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Lendemain d’élections : une victoire inégale pour les Premières Nations

Kateri Champagne Jourdain, après l'annonce de sa victoire dans Duplessis.

Kateri Champagne Jourdain, après l'annonce de sa victoire dans Duplessis

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Gabrielle Paul

Malgré l’élection de Kateri Champagne Jourdain, la première femme autochtone à l’Assemblée nationale (nouvelle fenêtre), l’heure n’est pas entièrement à la réjouissance pour les Premières Nations du Québec. Comme elles avaient, en début de campagne électorale, dénoncé leurs relations tendues avec le gouvernement Legault (nouvelle fenêtre), elles accueillent avec prudence la victoire de la Coalition avenir Québec (nouvelle fenêtre) (CAQ).

Je suis extrêmement content pour Kateri Champagne Jourdain, dit d’emblée Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL).

Au-delà de ça, il y a la victoire de la CAQ qui est très convaincante, poursuit-il. C'est bleu pâle partout. Mais la question des enjeux autochtones demeure entière.

Au Conseil mohawk de Kahnawake, on souligne également l'élection de Mme Jourdain Champagne.

Nous sommes convaincus que son héritage sera un atout pour elle et que, espérons-le, en tant que femme autochtone députée à l'Assemblée nationale, elle sera en mesure d'inspirer une meilleure compréhension par la CAQ des défis auxquels sont confrontés les peuples autochtones à travers la province – quelque chose qui a fait cruellement défaut durant le premier mandat du gouvernement Legault, écrit la grande cheffe Kahsennenhawe Sky-Deer dans une déclaration envoyée à Espaces autochtones.

Selon Marjolaine Étienne, la présidente de Femmes autochtones du Québec (FAQ), la victoire de Mme Champagne Jourdain est un honneur pour toutes les femmes autochtones.

C’est historique, dit Mme Étienne. Ça représente une page d’histoire qui a débuté hier. On est heureuses de pouvoir voir une femme innue siéger à l’Assemblée nationale.

Marjolaine Étienne espère d'ailleurs pouvoir rencontrer bientôt la nouvelle députée caquiste de Duplessis et l’informer des dossiers et enjeux qui touchent les femmes autochtones.

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Engagements

Lors de son discours en fin de soirée lundi, François Legault a parlé brièvement de vérité et de réconciliation, quelques mots qui sont loin d’être garants d’engagements concrets, d'après le chef de l’APNQL.

Je souhaite aussi que cet immense projet contribue à rapprocher la nation québécoise des nations autochtones. Continuons sur la voie de la vérité, de la réconciliation. On a besoin les uns des autres, donc il faut y travailler.
Une citation de François Legault, lors de son discours le 3 octobre

La réconciliation est sur toutes les lèvres depuis le dépôt du rapport de la Commission de vérité et réconciliation en 2015, souligne M. Picard. Peut-être que le gouvernement du Québec devrait feuilleter les pages de cet important rapport et parcourir les appels à l'action.

On est toujours un peu en appétit quant aux intentions du gouvernement de M. Legault. La réconciliation, c'est un discours presque universel, mais qu'est-ce qu'on fait pour la livrer concrètement?
Une citation de Ghislain Picard, chef de l'APNQL

La prochaine étape, c'est la formation du nouveau cabinet et de voir qui sera en charge des Affaires autochtones, ajoute-t-il.

À ce sujet, M. Picard souhaite que le titre de ministre responsable des Affaires autochtones soit changé pour ministre responsable des Relations avec les peuples autochtones.

Ça serait plus respectueux et ça refléterait beaucoup mieux l'importance qu'accordent les Premières Nations de cette relation d'égal à égal, estime-t-il.

Ghislain Picard va par ailleurs continuer de réclamer une Commission parlementaire spéciale pour permettre à l'ensemble des nations, au-delà de l'APNQL, de pouvoir partager avec les élus leur vision, dit-il.

Une réforme du scrutin?

Selon M. Picard, la réforme du mode de scrutin mérite une attention particulière.

Je pense que les résultats d'hier montrent que c'est un incontournable, soutient-il.

Si ce processus doit s'enclencher, c'est clair que les Premières Nations vont vouloir faire partie des discussions, continue-t-il.

On a déjà un nombre record de candidats autochtones, mais est-ce que ça pourrait être plus si le mode de scrutin connaissait une réforme? C'est très possible, croit le chef Picard.

Si Kateri Champagne Jourdain a été la seule personne autochtone élue, d'autres candidats autochtones ont réussi respectivement à se hisser deuxième ou troisième dans leurs circonscriptions.

C'est le cas de Maitée Labrecque-Saganash, candidate solidaire dans Ungava, qui, avec 24,2 % des voix, est arrivée deuxième derrière le caquiste Denis Lamothe. Son rival libéral, Tunu Napartuk, est quant à lui arrivé troisième, avec 18,2 % des voix.

Dans Abitibi-Est, le solidaire Benjamin Gingras a obtenu le troisième rang, avec 13,7 % des voix.

Gabrielle Paul

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