1. Accueil
  2. Techno
  3. Réseaux sociaux

La relation amour-haine des journalistes avec Twitter

Les craintes au sujet de l'avenir de Twitter font prendre un pas de recul pour observer comment le réseau social peut aider les journalistes dans leur travail, mais aussi leur nuire énormément.

Dans une main, l'écran d'un téléphone intelligent affichant une page Twitter d'un organisme franco-ontarien

Twitter a bouleversé les manières de travailler des journalistes.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Agence France-Presse

Côté positif : l'accès à une multitude de sources et d'informations. Côté négatif : une vision déformée de la réalité et le risque de s'enfermer dans une bulle. En moins de 15 ans, Twitter a radicalement modifié le travail des journalistes.

Depuis son acquisition par le controversé milliardaire Elon Musk, le flou entoure l'avenir du réseau social aux 237 millions d'utilisatrices et utilisateurs quotidiens, où les comptes de journalistes sont parmi les plus présents et les plus actifs.

Nombreux sont ceux et celles qui auraient du mal à quitter [Twitter], car il représente une part très importante de leur travail, affirme à l'AFP Nic Newman, de l'Institut Reuters pour l'étude du journalisme.

Cet expert britannique des médias travaillait à la BBC quand Twitter a démarré, en 2008-2009. Une fois leur réticence initiale passée, les journalistes s'en sont servi de manière incroyablement forte, se souvient-il.

Et son usage est profondément ambivalent, explique le directeur éditorial de l'INA (Institut national de l'audiovisuel français), Antoine Bayet, interrogé par l'AFP lors du festival Médias en Seine à Paris.

Un accès direct à un bassin infini de sources potentielles

L'un des changements introduits par Twitter a été de faciliter le contact direct des journalistes avec des sources d'information, spécialistes comme figures politiques.

Twitter a été le nouveau Rolodex, affirme M. Newman, en référence au vieux carnet d'adresses rotatif associé au 20e siècle.

Autre révolution, les médias ont cessé d'être systématiquement les premiers à révéler un événement au public, en étant souvent devancés par des internautes qui témoignent d'une actualité soudaine (accident, attentat, etc.).

Cela a considérablement fait évoluer le rôle des journalistes, désormais davantage lié au fait de contextualiser et de vérifier des informations [d'abord sorties sur Twitter], souligne M. Newman.

De même, institutions, figures politiques et célébrités communiquent fréquemment par le biais de Twitter, et y faire de la veille est incontournable.

Sur un plan plus personnel, Twitter a permis à des journalistes de s'y construire comme une marque à part entière, au-delà même de leur employeur, relève pour l'AFP Stephen Barnard, chercheur spécialiste des médias à l'Université Butler, aux États-Unis.

Pour autant, après la fièvre des débuts, des voix critiques se sont fait entendre.

Le discours public enflammé par les réseaux sociaux

Twitter détruit le journalisme américain, clamait l'éditorialiste du New York Times Farhad Manjoo dans une tribune en 2019. Il pointait le fait que son mode de fonctionnement encourage polémiques et indignations instantanées, sans prise de recul.

Autre reproche récurrent : le fait que ce réseau, où les classes plus éduquées et les groupes militants sont surreprésentés, offre une vision qui n'est pas celle de la majorité de la population, au risque de couper les journalistes de la réalité.

Se focaliser sur Twitter tend à déformer la manière dont les gens, et les journalistes, voient le monde. Cela donne l'impression que des opinions et comportements sont plus répandus qu'ils ne le sont réellement.
Une citation de Mathew Ingram, spécialiste des médias numériques à la Columbia Journalism Review.

Cela a sans conteste été un problème dans les salles de rédaction, renchérit M. Newman.

J'espère que c'est un point dont les journalistes ont conscience, ajoute M. Barnard. La question n'est pas forcément celle de l'outil, mais de la distance qu'on réussit à prendre, ou pas, avec lui.

Le foisonnement de la désinformation et du harcèlement en ligne

Enfin, dernier élément au passif de Twitter, il a exposé les journalistes à un flot de désinformation et de harcèlement comme jamais auparavant, note M. Ingram.

Après les licenciements massifs décidés par Elon Musk, qui ne fait pas mystère de son mépris pour les journalistes, des craintes ont émergé que Twitter cesse purement et simplement de fonctionner.

Même si cela lui semble peu probable, M. Barnard juge que mis à part le personnel de Twitter, les journalistes feraient partie des catégories qui en seraient les plus affectées.

Pour Mathew Ingram, si cela devait arriver, [les journalistes] devraient revenir à des façons plus traditionnelles de chercher et de rapporter des informations, et trouver d'autres manières d'interagir avec le lectorat. Mais peut-être que ce serait une bonne chose.

À la une