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[Reportage] Qui sont les Latino-Américains qui viennent au Canada?

Au cours des cinq dernières années, ce sont surtout des Brésiliens, des Vénézuéliens, des Dominicains et des Mexicains qui sont arrivés au Canada en grand nombre. L’immigration latino-américaine au Canada continue de croître. Beaucoup de ces nouveaux arrivants viennent par l'entremise de programmes économiques, d’autres par parrainage et beaucoup d’autres comme réfugiés.

Les pays de provenance des citoyens canadiens d'origine Le nombre de citoyens canadiens d'origine latino-américaine varie selon les pays de provenance. Par exemple, il y a plus de citoyens canadiens d'origine colombienne que de Colombiens résidents permanents.

Les pays de provenance des citoyens canadiens d'origine Le nombre de citoyens canadiens d'origine latino-américaine varie selon les pays de provenance. Par exemple, il y a plus de citoyens canadiens d'origine colombienne que de Colombiens résidents permanents.

Photo : CBC / Stephen Lubig

Maria-Gabriela Aguzzi

À la fin du mois d'octobre, Statistique Canada a publié les données du recensement de 2021 qui ont fait la une des journaux partout au pays : les immigrants constituent la plus forte proportion de la population (nouvelle fenêtre) de l'histoire du Canada, ce qui se traduit par 8,3 millions de personnes issues de l'immigration, soit 23 % de la population. Ce pourcentage est supérieur au précédent record (22,3 %) établi il y a 100 ans.

De cette énorme masse de personnes originaires de l'extérieur, un groupe maintient une tendance à la croissance : les Latino-Américains. Selon les données de l'agence fédérale, il y a près d'un demi-million de Latinos au Canada, bien que les experts disent que le nombre pourrait être plus élevé, selon la façon dont ils sont comptés.

La migration des Latino-Américains vers le Canada dure depuis des décennies et a connu des pics importants lors des conflits armés et des guerres civiles dans plusieurs pays. Les contextes ont changé, tout comme le profil du Latino qui décide de faire du Canada sa terre d'accueil. Mais selon le sociologue et chercheur Víctor Armony, les Latino-Américains continueront à venir pour diverses raisons tant que le Canada gardera la porte relativement ouverte.

Ce sont des tendances fortes qui perdurent depuis des décennies. Il n'y a pas de croissance fulgurante, mais il y a une tendance constante. Je pense que le Canada, ces dernières années, à travers toutes les situations mondiales – crise pandémique, crise financière, crise économique, crise de violence, crise de guerre –, persiste avec une image très positive, au-delà du fait qu'il y a des éléments de réalité et des éléments d'illusion. Le Canada reste une bonne option, a déclaré M. Armony en entrevue avec Radio Canada International (RCI).

Un homme lève la main gauche devant la caméra.

Le sociologue et chercheur Víctor Armony analyse depuis plusieurs années le profil de l'immigré latino-américain.

Photo : Captura de pantalla / María Gabriela Aguzzi

Homogénéiser les Latino-Américains est une tâche impossible. Ils ont des origines aussi variées que leurs cultures et leurs idiosyncrasies. Il y a certains éléments qui les unissent comme la langue, bien sûr, mais l'idée de se présenter comme Latino vient plus souvent de l'immigré lui-même.

Víctor Armony explique que les profils des immigrants d'Amérique latine demeurent variés.

Les catégories d’admission sont également floues. [Ce flou] existe depuis les années 2000 avec l'arrivée de nombreux Colombiens, par exemple, qui pouvaient entrer en tant que réfugiés politiques en raison du programme spécifique en place à l'époque, mais qui, en arrière-plan, se comparent beaucoup à ceux de la catégorie économique en termes de formation, d'aspirations et d'origine. Il ne faut pas tant se fier à l'étiquette attachée à l'admission, car beaucoup de réfugiés sont en quelque sorte des migrants économiques et il peut y avoir de nombreuses variantes dans ce contexte.
Une citation de Víctor Armony, sociologue

Selon le sociologue, le profil des immigrants latino-américains qui viennent s'établir au Canada est celui de personnes ou de familles avec un capital humain relativement élevé, c'est-à-dire avec un certain niveau d'éducation et une certaine capacité de mobilité.

Au fond, il y a beaucoup de gens avec un diplôme, qui ont une profession et des aspirations de développement personnel et socio-économique. Cela signifie qu'ils apportent déjà des outils favorables à l'intégration, comme la connaissance d'une ou deux langues, dit le sociologue.

Quelques chiffres

Alejandro Hernández est un chercheur indépendant. Depuis que Statistique Canada a publié les données les plus récentes, il s'est précipité sur Excel afin d'analyser précisément qui sont les Latino-Américains qui viennent au Canada : de quels pays, dans quelles proportions et selon quels programmes...

En entrevue avec Radio Canada International, M. Hernández explique que, proportionnellement, les Mexicains se retrouvent aujourd'hui en première place au sein de la communauté migrante latino-américaine – une place qu'ont occupée les Colombiens pendant un certain temps – avec un total de 83 845 personnes, selon les données du recensement de 2021.

Ce sont cependant les Brésiliens qui sont arrivés en plus grand nombre au cours des cinq dernières années. En fait, 43,53 % des Brésiliens venus au Canada entre 1980 et 2021 sont arrivés entre 2016 et 2021. Jusqu'à l'année dernière, il y avait 45 720 personnes au Canada en provenance du Brésil.

Un autel dressé pour le jour des Morts.

La plus grande communauté latino-américaine au Canada est originaire du Mexique et ses traditions sont de plus en plus populaires en sol canadien. Ici, un autel dressé en l'honneur du jour des Morts.

Photo : iStock / agcuesta

La plus grande proportion de Vénézuéliens au Canada est également arrivée au pays au cours de la même période. Selon l'analyse d'Alejandro Hernández, sur les 25 945 Vénézuéliens au pays l'année dernière, 27,19 % sont arrivés au cours des cinq dernières années.

Une proportion importante de Dominicains sont également arrivés au Canada entre 2016 et 2021. Selon les chiffres officiels, sur les 13 025 immigrants de la République dominicaine, 26,56 % sont arrivés à cette période.

Il est important de noter que la deuxième communauté latino-américaine au Canada est d'origine colombienne, avec 77 000 personnes, et la troisième est salvadorienne, avec 48 465 personnes.

Autre point intéressant à souligner : même si les taux d'immigration mexicaine demeurent élevés, une tendance à la baisse est observée par rapport aux périodes précédentes. Par exemple, sur le nombre total de Mexicains venus s'établir au Canada, 23,56 % sont arrivés entre 2011 et 2016, et 20,45 % entre 2016 et 2021.

Quels programmes d'immigration utilisent-ils?

Les réponses sont également variées et peuvent être analysées par pays d'origine. Dans son analyse, Alejandro Hernández montre comment une grande majorité de Brésiliens (69,54 %) sont arrivés au Canada grâce à des programmes économiques, tandis que 27 % ont été parrainés et seulement 1,33 % d'entre eux sont venus en tant que réfugiés.

Dans le cas des Vénézuéliens, par exemple, 60,45 % sont également venus au Canada par le biais de programmes d'immigration économique, 22,3 % par parrainage et 15 % en tant que réfugiés.

En analysant les données pour les Mexicains, 37,3 % sont issus d'une catégorie économique, tandis que 43 % ont été parrainés et 14,78 % sont arrivés en tant que réfugiés.

Un homme parle à la caméra.

Alejandro Hernández est un chercheur indépendant. Depuis que Statistique Canada a publié les données sur l'immigration au Canada du dernier recensement, il analyse le profil des immigrants d'origine latino-américaine.

Photo : Captura de pantalla / María Gabriela Aguzzi

De nombreux Argentins sont également passés par des programmes d'immigration économique (62,92 %), 23,3 % par parrainage et 8,75 % comme réfugiés. La communauté compte 15 000 personnes.

Beaucoup d’immigrés de la catégorie économique sont également originaires du Pérou (44,03 %). En 2021, il y avait 29 285 personnes d'origine péruvienne au Canada. Un fort pourcentage est arrivé par parrainage (36,25 %), tandis que 17,4 % sont arrivés en tant que réfugiés.

Par contre, la majorité des immigrants qui est venue au Canada en provenance du Salvador l'ont fait en tant que réfugiés (57,88 %). Il convient de noter que la plus grande proportion de Salvadoriens qui sont venus au pays l'ont fait entre les années 1980 et 1990. En effet, sur la période 2016-2021, la proportion n'est que de 6,67 %.

Parmi les autres immigrants avec de faibles taux d’immigration au cours des cinq dernières années, il y a les Guatémaltèques (6,56 %), les Nicaraguayens (5,22 %), les Péruviens (7,38 %), les Uruguayens (7,32 %) et les Chiliens (9,80 %). Cela montre que beaucoup de ces immigrés ont quitté leur pays d'origine à des moments où ils étaient embourbés dans des conflits militaires ou armés.

Faits intéressants

  • Il y a 4195 citoyens canadiens et près de 30 000 citoyennes canadiennes originaires du Salvador.
  • Dans le cas des Mexicains, un nombre important d'hommes et de femmes ont la résidence permanente, mais beaucoup ont aussi la citoyenneté.
  • Il y a plus de Colombiens qui ont la citoyenneté canadienne que la résidence permanente.
Des amateurs agitent un drapeau du Brésil dans les gradins.

Des supporteurs brésiliens encouragent leur équipe nationale

Photo : Getty Images / HECTOR RETAMAL

Les Latinos viennent-ils au Canada parce que leur pays les expulse?

Víctor Armony croit que la tendance observée dans le passé selon laquelle les Latino-Américains qui viennent au Canada sont expulsés de leur pays en raison d'une guerre ou d'un conflit ne se maintient pas.

Le cas du Venezuela est très particulier. La migration de ce pays, pour des raisons politico-économiques, est également d'une ampleur sans précédent. Je dirais que c'est un cas politico-économique, car il y a un mécontentement de nombreux secteurs, notamment les classes moyennes, face à la situation vis-à-vis du gouvernement. Le facteur qui pousse aussi à quitter le pays est relié aux conditions de vie, qui incluent le matériel, mais aussi avec le sentiment de sécurité, de satisfaction et de qualité de vie.
Une citation de Víctor Armony, sociologue

Le chercheur Alejandro Hernández indique que, selon une analyse qu'il avait faite auparavant, les Vénézuéliens qui viennent au Canada sont hautement qualifiés.

Ce que j'ai remarqué au Canada, c'est qu'il y a une certaine réticence à les accepter. La loupe est beaucoup plus grande lors de l'analyse de toute demande pour les Vénézuéliens, par rapport aux autres nationalités.
Une citation de Alejandro Hernández, chercheur indépendant

Pour le sociologue Víctor Armony, le cas du Brésil et le nombre de Brésiliens arrivant au Canada sont également uniques.

Maintenant, justement, les choses changent [avec l'élection de Lula à la présidence]. Sous l'ère Bolsonaro, il aurait pu y avoir beaucoup de mécontentement, mais au fond cela n'a pas créé de flux massif. Je ne suis pas un spécialiste et je n'ai pas parlé avec des immigrés du Brésil, mais je vois les chiffres et, effectivement, il y a des courants importants ces dernières années, a-t-il indiqué.

En ce qui concerne le Mexique, encore une fois, il y a des facteurs de push, comme on dit dans la théorie de l'immigration... Au Mexique, on est bien conscients de la situation de la violence criminelle, tandis qu'au Brésil, il peut y avoir d'autres facteurs, y compris l'insécurité, mais je ne pense pas que ce soit comparable à la situation de la guerre civile en Amérique centrale dans les années 1980 ou au coup d'État de Pinochet au Chili, a-t-il ajouté.

Une vingtaine de personnes de dos marchent sur le bitume avec leurs sacs sur le dos.

Des migrants vénézuéliens marchent à proximité de Cucuta, en Colombie, le 2 février 2021.

Photo : Getty Images / SCHNEYDER MENDOZA

Immigration irrégulière

Le nombre de demandeurs d'asile entrant au Canada de façon irrégulière, entre deux postes frontaliers, a atteint son plus haut niveau depuis que le gouvernement a commencé à les suivre en 2017.

Selon des données publiées par Reuters, qui citent des statistiques de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), 23 258 demandeurs d'asile entrés par des points non officiels ont été interceptés au cours des huit premiers mois de 2022, ce qui représente une augmentation de 13 % par rapport à 2017.

Or, un reportage de Radio-Canada (nouvelle fenêtre) publié le 31 octobre dernier indiquait que le nombre de demandeurs d'asile de personnes en provenance du Mexique a monté en flèche ces derniers mois. La grande majorité arrive à Montréal, persuadée qu'elle y trouvera rapidement du travail.

Víctor Armony fait référence à ce nouveau phénomène.

L'arrivée de personnes par des routes irrégulières est en augmentation. Ce sont des personnes qui prennent le risque de traverser de manière non autorisée, de vivre une situation de grande vulnérabilité, sans avoir de garantie de quoi que ce soit. Je ne connais pas le profil de ces personnes ou de ces familles, mais encore une fois, ce sont des personnes qui ont réussi à rejoindre les États-Unis et qui ont ensuite un projet d'entrer au Canada. Tu ne fais pas ça dans le vide, tu l'as fait parce que tu en as entendu parler, tu connais des gens, tu as un contact, tu as les moyens de payer.
Une citation de Víctor Armony, sociologue
Une famille de demandeurs d'asile traverse la frontière canadienne.

Des demandeurs d'asile franchissent la frontière canadienne par le chemin Roxham.

Photo : La Presse canadienne

Selon M. Armony, cela ne veut pas dire que ce sont des gens avec beaucoup de ressources.

Ce sont des gens qui utilisent peut-être le peu de ressources dont ils disposent, mais c'est un pas de plus par rapport à des gens qui sont totalement dépossédés au Brésil, au Venezuela, en Colombie, au Mexique, qui ne peuvent pas, n'ont même pas atteint la frontière.
Une citation de Víctor Armony, sociologue

Víctor Armony évoque un autre phénomène qui prend de l'ampleur : celui des sans-papiers. Avant, dit-il, c'était un phénomène marginal, mais il commence maintenant à prendre une dimension plus importante. Beaucoup d'entre eux sont des personnes qui sont entrées avec un visa touristique ou avec un permis temporaire et qui restent ensuite. Ces personnes avaient déjà la possibilité d'avoir un visa ou de prendre l'avion. Ce sont des personnes qui ont un potentiel d'intégration.

Note : ce reportage est également disponible en espagnol

Maria-Gabriela Aguzzi

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