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L’armée est trop sollicitée pour les catastrophes naturelles, déplorent des spécialistes

Deux militaires côte à côte près d'un cours d'eau. Un a le pied sur un gros billot. De l'autre côté de la rive, on voit une maison, lourdement endommagée par l'ouragan, qui est penchée sur le bord d'une falaise.

Des militaires des Forces armées canadiennes à Burnt Islands, à Terre-Neuve-et-Labrador, le 28 septembre 2022, quelques jours après le passage de l'ouragan Fiona.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

RCI

Un ancien haut conseiller à la sécurité nationale, Richard Fadden, a averti mardi une commission parlementaire que les gouvernements fédéraux successifs s'étaient trop appuyés sur l'armée canadienne pour gérer les crises chez eux.

L'armée a été déployée récemment (nouvelle fenêtre) afin d'aider au nettoyage après le passage de la tempête post-tropicale Fiona dans l'Est canadien. Environ 500 militaires sont actuellement sur le terrain en Nouvelle-Écosse, et le gouvernement aimerait en avoir au moins le double.

Ayant servi dans les gouvernements libéral et conservateur en tant que conseiller à la sécurité du premier ministre, sous-ministre de la Défense et chef du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Richard Fadden a assuré aux députés du comité de la défense de la Chambre des communes que ses commentaires n'étaient pas partisans.

Selon lui, les opérations d'urgence nationales de l'armée lors des catastrophes naturelles ne devraient être utilisées qu'en dernier recours.

Cela ne signifie pas que les Forces armées doivent rester à l'écart lorsque des Canadiens sont frappés par des tragédies comme la tempête post-tropicale Fiona, a souligné M. Fadden.

Photo de Richard Fadden.

Richard Fadden, conseiller à la sécurité nationale du premier ministre, comparaît devant le comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense à Ottawa le 27 avril 2015.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Selon lui, envoyer l'armée est devenu trop ​​facile. Le problème, a-t-il ajouté, est que ces dernières années, le gouvernement fédéral a agi comme si l'armée était le seul outil vers lequel il pouvait se tourner en cas de catastrophe.

Il devient trop facile pour les premiers ministres – pas en particulier celui-ci, mais les premiers ministres en général – de simplement dire : "Je vais envoyer l'armée", a déclaré Richard Fadden au comité quadripartite, qui étudie la préparation aux urgences nationales des militaires.

Et nous le faisons sans parler aux provinces, aux municipalités et à la société civile de ce qu'elles pourraient et devraient faire, a-t-il ajouté, exhortant le gouvernement fédéral à entreprendre un examen approfondi et indépendant de toutes les capacités d'intervention d'urgence à travers le pays, tant au niveau fédéral que provincial.

Chaque fois plus de demandes

La semaine dernière, un haut commandant militaire a déclaré au comité que le nombre de demandes d'aide que les Forces armées reçoivent des provinces a augmenté rapidement au cours de la dernière décennie.

Le major général Paul Prévost a témoigné qu'en 2021 il y avait eu sept demandes de ce type pour une intervention militaire dans des situations d'urgence provinciales – inondations, feux de forêt et autres catastrophes naturelles. La période entre 2017 et 2021 a vu en moyenne quatre demandes de ce type par an. De 2010 à 2017, la moyenne était de deux par an.

Ces chiffres n'incluent pas les 118 appels à l'aide auxquels les militaires ont répondu pendant la pandémie, par exemple en soutenant le personnel de santé épuisé dans les foyers de soins de longue durée en Ontario et au Québec.

Nous n'avons probablement pas d'autre outil dans ce pays en ce moment. Je pense que c'est vraiment problématique pour un gouvernement sophistiqué et complexe comme le gouvernement du Canada aujourd'hui, lorsqu'une catastrophe se produit, si un premier ministre n'a qu'un seul outil, a souligné Richard Fadden.

L'idée d'une force dédiée au sein de l'armée chargée de répondre aux catastrophes naturelles a été fréquemment évoquée depuis que Fiona a frappé la côte est.

Deux militaires en uniforme au bord de l'eau observent une excavatrice et une maison qui menace de tomber, sur la rive opposée.

Des militaires des Forces armées canadiennes à Burnt Islands, Terre-Neuve-et-Labrador, le 28 septembre 2022, quelques jours après le passage de l'ouragan Fiona.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Le général Wayne Eyre, le plus haut commandant militaire du Canada, a affirmé qu'une telle force nécessiterait plus de capacité militaire. C'est aussi une mauvaise idée, a estimé M. Fadden. Demander aux Forces canadiennes, par exemple, d'exploiter un chemin de fer serait une erreur. Demander aux Forces canadiennes de s'impliquer de manière excessive dans l'aide aux sinistrés, à mon avis, est également une erreur, a-t-il dit.

L'ancien conseiller a fait valoir que la réponse aux catastrophes prive l'armée du temps qu'elle devrait passer à s'entraîner pour les engagements internationaux pendant une période de tensions internationales accrues avec la Russie et, dans une moindre mesure, la Chine.

L'armée, indispensable

Johanu Botha, qui dirige l'Organisation des mesures d'urgence du Manitoba, a souligné pour sa part au comité que l'armée était indispensable dans une crise nationale, car elle relie les trois niveaux de gouvernement – ​​fédéral, provincial et municipal.

Selon lui, les recherches menées sur la réponse aux catastrophes ont clairement démontré que des soldats seront nécessaires lors de futures catastrophes naturelles.

Pour Conrad Sauvé, président de la Croix-Rouge canadienne, le Canada a été pris au dépourvu par des catastrophes naturelles qui nécessitent une réponse rapide, ce que les militaires peuvent faire.

Avec les informations de cbc.

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