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À l’école avec les enfants du chemin Roxham

L’afflux de demandeurs d’asile au chemin Roxham et l’impact de la guerre en Ukraine se font sentir dans les écoles de Montréal.

De jeunes enfants souriants.

« J'ai le monde réuni dans ma classe cette année », se réjouit Olivier Kenfack, enseignant en francisation à l'école Saint-Pascal-Baylon.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

                Anne-Louise Despatie
Anne-Louise Despatie

Avec 1500 nouvelles inscriptions en deux mois, le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) fait face à un nombre record d'élèves à accueillir en classes de francisation.

C'est du jamais-vu en si peu de temps pour Mathieu Desjardins, le directeur du service de l'organisation scolaire pour l'ensemble du territoire. Il attribue cette explosion à deux événements : les entrées irrégulières au Québec via le chemin Roxham qui ne cessent d'augmenter et la guerre en Ukraine.

La grande majorité de nos nouvelles inscriptions, c'est des demandeurs d'asile. Les pays qu'on a le plus présentement, c'est le Mexique, la Colombie, Haïti et l'Ukraine, constate M. Desjardins.

Soit des pays où on a des demandeurs passés par le chemin Roxham, soit des Ukrainiens chassés par la guerre.
Une citation de Mathieu Desjardins, directeur de service à la CSSDM
Les deux petites filles dans les bras de leur papa.

Père de quatre enfants, Valéry Valbrune est aidé par un agent social du CSSDM pour faire l'inscription de ses filles, qui pourront bientôt commencer l'école, alors que la famille est arrivée au Québec à la mi-août par le chemin Roxham.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Pour le plus grand centre de services scolaire du Québec, cela se traduit par le besoin d’embaucher rapidement des dizaines de nouveaux enseignants, un défi alors que la pénurie de personnel reste un enjeu majeur.

Chaque nouvelle inscription nous oblige à ouvrir de nouvelles classes, parce que nous n'avons plus de place dans les classes existantes, explique M. Desjardins, qui admet que les délais entre l’inscription et l'arrivée à l’école sont plus longs qu'avant et le ratio d'élèves par enseignant, plus grand.

J'ai le monde réuni dans ma classe cette année

Dans la classe d'Olivier Kenfack, enseignant à l'école Saint-Pascal-Baylon, c'est un peu comme les Nations unies cette année.

Habitué d'avoir des groupes plus homogènes, il a maintenant un groupe très diversifié avec des enfants qui viennent du Cameroun, des Antilles, du Mexique, du Nigeria, de Turquie, d'Ukraine et des Philippines.

Alors, monsieur Olivier bouge beaucoup et mime des situations concrètes. Il fait beaucoup de français oral et utilise des mots-étiquettes affichés au tableau.

Bouche, dent, sourcils, peut-on lire sur les fiches épinglées sur le tableau.

Tableau utilisé en classe par Olivier Kenfack pour apprendre aux enfants les parties du corps humain.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Énergique et expressif, il constate cependant que la tâche est devenue plus lourde. Certains enfants ont eu des parcours plus complexes et des interruptions dans leur scolarité.

Je me dis que ce sont des élèves qui arrivent avec des bagages. Je les aide d'abord à défaire ces bagages linguistiques et culturels, puis je m'appuie sur ce bagage pour mettre une couche de français, dit-il en souriant.

Ayant enseigné au Cameroun et en Europe, il affirme que sa première tâche est de développer un lien de confiance avec ses élèves. Et son approche semble fonctionner : plusieurs affichent de grands sourires.

Il écrit avec application dans son cahier.

Matvii, 11 ans, qui est arrivé d'Ukraine au printemps, peut répondre à des questions en français. Il affirme s'être fait des amis dans la classe de monsieur Olivier. Son frère cadet est dans une autre classe d'accueil.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Contrairement aux familles qui choisissent d'immigrer, les familles qui demandent l'asile sont souvent plus vulnérables parce qu'elles n'ont pas choisi de s'expatrier et qu'elles sont parfois parties dans l'urgence.

La directrice de l'école Saint-Pascal-Baylon, Nathalie Blanchet, voit combien le visage des classes d'accueil a changé. Je constate une énorme différence entre ce que j'avais connu et la réalité de cette année, particulièrement. Il y a eu une pause pendant la pandémie, mais là, on a des familles qui arrivent avec rien et qui ont besoin de tout.

La présence d'agents de travail social du CSSDM, qui font le lien entre les écoles, les familles et les organismes communautaires, est devenue essentielle. Dans l'église voisine de l'école Saint-Pascal-Baylon, une distribution de vêtements d'hiver a ainsi pu être organisée.

Une enfant, émerveillée devant tous ses cahiers Canada.

Monifaith est arrivée du Cameroun avec son frère en mai 2022. Elle peut raconter en français qu'elle vient de voir de la neige pour la première fois de sa vie.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Le seul prérequis pour que les enfants puissent être inscrits à l'école : avoir une adresse fixe. Mais la pénurie de logements abordables est un obstacle. Des dizaines de familles attendent des mois avant de trouver un logement.

Des conseillers pédagogiques et des agents sociaux du CSSDM viennent de préparer une trousse de jeux et d'activités à l'intention des enfants qui doivent attendre pour fréquenter l'école.

Lundi dernier, on a reçu 35 demandeurs d'asile d'origine kurde, une cohorte qui se trouve dans les hôtels depuis quatre mois, qui n'arrive pas à trouver de logement, et donc pas de scolarisation pour les enfants, explique Rim Bouallègue, agente de service social au CSSDM.

Les filles souriantes au milieu des jeux.

Valeria et sa sœur, qui sont arrivées au Québec à la mi-août, vont enfin commencer l'école. Elles parlent créole et portugais parce qu'elles ont vécu au Brésil.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

On leur a distribué une trousse d’activités appelée En attendant l'école, que les conseillers pédagogiques ont développée pour que le temps passé à attendre ne soit pas perdu.

Face à cette concentration des besoins sur son territoire, l'équipe de personnes dédiées à l'accueil des immigrants et réfugiés au CSSDM ne cesse de grandir.

On ne peut pas prévoir à court terme, ni à moyen, qu'il va y avoir une baisse de la population scolaire immigrante, donc c'est vraiment des forces qu'on est en train de se construire pour les années à venir, résume Réginald Fleury, conseiller pédagogique en éducation et relations interculturelles au CSSDM.

2022 sera une année record

Sur les 1500 nouvelles inscriptions, les deux tiers concernent les élèves du primaire, l'autre tiers du secondaire. Quelques centaines sont déjà francophones et peuvent aller directement en classe régulière.

De janvier à octobre, il y a eu près de 31 000 entrées irrégulières au chemin Roxham sur les quelque 49 000 demandes d'asile faites auprès des services frontaliers canadiens.

Ce seul point d'entrée à la frontière du Québec et de l'État de New York représente les deux tiers (nouvelle fenêtre) des entrées irrégulières au Canada depuis janvier 2022.

                Anne-Louise Despatie
Anne-Louise Despatie

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