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Congédiements au MBAC : d’ex-employés soulèvent leurs inquiétudes à Patrimoine canadien

Le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa.

Le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa (archives)

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

RCI

D’anciens employés du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) partagent leurs inquiétudes dans une lettre ouverte destinée au ministre du Patrimoine canadien, à la lumière du récent congédiement de quatre employés aux rôles majeurs de l’établissement.

Radio-Canada a rapporté mardi dernier (nouvelle fenêtre) que le Musée des beaux-arts du Canada a licencié sa sous-directrice et conservatrice en chef, Kitty Scott; son conservateur principal de l’art autochtone, Greg A. Hill; le directeur de la conservation et de la recherche technique, Stephen Gritt; et sa gestionnaire principale des communications, Denise Siele.

Une note interne a circulé au Musée des beaux-arts du Canada, il y a plus d’une semaine, annonçant ces licenciements. Dans celle-ci, la directrice générale par intérim, Angela Cassie, a fait savoir que cette restructuration doit aider à mieux aligner l’équipe de direction du Musée avec les nouveaux plans stratégiques de l’organisation.

Angela Cassie, vêtue d'un veston texturé, regarde la caméra en souriant.

Angela Cassie est la directrice générale par intérim du Musée des beaux-arts du Canada depuis juin 2022 (archives).

Photo : Avec la gracieuseté du MBAC

En réaction à ces congédiements et à la médiatisation de cette nouvelle, sept anciens employés ayant occupé des postes de direction au Musée des beaux-arts du Canada ont choisi d’écrire en anglais une lettre ouverte au ministre Pablo Rodriguez, dans laquelle ils affirment avoir été consternés d’apprendre ces départs.

C’est une directrice par intérim qui vient d’arriver et tout d’un coup, elle connaît assez bien l’institution pour mettre ces gens-là à la porte. Je trouve ça choquant , réagit Charles Hill, ancien conservateur d'art canadien ancien au Musée des beaux-arts du Canada et signataire de la lettre.

Charles Hill en entrevue avec Radio-Canada.

Charles Hill, ancien employé du Musée des beaux-arts du Canada.

Photo : Radio-Canada

Ces départs, soutiennent les sept signataires de la lettre, laissent des postes clés vacants dans des domaines essentiels à la réalisation du mandat du Musée. Ceux-ci s’ajouteraient à au moins dix congédiements dans les rangs de la direction, dont la plupart seraient survenus durant les trois ans et demi de mandat de l’ancienne directrice générale Sasha Suda.

L’effet cumulatif a créé un degré élevé d’incertitude et d’instabilité à l’interne. Il est impossible de concilier ces actions avec le nouveau plan stratégique du Musée, qui vise "à habiliter, à soutenir et à bâtir une équipe diversifiée et collaborative", écrivent-ils.

Le mandat c’est l’art et non pas la réorganisation sociale ou changer le monde, sauf par l’imagination , ajoute M. Hill.

Le mandat du Musée des beaux-arts du Canada à risque, selon les signataires

Dans leur lettre, les sept anciens employés laissent entendre qu’ils craignent que le Musée des beaux-arts du Canada manque à son devoir de préservation, de conservation et de restauration de l’art, notamment à la suite de l’élimination du poste de direction de la conservation et de la recherche technique.

Les nouveaux congédiements d’employés aux rôles majeurs auront une incidence sur la sécurité des œuvres d’art, le développement de la connaissance des collections et des acquisitions futures, et la réalisation d’un programme d’exposition de classe mondiale.
Une citation de Extrait de la lettre traduit librement de l'anglais

Par ailleurs, ils avancent que des secteurs de travail d’importance pour le Musée seraient en manque d’effectifs et que des postes clés ne seraient pas pourvus, dont des postes de spécialistes en certaines formes d’arts.

Avec le peu d’attention accordée au rôle national de l’institution dans le partage de sa collection à travers des expositions itinérantes, de publications et du Web, il y a un risque élevé que le [Musée des beaux-arts du Canada] soit non pertinent à la culture nationale.
Une citation de Extrait de la lettre traduit librement de l'anglais

Plus une personne est spécialisée, plus il est difficile de la remplacer. Il faut regarder largement dans le public pour trouver quelqu’un qui a l’expertise nécessaire et l’expérience pour inspirer la confiance, non seulement celle de la direction mais aussi du public. Alors ça prend du temps , commente Dianne Nemiroff, ancienne employée du Musée des beaux-arts du Canada et signataire de la lettre.

Ils allèguent également que [des] gestes posés par l’administration du Musée des beaux-arts au cours des dernières années, moins visibles, mais tout aussi troublants, dénotent une indifférence à l’égard d’une utilisation prudente du financement.

Il est temps de passer de la restructuration à la reconstruction à partir de la base, de cultiver les connaissances existantes et l’expertise de spécialistes qui peuvent encadrer la prochaine génération de professionnels des musées, estiment les sept signataires.

Dans un courriel à CBC/Radio-Canada, samedi en fin d’après-midi, le ministère du Patrimoine canadien a confirmé avoir reçu la lettre et entend examiner les préoccupations soulevées.

Le ministère réitère que le Musée des beaux-arts du Canada, bien qu’il soit une société de la Couronne, est indépendant, responsable de ses propres activités et surveillé par un conseil d’administration.

Les Canadiens attendent beaucoup de leurs institutions culturelles. Nous nous attendons à ce que le Musée et toutes les sociétés de la Couronne soient inclusifs, sécuritaires et reflètent ce qu’il y a de mieux au Canada, peut-on lire dans la déclaration écrite.

De l'autre côté, le Musée des Beaux Arts du Canada n'a pas commenté l'affaire, et ce, malgré les sollicitations de Radio-Canada/CBC.

Avec les informations de Guy Quenneville de CBC News et de Rosalie Sinclair

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