1. Accueil
  2. Environnement
  3. Changements climatiques

Fonte dans le passage du Nord-Ouest : une traversée ratée met la sécurité en avant-plan

Le brise-glace Amundsen dans le passage du Nord-Ouest.

Le brise-glace Amundsen est l'un des bateaux qui naviguent dans le passage du Nord-Ouest.

Photo : the washington post via getty im / Getty

Vincent Bonnay
Vincent Bonnay

Le mois dernier, Robert Youens a tenté de réaliser la traversée du passage du Nord-Ouest dans une barque à moteur de moins de 5 mètres. Le Texan a finalement été forcé de faire demi-tour à cause d’une avarie et a pu revenir à Tuktoyaktuk, aux Territoires du Nord-Ouest, avec l'aide de résidents. La fonte des glaces attire de plus en plus de marins, ce qui pose la question de la sécurité dans le passage.

Myles Pedersen, de Kugluktuk, au Nunavut, n’y est pas allé par quatre chemins. Quand il a vu l’étendue des dégâts sur l'embarcation, il a dit à Robert Youens : Votre bateau devrait être au fond de l'océan.

Parti de Tuktoyaktuk, c’est à peine arrivé à Cambridge Bay que le Texan de 68 ans s'est rendu compte qu’un trou de 45 centimètres s’était formé dans le fond de son embarcation. Il a alors dû se rendre à l’évidence et décidé de faire demi-tour. L’avarie étant plus grave que prévu, Robert Youens a dû s’arrêter à Kugluktuk chez ceux qui resteront des amis pour le reste de [sa] vie.

Deux personnes travaillent sur un bateau à l'envers.

Myles Pedersen et Kevin Ongahak ont travaillé plusieurs jours pour réparer le bateau de Robert Youens. Pour les remercier, le Texan cherche à trouver un financement pour qu'ils puissent faire un voyage aux États-Unis.

Photo : fournie par Robert Youens

Myles Pedersen et ses amis Kevin Ongahak et Robin Paco IIgok ont passé une semaine à réparer l’embarcation pour que le Texan puisse rallier Tuktoyaktuk, refusant même d’être payés. L’aventure de Robert Youens s’est finalement bien terminée, car, même s’il n’a pas réussi à atteindre son objectif, il s’était préparé pendant plus de quatre ans pour ce voyage.

Me rendre dans l’Arctique, c’était comme me préparer pour une expédition sur Mars.
Une citation de Robert Youens

L'aspirant aventurier était bien plus préparé que l’aspect de son embarcation ne le laissait penser. Auparavant, il avait déjà tenté de battre un record Guinness en parcourant 3611 kilomètres avec son bateau de pêche, et il avait planifié son parcours ainsi que son ravitaillement en essence, en communiquant en amont et à plusieurs reprises avec les commerçants des communautés.

Il était également en contact constant avec les autorités canadiennes qui, même si elles lui avaient dans un premier temps conseillé de renoncer a son projet, lui ont apporté, à lui de même qu'à son routeur resté à terre, toutes les informations nécessaires concernant les conditions météorologiques et de navigation en plus de vérifier quotidiennement sa position.

Égoportrait de Robert Youens dans son bateau.

Robert Youens a entrepris la traversée du passage du Nord-Ouest à bord d'une embarcation de moins de 5 mètres.

Photo : fournie par Robert Youens

C’est important que les gens comprennent ce dans quoi ils s’embarquent. On doit être autonome à 100 % et ne pas y aller si on n'est pas prêt à faire face seul à tout ce qui pourrait arriver, dit Robert Youens. Il doit son salut à sa préparation et au matériel qu’il avait embarqué pour parer à toute éventualité, ce qui lui a permis de rejoindre Kugluktuk, où la gentillesse des habitants a fait le reste.

Comme Robert Youens, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer dans les eaux du passage du Nord-Ouest, qu’ils soient croisiéristes, plaisanciers ou même aventuriers. La région, aussi reculée soit-elle, dispose d’un système de recherche et de sauvetage.

Un système de recherche et de sauvetage à l'épreuve de l'augmentation du trafic

Chaque saison, sept à neuf brise-glaces sont déployés dans le passage avec des hélicoptères à leur bord, en plus des 46 navires qui y patrouillent. Les garde-côtes comptent 442 membres dans la région, mais ils s’appuient énormément sur les communautés.

Les communautés locales sont un élément essentiel du système de recherche et de sauvetage, affirme le surintendant de Recherche et sauvetage maritime pour la région de l’Arctique au sein de la Garde côtière canadienne, Steve Thompson.

En tout, 32 communautés composent les forces de la Garde côtière auxiliaire canadienne le long du passage. Elles représentent un atout pour les opérations, car ces bénévoles connaissent les menaces et les risques des eaux dans leur région, explique Steve Thompson.

Les eaux de la baie près de Nanisivik.

Avec le réchauffement climatique, les eaux du passage du Nord-Ouest deviennent de plus en plus navigables en été.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Avec l’ouverture du passage du Nord-Ouest causé par le réchauffement climatique, le trafic s’intensifie et, avec lui, les besoins potentiels en matière de sécurité. Steve Thompson explique que la Garde côtière va y répondre en se concentrant sur le renforcement des capacités communautaires au niveau local, mais qu'il est important de sensibiliser le public.

Nous encourageons toute personne qui compte entreprendre cette traversée à vraiment prendre conscience des risques que cela comporte et représente pour d’autres, par exemple les professionnels et les intervenants des communautés.
Une citation de Steve Thompson, surintendant de Recherche et sauvetage maritime pour la région de l’Arctique

On est passé de 1 à 2 bateaux par an à environ 300 à 400 bateaux par an, de toutes sortes, des voiliers aux brise-glaces, ce qui augmente les dangers et le besoin de services de recherches et sauvetage, dit le sénateur Tony Dean, qui préside le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants.

Actuellement en visite dans la région pour poursuivre son étude sur la sécurité nationale et la défense dans l’Arctique, il dit qu'il est conscient des répercussions de l’évolution de la navigation dans le passage du Nord-Ouest et répète l’importance des communautés et de leurs bénévoles qui resteront des acteurs essentiels. Il a toutefois des réserves.

L’ouverture de ce passage a créé et continuera de créer une demande croissante d’appui aussi bien au niveau des militaires, des garde-côtes et des rangers en matière de recherche et de sauvetage. C’est maintenant une réalité, et nous devons y répondre, car cela et cela impliquera de nouveaux investissements.
Une citation de Tony Dean, président, Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants

Il viendra un moment, et nous en sommes peut-être déjà là, où le recours au volontariat pour faire d’importantes missions de sécurité publique dont dépendent la santé et la sécurité de notre population aura peut-être besoin d’être formalisé.

Avec des informations de Liny Lamberink

Vincent Bonnay
Vincent Bonnay

À la une