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Jason Kenney : peu de regrets et un appel à la raison

Le premier ministre sortant de l'Alberta conseille au Parti conservateur uni de ne pas aller aux marges des mouvements politiques.

Jason Kenney répond aux questions du journaliste Mathieu Gohier.

Le premier ministre Jason Kenney, qui terminera bientôt son mandat à la tête de l'Alberta, semble avoir un poids de moins sur les épaules.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Mathieu Gohier
Mathieu Gohier

Le mandat houleux du premier ministre conservateur albertain se termine après deux ans de déchirements internes à propos des mesures sanitaires. Avant de tirer sa révérence, Jason Kenney exprime quelques regrets, mais offre surtout ses conseils aux leaders conservateurs du pays lors d’un entretien avec Radio-Canada, le seul accordé en français avant son départ.

C'est un Jason Kenney plutôt serein que nous rencontrons dans son bureau du centre-ville de Calgary. La douleur et la surprise du vote de confiance de mai dernier sont passées. L’homme de 54 ans semble avoir un poids de moins sur les épaules.

J'ai un esprit de gratitude, après 25 ans dans la vie politique avec des responsabilités remarquables comme ministre [fédéral] de l’Immigration, de la Défense, premier ministre de l’Alberta, le meilleur boulot au Canada d’après moi! répond Jason Kenney quand on lui demande comment il se sent à la veille de son départ. 

Le politicien d’expérience dit avoir peu de regrets quand il repense à toutes ses années dans la sphère publique. Avec le recul, il admet toutefois que la gestion de son caucus aurait pu être plus ferme durant la pandémie, alors que c’est de l’intérieur du Parti conservateur uni que sont venues les critiques les plus virulentes au sujet des mesures sanitaires. 

Peut-être que j'aurais dû être plutôt comme Stephen Harper, Doug Ford ou les autres premiers ministres. Parce que dans une crise il faut donner au public une direction claire, cohérente et unifiée et ça n'existait pas dans notre caucus. Ça, je le regrette, admet-il.

La tendance libertarienne du conservatisme albertain lui a rendu la tâche plus difficile qu’à d’autres premiers ministres conservateurs, ajoute toutefois Jason Kenney.

La course à sa succession qui se termine doit, en principe, mettre fin aux divisions internes de la droite en Alberta. Sauf que la lutte a été acrimonieuse, et rien n’indique qu’au lendemain du couronnement du nouveau chef la droite restera unifiée. Fondateur de l’union de la droite en Alberta en 2017, Jason Kenney reconnaît que le mariage entre anciens du Wildrose et du Parti progressiste-conservateur est plus fragile que jamais.

Nous ne pouvons pas tenir pour acquise l’unité du mouvement. C’est une coalition diversifiée, c’est une coalition qui n’existait pas il y a quelques années. La COVID a été une crise pour cette coalition.
Une citation de Jason Kenney, premier ministre sortant de l'Alberta

Un appel à la raison

À la veille de son départ, le premier ministre albertain ne veut pas trop se mêler de la course à sa succession, mais impossible pour lui de rester muet sur l’avenir du conservatisme au Canada.

S’ils veulent former le gouvernement, les conservateurs ont tout intérêt à se concentrer sur les enjeux qui préoccupent la majorité de la population plutôt que de tenter de plaire aux militants les plus à droite.

Mon conseil pour l'avenir de mon parti est de ne pas aller aux marges des mouvements politiques, mais de rester dans le mainstream, où sont la majorité des électeurs.

S’il reconnaît qu’une minorité à droite de l’échiquier politique s’est radicalisée durant la pandémie, M. Kenney estime que le phénomène n’est pas unique au mouvement conservateur.

Jason Kenney répond aux questions de Mathieu Gohier.

Le premier ministre sortant de l'Alberta, Jason Kenney, en entrevue avec le journaliste Mathieu Gohier, de Radio-Canada

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Il y a une polarisation des deux côtés, il y a la gauche extrême, le wokisme, la rectitude politique. [...] On peut le voir par exemple en France : ce n'est pas seulement [Marine] Le Pen, c’est [Jean-Luc] Mélenchon aussi, soutient le premier ministre sortant.

Il note que le nouveau chef du Parti conservateur du Canada Pierre Poilievre semble avoir recentré son message depuis son élection.

J’ai connu Pierre toute sa vie, c’est un homme très intelligent, très capable et très sage au plan politique. [...] Depuis qu’il a gagné le leadership, il a envoyé tous les bons signaux. Pierre comprend comment gagner les appuis essentiels dans les banlieues de Toronto [...] avec un message sur le coût de la vie.

Le Québec, un allié

Avec ses projets de fonds de pension provincial ou de nouvelle police albertaine pour remplacer la GRC, Jason Kenney avait fait de l’autonomie de l’Alberta un des piliers de son mandat. Une idée qui a aussi dominé la course à sa succession. Rarement dans le discours conservateur albertain l’exemple du Québec est-il revenu aussi souvent.

Comment Jason Kenney explique-t-il cette fascination chez lui pour la Belle Province?

Le Québec a gagné le respect d’Ottawa, le respect du reste du pays. Parce que les Québécois ont défendu leur identité, leur langue et leurs droits constitutionnels. Comme je l’ai dit en français dans mon discours de victoire en 2019, nous sommes des alliés historiques dans la défense de la Constitution, dans la défense de provinces fortes dans la fédération. Il faut être des partenaires. Je pense que beaucoup d’Albertains ne sont pas des Québec-bashers, mais des admirateurs du Québec.

Si M. Kenney dit avoir beaucoup de respect pour l’autonomie québécoise, il n’en demeure pas moins un ardent fédéraliste. C’est cette ferveur qui lui fait dire que le projet de loi sur la souveraineté proposé par Danielle Smith, candidate favorite à sa succession, est une menace pour le Canada et l’Alberta.

S’il y a des séparatistes qui veulent détruire la fédération canadienne, je suggère qu’ils se joignent à un parti séparatiste plutôt qu'essayer de prendre les rênes d’un parti fédéraliste. Quand j’ai créé le Parti conservateur uni, c’était dans le but explicite de créer un parti fédéraliste.
Une citation de Jason Kenney

La fin d’une époque

Il a été député et ministre fédéral, puis premier ministre de l’Alberta. Jason Kenney est un ténor du mouvement conservateur canadien depuis 25 ans.

Mais pour lui, la politique, c’est fini.

En entrevue, il dit avoir besoin de sommeil et de repos, surtout après des mois aussi difficiles. Et après avoir repris des forces?

J’aimerais bien écrire ou participer à des think tank [groupes de réflexion], indique-t-il sans donner plus de détails.

Jason Kenney répond aux questions du journaliste Mathieu Gohier.

Jason Kenney ferme la porte à tout retour en politique. Il aimerait bien écrire ou participer à des groupes de réflexion, dit-il.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

M. Kenney se dit encore allumé par les questions d’économie, de réconciliation autochtone ou encore d’immigration et affirme qu’on continuera de l’entendre sur la place publique sur ces enjeux.

L’homme a consacré toute son existence à la vie publique. Il compte bien continuer d’y contribuer d’une façon ou d’une autre.

Mathieu Gohier
Mathieu Gohier

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