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Pas question d’accueillir plus d’immigrants, rétorque François Legault à Ottawa

François Legault.

Le premier ministre du Québec, François Legault, affirme que le gouvernement fédéral doit comprendre que le Québec a « le défi spécial de protéger et de promouvoir le français » lorsqu'il fixe ses seuils d'immigration.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Anne Marie Lecomte

Le premier ministre du Québec accueille avec froideur le projet d'Ottawa d'accueillir 500 000 immigrants (nouvelle fenêtre) d'ici 2025. Pour François Legault, l'économie et la pénurie de main-d'œuvre ne doivent pas prendre le pas sur la protection du français.

Cette réaction de M. Legault survient au lendemain de l'annonce, par le ministre fédéral Sean Fraser, d'un plan d'immigration par lequel Ottawa prévoit combler la pénurie de main-d'œuvre en augmentant substantiellement le nombre d'immigrants au pays.

Je comprends qu'il y a des objectifs économiques, a déclaré le premier ministre Legault lors d'un impromptu de presse, mercredi, et que le patronat serait ouvert à ça. Mais on a le défi spécial, au Québec, de garder et de promouvoir le français et de s'assurer qu'on arrête de voir le pourcentage de francophones diminuer.

Déjà, il y avait un problème avec la cible de 400 000 immigrants que s'était fixée le gouvernement canadien il y a deux ans (nouvelle fenêtre), a commenté François Legault, donc à 500 000, encore plus.

La Coalition avenir Québec (CAQ) a fixé à 50 000 le nombre d'immigrants que la province compte accueillir, par année, à compter de 2023. En campagne électorale, fin septembre, François Legault avait déclaré qu'il serait « suicidaire » pour le Québec (nouvelle fenêtre) d'accepter davantage d'immigrants, considérant la nécessité pour la province de contrer le déclin du français.

À la perspective que le poids démographique du Québec faiblisse dans l'ensemble du Canada, le premier ministre Legault rappelle qu'il existe des garde-fous pour prévenir cette situation : Le pourcentage de députés accordé au Québec [au Parlement canadien] est déjà un petit peu plus élevé que le pourcentage de la population.

Le Québec est une société distincte, c'est une nation et, dans ce sens-là, il y a des pouvoirs importants qu'on a, qu'on doit garder, et on doit en ajouter, affirme François Legault.

Vraiment, il va falloir que MM. Trudeau et Rodriguez, les gens à Ottawa, comprennent qu'on a un défi ici et qu'on veut garder le français à long terme.
Une citation de François Legault, premier ministre du Québec

La nouvelle ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration du Québec, Christine Fréchette, a par la suite renchéri en rappelant qu'il appartenait au Québec de fixer le nombre d'immigrants permanents qu'il reçoit annuellement. Et ça ne changera pas, peu importe le nombre d'immigrants qui arrivent ailleurs au Canada, a-t-elle affirmé.

Christine Fréchette répond aux questions des journalistes.

La ministre de l'Immigration du Québec, Christine Fréchette, affirme que le Québec a le pouvoir de décider du nombre d'immigrants qu'il accueille, « et ça ne changera pas, peu importe le nombre d'immigrants qui arrivent ailleurs au Canada », dit-elle.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

À l'Assemblée nationale, l'opposition libérale a formulé le souhait que le Québec accueille aux alentours de 70 000 immigrants. Toutefois, sa porte-parole en matière d'emploi, Madwa-Nika Cadet, a affirmé que c'est à Québec de fixer ses propres seuils d'immigration en fonction des besoins du marché du travail.

Priorité à la main-d'œuvre, dit Justin Trudeau

À Ottawa, mercredi, le premier ministre Justin Trudeau s'est vu demander en mêlée de presse s'il a espoir que le Québec accroîtra le nombre d'immigrants qu'il reçoit : Le Québec a depuis longtemps la capacité d'augmenter ses seuils de migration, a-t-il répliqué.

Chaque fois que je parle à des propriétaires d'entreprises à Montréal ou en région, ils soulignent à quel point c'est important de combler la pénurie de main-d'œuvre.
Une citation de Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Aux yeux du gouvernement Trudeau, la nécessité de créer de la croissance économique et de faire venir des travailleurs justifie la hausse des niveaux d'immigration. Et le premier ministre entend continuer de travailler avec Québec pour s'assurer qu'il y a de l'immigration francophone.

On sera toujours là pour aider M. Legault s'il veut créer plus de croissance économique au Québec, a-t-il ajouté.

Justin Trudeau affirme par ailleurs que son gouvernement est sur la voie d'atteindre les cibles fixées pour l'immigration francophone dans les autres provinces, ce qui sera une première, dit-il. On va continuer d'assurer la protection du français partout au Canada.

En Saskatchewan, des organisations fransaskoises jugent insuffisant (nouvelle fenêtre) le taux de 4,4 % d'immigrants francophones hors Québec que le fédéral a annoncé dans son plan. Selon Denis Simard, président de l'Assemblée communautaire fransaskoise, il faut plus d'immigrants pour éviter un recul démographique de la communauté francophone.

Ottawa défend son approche réfléchie

Le ministre canadien de l'Immigration, Sean Fraser, affirme quant à lui avoir agi dans un intérêt pancanadien en fixant ces nouvelles cibles d'immigration.

C'est essentiel pour moi de prendre la décision qui est [bonne] pour tout le pays. C'est essentiel, selon moi, d'accueillir beaucoup de nouveaux arrivants pour améliorer la pénurie de main-d'œuvre [et] les problèmes démographiques.

Dès 2023, le Canada compte accueillir 465 000 nouveaux résidents permanents. En 2024, ce nombre grimpera à 485 000 et en 2025, il devrait atteindre 500 000.

Les industries canadiennes font face à une pénurie de main-d'œuvre criante : environ un million de postes sont vacants à travers le pays.

Le plan d'immigration fédéral prévoit d'accroître le nombre d'immigrants qui sont admis au pays sur la base de leur expérience de travail et de leurs qualifications. Un accent particulier sera mis sur les soins de santé, les emplois spécialisés, le secteur manufacturier et les STEM (sciences, technologie, ingénierie et mathématique).

Les accueillir et les loger

Appelé à expliquer comment Ottawa n'amplifierait pas la crise du logement au pays en accueillant ces nombreux nouveaux arrivants, M. Fraser a affirmé qu'Ottawa y allait d'une approche réfléchie.

Il a indiqué que le plan d'immigration prévoit de diriger les nouveaux arrivants vers des communautés qui ont la capacité de les recevoir.

Il a aussi dit que des immigrants qualifiés pourraient aider à la construction de logements. Nous avons de nouvelles flexibilités avec notre système d'entrée express [qui va] débuter en 2023 et nous permettre d'amener des travailleurs ici pour répondre aux besoins des secteurs qui ont les plus grands besoins, a dit le ministre.

La semaine dernière, de nouvelles données publiées par Statistique Canada révélaient qu'immigrants reçus et résidents permanents représentaient désormais 23 % de la population en 2021 (nouvelle fenêtre). Il s'agit de la plus forte proportion observée dans l’histoire du pays.

Des immigrants 100 % francophones

Aux yeux de Pablo Rodriguez, lieutenant politique du fédéral pour le Québec, l'arrivée massive d'immigrants au Canada représente une opportunité pour le Québec. M. Rodriguez a refusé de s'avancer (nouvelle fenêtre) sur ce que le Québec pourrait décider de faire relativement à ses seuils d'immigration.

Le Québec a déjà les pouvoirs, s'il le veut, d'augmenter de façon importante le nombre d'immigrants qu'il reçoit et qui soient 100 % francophones, a-t-il rappelé.

Selon les estimations de la population au 1er juillet 2022 réalisées par Statistique Canada, 22,3 % des Canadiens résident au Québec. Ainsi, pour maintenir son poids démographique, le Québec devrait accueillir près de 112 000 de ces 500 000 immigrants.

Mardi, le Conseil du patronat du Québec s'est réjoui que le gouvernement fédéral, avec ses nouvelles cibles, reconnaisse qu'on doit faire une plus grande place à l'immigration dans les prochaines années dans le contexte de rareté de main-d'œuvre.

Le Québec doit davantage considérer cette avenue pour s'attaquer à la pénurie de main-d'œuvre, avait soutenu son vice-président aux politiques de développement de la main-d'œuvre, Denis Hamel, dans une déclaration écrite.

Avec les informations de La Presse canadienne et CBC.
Anne Marie Lecomte

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