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« Je cherche encore ma fille »

Un moment pour se souvenir de celles qui ne sont plus là : la Journée nationale de commémoration pour les femmes et filles autochtones disparues et assassinées.

La marche poétique en hommage à Sindy Ruperthouse, disparue de Pikogan depuis 2014.

L'enquête n'avance pas dans le dossier de la disparition de Sindy Ruperthouse.

Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

Delphine Jung
Delphine Jung

Même si le temps passe, Sindy Ruperthouse n'est pas juste un chiffre de plus parmi les milliers de femmes autochtones disparues au Canada. Elle porte un nom. Elle est une fille. Une sœur. Et près de neuf ans après sa disparition, la famille cherche encore des réponses à ses questions.

C’est le 23 avril 2014 que le nom de Sindy Ruperthouse a rejoint celui des milliers de femmes autochtones disparues et assassinées au Canada.

C’est le 23 avril 2014 qu’un père, qu’une mère, qu’un frère et trois sœurs ont perdu un membre de leur famille.

Elle avait 44 ans.

Le 4 octobre 2022, on se souvient de Sindy alors qu'on souligne un peu partout la Journée nationale de commémoration pour les femmes et filles autochtones disparues et assassinées .

Sindy Ruperthouse a été vue pour la dernière fois à l’hôpital de Val-d’Or. Elle avait de multiples côtes cassées.

Des personnes autour de la plaque de commémoration sur le site de l'ancien pensionnat.

Johnny Wylde s'investit beaucoup dans sa communauté anishinabe de Pikogan. Il a lui-même été pensionnaire.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Johnny Wylde parle de la disparition de sa fille sans sanglots coincés dans la gorge. Cela fait des centaines de fois qu’il raconte cette histoire. Il l’avait déjà fait devant l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA).

C’est avec la même abnégation qu’il parle aussi de son expérience au pensionnat de Saint-Marc-de-Figuéry.

Car, malheureusement, Johnny Wylde a l’habitude de traverser les épreuves. Il donne l’impression d’avoir fait la paix avec les drames qui l’ont touché sans pour autant les minimiser.

Une robe rouge suspendue sur une croix à la suite de la découverte des sépultures non marquées près de l'ancien pensionnat pour Autochtones, de Kamloops, en Colombie-Britannique, en mai 2021.

La robe rouge est devenue un symbole du fléau des femmes et filles autochtones disparues et assassinées au Canada, que l'enquête ENFFADA qualifie de « génocide ».

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Aujourd’hui encore, il offre une oreille attentive aux survivants des pensionnats. Il interpelle le gouvernement concernant les femmes autochtones disparues et assassinées. Il fait la tournée des écoles pour raconter son histoire et éveiller les jeunes à la réalité des Autochtones.

La semaine dernière, Johnny Wylde a rencontré François Legault (nouvelle fenêtre) lors de la Journée de vérité et réconciliation, à Val-d’Or. Il n’a pas manqué de l’interpeller sur l’enquête qui piétine au sujet de sa fille Sindy.

Des gens marchent dans la rue avec des banderoles rouges.

L'espoir anime encore la communauté, au moins pour retrouver un jour le corps de Sindy Ruperthouse.

Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

On a parlé de notre histoire à l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, mais on dirait que ça n’a rien changé. Rien n’avance. Rien ne bouge. Je cherche encore ma fille, raconte-t-il.

Dans la voix de Johnny, il n'y a aucune amertume. Aucune tristesse. Même si son cœur est brisé par la perte inexpliquée de sa fille, il tient le coup. En revanche, il y a beaucoup de lassitude.

Je ne sais plus quoi faire, mais je n’ai pas abandonné. Non, non, non. J’ai encore de l’espoir. Non pas qu’elle soit vivante, mais qu’on retrouve son corps, pour qu’on la ramène chez nous, dans notre communauté.
Une citation de Johnny Wylde

Cette communauté, c’est celle de Pikogan, à quelques kilomètres de Val-d’Or. Depuis la disparition de Sindy, un panneau qui montre son visage accueille les visiteurs.

Ne pas oublier.

Trois femmes assistent à la présentation du rapport.

À l'époque, le rapport de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées (ENFFADA) a été reçu avec beaucoup d'émotion par les proches des victimes.

Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK

C’est pour cela que Johnny Wylde va participer à la veillée mardi soir à Val-d’Or. Comme d’habitude, c’est lui qui parlera. C’est trop dur pour sa femme de prendre la parole.

Depuis le temps que l’enquête piétine, Johnny Wylde se demande s’il ne devrait pas reprendre en main les recherches. Dans les premiers jours qui ont suivi la disparition de Sindy, c’est ce qu’il avait fait.

Des dizaines de personnes avaient parcouru le bois aux alentours de Val-d’Or. Il s’était rendu à Gatineau et même dans le secteur de la Baie-James, là où sa fille avait parfois l’habitude d’aller.

Un panneau routier annonçant la direction à prendre pour atteindre le centre-ville de Val-d'Or.

La ville de Val-d’Or en Abitibi est entourée de plusieurs communautés autochtones, dont celle de Pikogan.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Dans cette quête, Johnny Wylde a souvent l’impression d’avoir fait le travail de la police. Dès le début, sa famille a eu le sentiment que la disparition de Sindy n’était pas prise au sérieux. Le manque d’implication des corps policiers dans la recherche de réponse à la disparition des femmes autochtones est souvent avancé par les communautés touchées.

On n’a jamais de nouvelles, on ne nous rappelle pas, laisse-t-il tomber.

En 2016, lui et toute une brigade de volontaires ont d’ailleurs trouvé un couteau, un pantalon et des ossements dans le bois (nouvelle fenêtre).

La Sûreté du Québec nous avait dit que, si on trouvait quelque chose, on devait les appeler et ne rien toucher. C’est ce qu’on a fait. Mais on n’a jamais eu de nouvelles, raconte le sexagénaire.

Une situation qui a laissé des séquelles et qui, surtout, touche les plus jeunes générations.

Mes petits-enfants me demandent ce qu’il se passe. Ils ont envie de s’en prendre aux policiers et ne veulent pas les respecter. Je les comprends, mais je ne veux pas d’agressivité, je les retiens. Il y a d’autres choses qu’on peut faire, explique l’aîné.

Marche en hommage à Sindy Ruperthouse, disparue de Pikogan depuis avril 2014.

La famille de Sindy fait partie des milliers de familles autochtones qui cherchent encore des réponses à leurs questions.

Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

Alors comme chaque année, le 4 octobre, pour que personne n'oublie le drame que vivent certaines familles, Johnny Wylde va se présenter comme ce père qui a perdu sa fille.

Un rôle qu’il conserve depuis presque neuf ans.

Delphine Jung
Delphine Jung

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