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Le nombre de sans-abri explose à Toronto sur fond de froid hivernal

Selon un membre du réseau Shelter & Housing Justice Network, environ 186 personnes par jour se sont fait refuser une place dans un refuge au cours du mois dernier à Toronto.

Un sans-abri au centre-ville de Toronto

Un sans-abri au centre-ville de Toronto

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Myriam Eddahia, journaliste
Myriam Eddahia

Toronto n’a jamais vu autant de sans-abri dans la ville. Le système de refuges est presque toujours au maximum de sa capacité alors que les températures sont déjà froides pour la saison.

Le système de refuges torontois accueille en ce moment plus de 8200 personnes chaque jour. Il s’agit de 1600 personnes de plus par nuit qu'à la même période l'an dernier.

La Ville de Toronto fournira des refuges d'urgence et de nouveaux logements à plus de 9000 personnes dans le besoin cet hiver.

Il y a des pressions indéniables sur le système de refuges et nous nous attendons à ce que la demande continue d'augmenter pendant les mois d'hiver, affirme la Ville de Toronto.

Bien sûr, je m'inquiète de l'hiver. Je sens qu'il sera particulièrement pénible, dit Mukhtar Abdullahi, 40 ans.

Un homme.

Mukhtar Abdullahi, originaire de la Somalie, était un enfant-soldat. Il est sans-abri depuis 10 ans.

Photo : Radio-Canada

L'homme est arrivé au Canada en tant que réfugié il y a 22 ans, avant de s'installer à Toronto, il y a neuf ans. Mais il est en situation d'itinérance depuis 10 ans.

Chaque année, la situation empire, constate le membre du réseau Shelter & Housing Justice Network, Greg Cook.

L'intervenant de rue raconte que des personnes en situation d'itinérance lui demandent constamment des sacs de couchage et des tentes.

Nous avons une situation difficile à Toronto. [...] Les possibilités de logement sont très minces en raison des prix qui ne sont pas abordables sur le marché immobilier et du manque d’aide financière pour trouver un logement, explique le directeur général des refuges, du soutien et des logements de la Ville de Toronto, Gord Tanner.

Un homme à l'extérieur.

Gord Tanner, de la Ville de Toronto, encourage les personnes en situation d'itinérance à pénétrer à l'intérieur lorsque le temps sera extrêmement froid pour avoir accès à des services.

Photo : Radio-Canada

Les services sont sabrés. Nous avons besoin que tous les ordres de gouvernement fassent leur part pour nous assurer que les logements sociaux sont financés, que le prix des loyers soit encadré et qu'à court terme assez de places soient disponibles dans les refuges à Toronto et partout au pays, ajoute Greg Cook.

La situation est critique.
Une citation de Greg Cook, intervenant de proximité auprès des sans-abri

Les gens en situation d'itinérance ont du mal à avoir une place dans un refuge. En moyenne, 186 personnes se sont vu refuser une place dans un refuge, chaque jour, le mois dernier, explique Greg Cook.

Ce sont des personnes qui restent dans le froid à l'extérieur et qui veulent un lit dans un refuge, mais qui ne peuvent pas y avoir accès parce qu'ils sont pleins. De plus en plus de personnes se font expulser de leurs appartements parce qu'elles ne peuvent pas payer le loyer. Chaque semaine, de plus en plus de gens meurent parce qu'ils n'ont pas de logement, ajoute-t-il.

Des gens ont déjà des engelures. Ils sont mal habillés, ils ont froid. Ils n'ont pas accès à des endroits chauds. On verra des morts à cause du froid cet hiver.
Une citation de Greg Cook, membre du réseau Shelter & Housing Justice Network

Pendant ce temps, la Ville arrache les tentes et expulse les gens des parcs, affirme le travailleur de rue.

Un homme à l'extérieur.

Selon le membre du réseau Shelter & Housing Justice Network, Greg Cook, la situation est bien pire que l'an dernier.

Photo : Radio-Canada

Une des solutions de la Ville pour répondre à la demande grandissante est d’augmenter la capacité d’accueil dans les refuges en réduisant l’espace entre les lits.

Toronto évalue que ce changement permettra d’offrir un toit à 1000 sans-abri (nouvelle fenêtre) de plus.

La Ville construit plus de logements avec des services de soutien que jamais. À Toronto, 400 logements seront disponibles au cours des prochains mois cet hiver, assure Gord Tanner.

On fait tout ce qu’on peut pour ajouter des lits au système de refuges et louer des chambres d’hôtel supplémentaires, ajoute-t-il.

Toujours des campements

Un campement de sans-abri est toujours en place dans le parc Allan Gardens au centre-ville de Toronto.

Greg Cook est très inquiet de ce que le campement soit démantelé à la suite de la réélection du maire John Tory. Ces personnes n'ont nulle part où aller. Ce serait les mettre de plus en plus en marge, dans des endroits plus éloignés, plus dangereux et loin des services, dit-il.

Les résidents d'Allan Gardens se font régulièrement harceler par la police et des employés municipaux, raconte l'intervenant de rue.

Notre équipe est sur le terrain à Allan Gardens chaque jour, souligne le directeur général des refuges, du soutien et des logements de la Ville de Toronto.

Gord Tanner estime qu’il y a entre 20 et 30 [tentes] dans le campement au parc Allan Gardens à l’heure actuelle.

Environ 200 personnes qui étaient installées au parc Allan Gardens ont été placées dans des espaces intérieurs cette année, ajoute-t-il.

Gord Tanner n’a pas voulu dire si la Ville allait tolérer ou non le regroupement de tentes, mais il assure vouloir voir ces gens être à l’intérieur cet hiver. Il affirme toutefois qu’il n’y a pas de plan de démantèlement du campement à ce stade-ci.

À l’échelle de la ville, il est difficile d’évaluer combien de personnes vivent dehors, dit M. Tanner qui estime que des centaines de sans-abri sont installés à l’extérieur.

Selon le réseau Encampment Support Network, 1500 personnes dorment dehors.

Gord Tanner reconnaît que bâtir un lien de confiance avec ces personnes en situation d’itinérance est essentiel pour les aider à trouver une solution qui ne soit pas temporaire.

Hôtels comme refuges temporaires

Au début de la pandémie, 2500 sans-abri ont été déplacés hors du système de refuges vers 27 endroits loués par la Ville, dont 21 hôtels, affirme Gord Tanner. Il estime qu'environ 3000 personnes sont actuellement logées dans ces refuges temporaires.

Toronto continue d'exploiter des refuges d'urgence temporaires dans 25 hôtels de la ville.

Certains hôtels retourneront à leurs activités initiales, dit-il, dont un, d'ici la fin de l'année. Pour que ce soit une transition graduelle, la Ville a prolongé la location de la majorité de ces emplacements, assure M. Tanner.

L'hôtel Novotel, qui a été transformé en refuge pour sans-abri pendant la pandémie, retournera bientôt à ses activités régulières. Le Novotel ne sera plus un refuge à partir du 6 décembre, dit Greg Cook. Il explique que la Ville de Toronto est en train d'expulser plus de 200 personnes sans-abri qui avaient accès à leur propre chambre au cours des dernières années.

Mukhtar Abdullahi fait partie de ceux qui résident actuellement au Novotel. Le père de famille ne sait pas quoi faire à l'approche de Noël. Je ne vois pas de soutien. Je ne peux pas dormir en paix, parce que je ne sais pas quand ils me diront de partir, dit-il, inquiet.

La majorité de ces personnes n'auront pas accès à des logements. Elles seront mises à la rue ou placées dans des lieux d’hébergement collectif au sein du système de refuges, précise l'intervenant de rue Greg Cook.

Le Novotel Toronto Centre prévoit une réouverture à l'été 2023.

En date du 28 novembre, 55 personnes résidaient toujours dans l'hôtel transformé en refuge, selon la Ville.

Myriam Eddahia, journaliste
Myriam Eddahia

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