos coûts supplémentaires], parce qu’on sait que les gens ne pourront pas payer 100 % de l’augmentation. Mais là, ça tombe sur les épaules des fermiers, se désole-t-il.

Des solutions de rechange pas toujours évidentes

L’agriculteur dit chercher à se défaire de cette dépendance au diesel, notamment en remplaçant ses pompes d’irrigation par un modèle électrique.

Ce changement nécessiterait néanmoins des travaux électriques coûteux, et sans subventions, M. Deschatelets estime que l’investissement serait pour l’instant trop important pour être rentable.

M. Castonguay remarque pour sa part qu’un nombre grandissant de ses clients se tournent vers d’autres sources d’énergie pour chauffer leur maison.

Il y a cinq ans, on avait moins de 500 clients [au propane], aujourd’hui on parle de 2500 clients, soutient le directeur général de la coopérative nord-ontarienne.

Et si plusieurs aimeraient se chauffer à l’électricité plutôt qu’au combustible fossile, M. Castonguay rappelle l’accès limité, et parfois dispendieux, à cette forme d’énergie dans certaines régions. Certaines communautés paient l’électricité deux ou trois fois plus cher [que dans les grandes villes], explique-t-il.

Et l’électrification n’est pas toujours possible, surtout pour les transports lourds, selon M. Bernard. L’économiste soutient que la technologie actuelle ne permet pas de répondre aux besoins de l’industrie de déplacer d’importantes charges sur de longs trajets en quelques jours.

On envisage peut-être l’usage de l’hydrogène (nouvelle fenêtre) [...], mais c’est loin d’être fait cette transition-là, estime-t-il.

Yanick Lepage
Yanick Lepage

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