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Des lois antiterroristes bloquent l’aide humanitaire canadienne en Afghanistan

Justin Trudeau devant un micro et une tribune, s'adresse à ses interlocuteurs.

Des politiques et des humanitaires accusent le gouvernement de Justin Trudeau de retarder l'aide canadienne en Afghanistan en refusant de modifier le plus rapidement le code criminel.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

La Presse canadienne

Depuis la reprise du pouvoir par les talibans en août 2021 (nouvelle fenêtre), les organisations humanitaires canadiennes ont du mal à acheminer leur aide en Afghanistan, en raison des sanctions d’Ottawa contre le régime islamiste de Kaboul, qu’il considère toujours comme une « organisation terroriste ».

Les partis d'opposition et des groupes humanitaires accusent le gouvernement Trudeau de traîner les pieds dans l'élaboration d'exemptions aux lois antiterroristes pour permettre aux organismes d'aide de rejoindre les personnes désespérées en Afghanistan.

Seule la volonté politique manque pour régler le problème, selon la porte-parole néo-démocrate en matière d'affaires étrangères, Heather McPherson.

En juin, un comité multipartite a appelé le gouvernement à modifier le Code criminel afin que les principaux groupes humanitaires puissent aider les Afghans sans être accusés d'avoir aidé les talibans.

Des représentants de 10 groupes humanitaires ont déclaré aux députés en mars qu'Affaires mondiales Canada les avait informés qu'ils ne seraient pas en mesure de payer un chauffeur pour livrer de la nourriture ou acheter des fournitures en Afghanistan, car cela entraînerait des taxes envoyées aux talibans.

Cela équivaudrait à soutenir le groupe terroriste, qui est répertorié comme tel en vertu de la loi canadienne depuis 2013.

La députée libérale Salma Zahid, qui siégeait au comité parlementaire spécial, a déclaré que le Canada devait trouver une solution de contournement, comme ses alliés l'ont fait, pour garantir l'acheminement de l'aide indispensable.

Un membre du régime taliban s'entretient avec des étudiantes devant l'Université de l'éducation de Kaboul.

Le Canada ne reconnaît pas le régime de Kaboul.

Photo : Reuters / STRINGER

Je pense que le ministre de la Sécurité publique et le ministre de la Justice étudient la question, a-t-elle affirmé en entrevue. Ils doivent trouver des solutions.

Cet enjeu était bien connu en décembre dernier lorsque le Conseil de sécurité de l'ONU a accordé une exemption aux sanctions antiterroristes contre les talibans, ce qui a permis à l'aide humanitaire d'atteindre l'Afghanistan.

En juin, l'Australie a invoqué cette résolution pour envoyer de l'aide en Afghanistan, tandis que les États-Unis et l'Union européenne ont modifié leurs règles pour garantir que les groupes humanitaires puissent agir.

Le même mois, des fonctionnaires ont averti la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, des défis auxquels les organisations canadiennes faisaient face en Afghanistan avant qu'elle ne rencontre d'anciennes parlementaires afghanes.

Il n'est pas possible de fournir des exemptions en vertu de la loi canadienne actuelle, lit-on dans une note d'information obtenue grâce à une demande d'accès à l'information.

Pas d'échéancier précis

Le ministre du Développement international, Harjit Sajjan, a assuré que les libéraux prévoyaient modifier la loi, mais n'a pas pu expliquer pourquoi les ministères qui s'occupent du Code criminel n'ont pas bougé.

Ils travaillent actuellement sur des options avec les ministres de la Sécurité publique et de la Justice, a indiqué M. Sajjan en entrevue jeudi.

Le bureau du ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, n'a pas fourni d'explication ni d'échéancier, et n'a pas confirmé qu'Ottawa avait réellement l'intention de modifier les lois actuelles.

Nous continuons d'explorer de nouvelles façons de soutenir les Afghans, tout en respectant le Code criminel du Canada, a écrit la porte-parole Audrey Champoux.

Le ministère de la Justice n'a pas répondu à une demande d'entrevue de La Presse canadienne.

Le ministre Sajjan devant des drapeaux canadiens.

Le ministre du Développement international, Harjit Sajjan

Photo : Shutterstock / Art Babych

Moi, en tant que ministre du Développement international, je dois respecter les lois actuelles que nous avons, a fait valoir M. Sajjan.

Il a souligné que le gouvernement a trouvé des moyens de fournir 144 millions de dollars d'aide aux Afghans par l'intermédiaire d'organisations qui peuvent se conformer aux règles du Canada. Une grande partie de cette somme va aux Afghans qui ont fui leur pays; le reste est en grande partie transféré à l'ONU grâce à l'exemption du Conseil de sécurité.

Je veux juste souligner que cela ne nous empêche pas de fournir le financement au peuple afghan lui-même, a assuré M. Sajjan.

Les groupes humanitaires disent le contraire, arguant qu'ils ont les mains liées pendant que le désespoir monte.

Une situation critique

Ce mois-ci, une coalition de 18 groupes, dont la Croix-Rouge canadienne et Islamic Relief, a dénoncé le manque décourageant d'urgence des libéraux à agir pour supprimer les barrières.

À la fin d'août, le chef humanitaire de l'ONU Martin Griffiths a affirmé que plus de la moitié de la population afghane – quelque 24 millions de personnes – avait besoin d'aide et que près de 19 millions étaient aux prises avec des niveaux aigus d'insécurité alimentaire.

Mardi, l'ONU a averti que la sécheresse, le tumulte économique et les prix élevés du pétrole ne feront qu'aggraver la situation à l'approche de l'hiver.

Le porte-parole conservateur en matière d'affaires étrangères a rappelé que les groupes d'aide soulevaient la question du Code criminel des mois avant leur témoignage ce printemps.

Des enfants qui s'abreuvent d'eau publique à l'aide d'une pompe à l'extérieur de Kaboul.

La majorité des Afghans vivent sous le seuil de la pauvreté.

Photo : Reuters / Omar Sobhani

Ils ont eu beaucoup de temps pour régler le problème, a déploré Michael Chong, qui croit que les libéraux auraient dû présenter une loi plus tôt ce mois-ci.

Cette incapacité à exécuter quelque chose sur lequel tout le monde est d'accord fait partie d'un schéma plus large dans ce gouvernement, qui est incapable de mettre en oeuvre une politique, a-t-il soutenu.

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