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La ministre Joly va convoquer l’ambassadeur russe à propos de messages anti-LGBTQ

Une femme porte un veston bleu.

La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly (archives)

Photo : AP / Johanna Geron

La Presse canadienne

La ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly a demandé à son ministère de convoquer l'ambassadeur de Russie à la suite de messages publiés sur les réseaux sociaux contre la communauté LGBTQ.

Ces derniers jours, l'ambassade de Russie à Ottawa a publié sur Twitter et sur Telegram un message qui affirme que l'Occident s'immisce dans les valeurs familiales de la Russie et qu'une famille ne peut être composée que d'un homme, d'une femme et d'enfants.

L'ambassade a ajouté des images d'un drapeau arc-en-ciel rayé d'un trait et d'icônes orthodoxes d'Adam et Ève.

L'un des messages dénonce le fait que le Canada confond les concepts de préférences sexuelles individuelles et de droits universels de la personne et reprend un amalgame avec la pédophilie. Le premier message a été publié le 24 novembre, quelques jours seulement après la mort de cinq personnes lors d'une fusillade (nouvelle fenêtre) dans un bar lesbienne, gai, bisexuel, transgenre, queer du Colorado (nouvelle fenêtre).

Ces messages ont été publiés alors que la Russie a récemment élargi une interdiction sur l'exposition des enfants à ce que Moscou considère comme de la propagande homosexuelle. Les autorités peuvent donc désormais accuser un citoyen russe pour un geste qui, selon elles, pourrait inciter un adulte à être homosexuel ou transgenre.

Le Canada a été l'un des 33 pays signataires d'une déclaration conjointe condamnant cette loi, ce qui a poussé l'ambassade russe à répliquer. Notre pays ne s'ingère pas dans les affaires intérieures du Canada, a écrit l'ambassade. Moscou attend d'Ottawa la même attitude respectueuse envers le processus législatif en Russie.

Un drapeau russe flotte devant l'ambassade de Russie au Canada, à Ottawa.

L'ambassade de Russie à Ottawa (archives)

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Pas de discrimination en Russie

Malgré une documentation abondante sur la persécution des personnes lesbienne, gai, bisexuel, transgenre, queer en Russie, y compris les disparitions en Tchétchénie, l'ambassade soutient qu'il n'y a pas de discrimination en Russie en ce qui concerne les droits des minorités sexuelles et autres.

En réaction au premier message sur Twitter, la ministre des Sports, Pascale St-Onge, qui est lesbienne, a qualifié de honte et d'atteinte aux droits humains fondamentaux le traitement réservé par la Russie aux personnes lesbienne, gai, bisexuel, transgenre, queer.

Pascale St-Onge.

La ministre des Sports, Pascale St-Onge

Photo : La Presse canadienne / Patrick Doyle

L'ambassade de Russie a répondu avec une photo de la famille impériale russe Romanov, et demandé à Mme St-Onge : Veuillez réfléchir et expliquer comment vous êtes apparue dans ce monde. La photo de famille montre le dernier tsar de Russie, Nicolas II, sa femme et leurs cinq enfants, tous assassinés par les révolutionnaires bolcheviks en 1918.

L'ambassade n'a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires.

Je suis profondément offensée par les messages anti-lesbienne, gai, bisexuel, transgenre, queer des Russes en sol canadien. C'est inacceptable qu'un dignitaire étranger fasse des déclarations haineuses qui vont directement à l'encontre de nos valeurs canadiennes.
Une citation de Pascale St-Onge, ministre des Sports

Interrogée à ce sujet en point de presse à Ottawa, la ministre St-Onge a salué le souhait de sa collègue des Affaires étrangères, Mélanie Joly, de convoquer l'ambassadeur. On demande le respect des gens qui sont chez nous à ce sujet-là, a-t-elle souligné.

Jeu d'équilibrisme diplomatique

Au cabinet de la ministre Joly, on exige que les publications soient retirées. Sans surprise, les Russes ont une fois de plus choisi la propagande haineuse, a écrit la porte-parole Maéva Proteau. Nous ne pouvons absolument pas tolérer cette rhétorique, et encore moins le commentaire qui a suivi la réponse de la ministre St-Onge. Il s'agit d'une attaque contre les valeurs canadiennes d'acceptation et de tolérance.

Si Affaires mondiales Canada devait effectivement convoquer l'ambassadeur Oleg Stepanov, ce serait la troisième fois cette année. Le gouvernement libéral fédéral a déjà déclaré qu'il n'avait pas l'intention d'ordonner la fermeture de l'ambassade de Russie, car il souhaite maintenir sa propre présence diplomatique à Moscou.

Les principaux partis d'opposition fédéraux ont aussi dénoncé à l'unisson les récentes publications Twitter de l'ambassade de la Russie au Canada.

Interpellés sur le sujet, les conservateurs ont renvoyé La Presse canadienne à une déclaration faite sur le même réseau social, il y a quelques jours, par leur porte-parole en matière d'Affaires étrangères, Michael Chong. Nous croyons en la famille. Elle existe sous toutes les formes, peut-on y lire.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a pour sa part condamné les tweets haineux et dégoûtants par le biais d'un commentaire écrit de son chef adjoint, Alexandre Boulerice. On promet de lutter contre tous ceux qui incitent à la violence et à la haine contre les personnes de la communauté lesbienne, gai, bisexuel, transgenre, queer.

Même son de cloche du côté du Bloc québécois. Sa porte-parole en matière d'égalité des genres, Andréanne Larouche, a déclaré que ce genre de propos n'a pas sa place dans une démocratie moderne. L'orientation sexuelle ne devrait en aucun cas être une entrave pour quiconque dans ses choix de vie, a-t-elle ajouté dans un commentaire transmis par courriel.

Rhétorique de guerre

Maria Popova, qui est titulaire de la Chaire Jean Monnet en droit européen à l'Université McGill, affirme que Moscou a de plus en plus adopté la rhétorique nationaliste chrétienne orthodoxe, qui prévoit notamment un choc des visions du monde avec l'Occident.

Les droits des lesbienne, gai, bisexuel, transgenre sont en fait une grande motivation pour l'invasion de l'Ukraine par la Russie, rappelle-t-elle.

Ils parlent constamment de la façon dont l'Ukraine compte en ses rangs des soldats homosexuels – que ça fait partie de la contamination, pour ainsi dire, de l'Ukraine par l'Occident. Ça fait partie du récit qu'ils utilisent pour donner à cette guerre un aspect défensif, ce qui n'est bien sûr pas le cas.

Selon elle, la Russie tente probablement de semer la division là où elle le peut.

Elle affirme que les diplomates russes n'ont aucun problème à publier des discours haineux et des mensonges purs et simples, qu'ils savent être des faussetés.

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