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Le Canada défend son bilan sur la protection des baleines noires

Un bateau pneumatique accoste le cadavre d'une baleine qui flotte sur l'eau.

Sur cette photo non datée fournie par le ministère fédéral, une équipe de Pêches et Océans Canada et de ses partenaires prélève des échantillons de tissus sur une baleine noire de l'Atlantique Nord retrouvée morte dans le golfe du Saint-Laurent.

Photo : Reuters / Pêches et Océans Canada

RCI

Le gouvernement fédéral conteste les accusations des écologistes américains selon lesquelles il n'en fait pas assez pour protéger les baleines noires de l'Atlantique Nord.

Il affirme plutôt que les mesures prises depuis 2018 ont réduit de 82 % le risque d'enchevêtrement dans des engins de pêche au crabe des neiges du golfe du Saint-Laurent.

Cette nouvelle statistique a été dévoilée par Pêches et Océans Canada (MPO) lors d'une réunion d'un comité parlementaire, tenue après la dernière condamnation environnementale de l’organisme Seafood Watch.

L'organisme environnemental américain, en octroyant des cotes rouges à certaines pêcheries, recommande aux consommateurs d'éviter d'acheter le crabe des neiges et le homard canadiens à cause du risque auquel sont exposées les baleines noires lors de la récolte.

Adam Burns lors de son témoignage au comité parlementaire.

Adam Burns est sous-ministre adjoint par intérim pour Pêches et Océans Canada.

Photo : Radio-Canada

Nous ne sommes pas d'accord, a déclaré Adam Burns, sous-ministre adjoint par intérim.

Le Canada s'est efforcé de s'assurer que [Seafood Watch] avait les informations nécessaires pour effectuer une évaluation juste et équilibrée du régime de gestion du Canada. Malheureusement, nous ne pensons pas que l’organisme ait pris cela en considération dans ses conclusions, a témoigné Adam Burns.

Jean Lanteigne, le directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels (Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels) est d'accord.

Tout le monde a mis l'épaule à la roue pour s'assurer qu'on minimise l'impact de la pêcherie et du transport maritime dans la protection de baleines noires, dit-il.

Aujourd'hui, de se faire dire par une organisation de la côte pacifique qu'on n’a pas fait notre travail, ça, c'est inacceptable.
Une citation de Jean Lanteigne, Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels

Le ministère des Pêches et des Océans du Canada ne conteste pas que les baleines noires de l'Atlantique Nord sont en péril.

En 2017, 12 baleines noires en voie de disparition sont mortes dans le golfe du Saint-Laurent.

Deux décès ont été liés à l’enchevêtrement dans du matériel de pêche au crabe des neiges en eaux canadiennes. Cinq autres sont mortes dans les eaux américaines.

Une baleine noire trouvée morte dans le golfe du Saint-Laurent.

À l'été 2017, douze baleines noires ont été retrouvées mortes dans le golfe du Saint-Laurent.

Photo : Pêches et Océans Canada

La population est aujourd'hui estimée à 336 individus, dont 70 femelles reproductrices.

Mesures préventives

Les deux pays ont réagi à la situation de la baleine noire avec une variété de mesures.

Les États-Unis demandent moins de lignes dans l'eau et une résistance de corde plus faible pour faciliter l'évasion.

De plus, le Canada impose des fermetures radicales lorsque des baleines noires sont détectées.

Par exemple, lors d’une détection visuelle ou acoustique, une zone de 2 000 kilomètres carrés est fermée pendant 15 jours et les casiers et filets de pêche fixes sont retirés.

Les critiques de l'organisme américain tiennent

L'organisme environnemental Seafood Watch n'a pas répondu directement aux critiques des responsables canadiens.

Il n’a fait que réitérer ses déclarations antérieures, selon lesquelles les modifications des règles de pêche imposées par les organismes de réglementation canadiens et américains ne vont pas assez loin pour réduire le risque et favoriser le rétablissement de l’espèce.

Les mortalités de baleines noires de l'Atlantique Nord dues à l'enchevêtrement de la pêche continuent de se produire à des niveaux cinq fois plus élevés que ce que l'espèce peut supporter, rappelle l'organisme.

Des casiers à homard empilés et entourés de cordages.

Des casiers à homard en janvier 2022 à Riverport, en Nouvelle-Écosse, dans le comté de Lunenburg.

Photo : CBC / Robert Short

Seafood Watch a également publié ce qu'il appelle une réponse à la désinformation au sujet de ses cotes rouges envers les pêcheries canadiennes et américaines qui utilisent des casiers et des filets de maille.

L’organisme affirme que ce genre de pêche viole la loi américaine et que l'utilisation continue de lignes verticales met une espèce protégée en danger d'extinction. Il dit que les notations sont basées sur une approche mondialement acceptée.

Possibilité de lourdes conséquences

L'enjeu pour les pêcheurs et les communautés côtières du Canada atlantique est de risquer de perdre l'accès au marché américain des fruits de mer, qui représentait plus de 2,5 milliards $ en 2020.

En vertu de la Loi américaine sur la protection des mammifères marins, les produits de la mer importés doivent être pêchés dans le cadre de régimes offrant des protections comparables à celles des États-Unis.

Qui plus est, le régime aux États-Unis est en train de changer à cause de poursuites judiciaires menées par des groupes environnementaux qui souhaitent interdire la pêche qui utilise des cordes verticales ancrées au fond.

En juillet, un juge américain a statué que la pêche au casier avec des lignes verticales en Nouvelle-Angleterre violait la loi sur la protection des mammifères marins et la loi sur les espèces en voie de disparition.

En réponse, le mois dernier, les États-Unis ont proposé une réglementation qui vise à réduire de 90 % le risque pour les baleines noires.

Le biologiste dans un entrepôt de matériel de pêche.

Sean Brillant est biologiste de la conservation à la Fédération canadienne de la faune.

Photo : Radio-Canada

Un biologiste de la conservation à la Fédération canadienne de la faune pense que le Canada peut aussi atteindre ce niveau de réduction des risques.

Il reste encore beaucoup à faire, a déclaré Sean Brillant.

Il y a beaucoup de défis pour arriver à transformer les opérations de pêche, et on comprend ça, on sait que ça va prendre du temps, mais il y a une bonne opportunité et je pense que nous pouvons y arriver.

Il croit que la solution passe par des méthodes de pêche avec dans les engins sans cordage et d'autres avancées du genre.

Avec les informations de Paul Withers (CBC) et de Paul Légère

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