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Inflation? Quelle inflation?

Les ventes au détail ont atteint des sommets ces derniers jours au Canada et aux États-Unis en dépit de l'inflation qui mine le pouvoir d'achat des ménages.

Des clients dans un magasin d'électronique attendent en file à la caisse pour payer. La plupart ont acheté une télévision.

Malgré l'inflation et le spectre d'une récession, les ventes réalisées lors du Vendredi fou ont atteint des records dans plusieurs pays.

Photo : Getty Images / Sandy Huffaker

Stéphane Bordeleau

La flambée inflationniste est loin d’avoir refroidi les ardeurs des consommateurs, qui ont battu cette année des records d’achats lors du Vendredi fou, alors que les ventes du Cyberlundi devraient atteindre plus de 11,6 milliards de dollars, aux États-Unis seulement.

Malgré des hausses historiques du prix du panier d’épicerie, du logement, de l’énergie, des biens consommation et des services, les consommateurs n’ont pas l’intention de ralentir la cadence aux Fêtes cette année.

Selon la firme canadienne Shopify Inc., qui fournit des outils de commerce électronique à des entreprises dans plus de 175 pays, les ventes des marchands inscrits sur son système ont augmenté de 17 % cette année par rapport à l’an dernier lors des soldes du Vendredi fou.

Dans la seule journée de vendredi, les marchands inscrits chez Shopify ont réalisé 3,36 milliards de dollars de ventes. Au plus fort de la journée, on enregistrait 3,5 millions de dollars américains de ventes par minute.

C’est aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada que les consommateurs ont effectué le plus d’achats, a mesuré Shopify. Les catégories de produits les plus prisés étaient les vêtements et les accessoires, la santé/beauté et les produits pour la maison et le jardin.

Il n’y a pas que chez Shopify qu’on a constaté l’appétit renouvelé des consommateurs pour le magasinage à l’approche des Fêtes. Aux États-Unis, malgré un taux d’inflation de 7,7 % en octobre, les chiffres d’affaires du commerce au détail entre l'Action de grâce américaine et le Cyberlundi s’annoncent fumants cette année.

La confiance règne

Des clients dans une boutique Apple Store.

Les commerces d'appareils électroniques sont fort populaires lors des soldes du Vendredi fou.

Photo : AP / Julia Nikhinson

Lors du Vendredi fou, il y a trois jours, les consommateurs américains ont dépensé en une seule journée plus de 9,12 milliards de dollars, et ce, seulement pour les ventes en ligne. C’est un milliard de dollars de plus que l’an dernier, souligne la firme Adobe Analytics.

Les ventes en ligne d'appareils électroniques ont augmenté de 221 % vendredi dernier par rapport à un jour moyen d'octobre 2022, les articles les plus vendus étant les MacBook et les montres Apple, selon Adobe.

Les drones, la Xbox Series X et des jeux tels que FIFA 23 et Pokémon Scarlet and Violet trônaient aussi en tête du palmarès des achats sur Internet.

Pour ce qui est du Cyberlundi qui est Le rendez-vous des chasseurs d’aubaines en ligne, il devrait rapporter entre 11,2 et 11,6 milliards de dollars aux commerçants américains seulement aujourd’hui, selon les prévisions d’Adobe Analytics, soit 8,5 % de plus que l’an dernier.

L’inflation ne serait cependant pas étrangère à ces hausses importantes de la valeur des ventes dans la mesure où les gens paient plus cher leurs biens même s’ils en achètent moins, soulignent les analystes d’Adobe.

Or, malgré l’engouement pour le commerce en ligne, les magasins demeurent encore fort populaires, selon la National Retail Federation, qui prévoyait que 67 % des acheteurs du Vendredi fou se rendraient dans les magasins pour l’occasion.

Plus de 166 millions d'Américains devraient faire des achats en personne ou en ligne au cours des cinq jours qui séparent la fête de l'Action de grâces du Cyberlundi.

Les Canadiens emboîtent le pas

Tout comme aux États-Unis, la confiance des consommateurs canadiens ne semble pas ébranlée outre mesure par l’inflation (6,9 % en octobre) et le spectre d’une prochaine récession.

Selon les conclusions d’un sondage commandé par le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), publié en octobre, les Canadiens entendent célébrer davantage lors des Fêtes cette année et prévoient dépenser autant que l’an dernier.

À en croire l’enquête réalisée par la firme Léger auprès de 2505 Canadiens, tout a beau coûter plus cher, l’humeur générale n’est pas à la privation cette année.

La difficile situation financière qui prévaut actuellement affecte 6 Canadiens sur 10, mais la plupart entendent dépenser à peu près le même montant, soit 790 $, qu’ils prévoyaient dépenser en 2021.
Une citation de Conseil canadien du commerce de détail

Par ailleurs, 6 consommateurs sur 10 affirment qu’ils chercheront davantage les aubaines cette année.

Environ 60 % des répondants ont également l’intention de se rendre dans les magasins pour faire leurs emplettes des Fêtes.

D’après l’enquête de la firme Léger, si 8 consommateurs canadiens sur 10 prévoient acheter des cadeaux aux autres cette année, 62 % ont cependant affirmé vouloir faire des cadeaux ayant une plus grande signification, mais à moins de gens.

Le paradoxe du Vendredi fou

Un homme marche dans l'allée d'un magasin.

Malgré un pouvoir d'achat amoindri et un taux d'endettement élevé, les consommateurs n'entendent pas passer à côté des aubaines des Fêtes qui sont devenues en quelque sorte une tradition.

Photo : AP / Charlie Riedel

Mais comment expliquer cette frénésie en dépit de la hausse importante du prix des aliments et des biens essentiels qui devraient, en théorie du moins, priver les ménages du pays d'une partie des ressources financières consacrées aux dépenses non essentielles?

Dans une entrevue accordée à notre collègue Raphaël Beaumont-Drouin (nouvelle fenêtre), Myriam Ertz, professeure au Département des sciences économiques et administratives de l'Université du Québec à Chicoutimi, explique que la perte du pouvoir d'achat des consommateurs a peu d'impact en fin de compte sur les ventes en ligne et en magasin lors de périodes comme le Vendredi fou ou le Cyberlundi.

Dans la mesure où ces journées de soldes américaines sont devenues un rendez-vous annuel répandu dans le monde entier, il s'agit aujourd'hui d'un rituel de consommation, d'une tradition qu'on célèbre quoi qu'il arrive, souligne Mme Ertz. C'est quelque chose qui revient de façon récurrente, auquel les consommateurs attachent une importance particulière, dit-elle.

Signe que l'inflation ne ralentit pas les dépenses des consommateurs, elle rappelle que l'endettement lié à l'utilisation de la carte de crédit a atteint des niveaux records à la fin du mois de septembre au pays, selon une enquête menée par Équifax Canada.

Avec les informations de La Presse canadienne, Reuters et NPR.
Stéphane Bordeleau

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