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La famille Echaquan poursuit le CISSS de Lanaudière pour près de 2,7 millions $

La famille Echaquan et son avocat s'adressent aux journalistes.

La famille de Joyce Echaquan lors de l'annonce de la poursuite civile. De gauche à droite : Sipi Flamand, chef de la communauté de Manawan, Diane Dubé, mère de Joyce Echaquan, Me Patrick Martin-Ménard, Carol Dubé et Marie-Wassiana, respectivement veuf et fille de Joyce Echaquan, Constant Awashish, grand chef de la Nation Atikamekw.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Marie-Laure Josselin

La famille de Joyce Echaquan a déposé une poursuite civile visant à la fois le CISSS de Lanaudière, la Dre Jasmine Thanh et l'infirmière Paule Rocray, qui a insulté la femme atikamekw dans la vidéo publiée peu avant son décès il y a deux ans.

Les demandeurs comprennent Carol Dubé, le veuf de Joyce Echaquan, en son nom propre et en qualité d'héritier de feue Joyce Echaquan, les sept enfants du couple, les parents et la belle-sœur de la femme atikamekw.

Chacun des sept enfants a subi un énorme préjudice. Ils ont perdu leur mère à un très jeune âge, a expliqué l'avocat de la famille, Me Patrick Martin-Ménard. C'est impératif que les membres de la famille soient compensés pour les préjudices subis.

Il a avancé d'importants dommages psychologiques, douleurstraumatismes, stress, une vie perturbéeune confiance fortement ébranlée envers le système de santé, des frais encourus, etc.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière et la docteure Jasmine Thanh sont poursuivis pour 2 155 000 $. Le CISSS de Lanaudière est également poursuivi pour 500 000 $ à titre de dommages punitifs et l’infirmière Paule Rocray, pour 20 000 $.

La poursuite générale se chiffre à 2,675 millions de dollars.

La docteure Jasmine Thanh et l'infirmière Paule Rocray étaient présentes lors du décès de Joyce Echaquan, morte tragiquement le 28 septembre 2020 au CISSS de Lanaudière.

Dommages punitifs

Des dommages compensatoires et punitifs sont réclamés pour des atteintes intentionnelles aux droits fondamentaux de Joyce Echaquan : le droit au secours, le droit à la dignité, le droit à l'égalité et le droit à la vie privée dans le contexte où l'infirmière a effacé sa vidéo, a précisé l'avocat de la famille, Me Patrick Martin-Ménard.

Ce dernier a rappelé plusieurs fois le caractère exceptionnel de réclamer des dommages punitifs dans un contexte de droit civil, mais il a estimé que dans le contexte de ce dossier, les circonstances exceptionnelles le permettant sont tout à fait rencontrées.

Me Patrick Martin-Ménard.

Me Patrick Martin-Ménard, l'avocat de la famille, a répété qu'« aucun montant d'argent n'allait ramener Joyce, mais que cette poursuite était une brique de plus pour construire cet édifice du changement ».

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) est visé de façon plus large pour son inaction complète après la commission Viens alors qu'il y a été représenté et que cette personne, Maryse Olivier, avait pris l'engagement pendant la commission Viens de rapporter les propos et s'était engagée à ce que le CISSS passe à l'action, a poursuivi Me Martin-Ménard.

Une vingtaine d'Atikamekw avaient livré des témoignages accablants (nouvelle fenêtre) contre l'hôpital de Joliette lors de la commission Viens sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec. L'avocat a évoqué aussi le traitement inégal à l'encontre des Atikamekw et le témoignage d'une infirmière qui parle de formateurs ayant des préjugés.

Comment expliquer que le Centre intégré de santé et de services sociaux, sachant cette situation de long en large, n'a rien fait? Comment expliquer cette inaction complète entre la commission Viens et le décès de Joyce?, a questionné l'avocat.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de Lanaudière savait ou devait savoir qu’en ne faisant rien, la situation fondamentalement attentatoire aux droits fondamentaux des gens de la communauté de Manawan allait continuer
Une citation de Me Patrick Martin-Ménard, avocat de la famille

Selon lui, pour éviter qu'un tel drame ne se reproduise, il doit y avoir une imputabilité qui dépasse le cadre usuel de la responsabilité civile, et c'est le message que l'on fait passer avec une poursuite qui demande aussi des dommages punitifs et exemplaires.

Le CISSS de Lanaudière a indiqué à Espaces autochtones ne pas vouloir commenter davantage ce dossier et vouloir prendre connaissance de la poursuite lorsqu'elle sera reçue par l'organisation.

La famille s'adresse au premier ministre

Ayant du mal à trouver ses mots, Carol Dubé a expliqué que c'est encore très très dur et qu'un nouveau chapitre débute.

La mère de Joyce Echaquan, Diane Dubé, a aussi indiqué qu'il était difficile de passer à travers cette épreuve, mais qu'elle voulait que justice soit faite.

Un homme avec une casquette baisse la tête et la tient avec ses mains croisées.

Carol Dubé avait beaucoup de mal à s'exprimer, submergé par l'émotion.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Cette démarche se fait, selon eux, dans un esprit de guérison pour ceux qui ont été touchés par ce drame, afin d'éviter que cela ne se reproduise.

On fait ça parce qu'on veut rendre justice à Joyce et on veut rendre justice à tous les Autochtones. Je veux pouvoir vieillir en sachant que nos enfants et nos petits-enfants peuvent vivre librement leur identité et qu'ils peuvent recevoir des services publics tout en étant sécures.
Une citation de Constant Awashish, grand chef de la Nation Atikamekw

Cette poursuite fait partie des nombreuses actions, y compris politiques, pour essayer de faire bouger les choses, a affirmé l'avocat.

Le chef du conseil des Atikamekw de Manawan, Sipi Flamand, a réitéré l'urgence, selon lui, d'adopter le Principe de Joyce, qui vise à garantir à tous les peuples autochtones le droit à un accès équitable aux services sociaux et de santé.

Sipi Flamand écoute Diane Dubé.

Le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Sipi Flamand, écoute la mère de Joyce Echaquan, Diane Dubé, réclamer du changement.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Constant Awashish espère que la poursuite va être un incitatif à une plus grande compréhension, une plus grande écoute de la part du gouvernement. On peut spéculer beaucoup si l'argent fait bouger les choses, mais je suis sûr que ça ne peut pas nuire en tout cas, a-t-il précisé.

Carol Dubé a conclu en s'adressant directement au premier ministre François Legault qui lui a envoyé une lettre pour la commémoration des deux ans du décès de Joyce.

Il refuse de reconnaître le racisme systémique, alors je lui demande des preuves que le racisme systémique n’existe pas, a-t-il lancé.

Diane Dubé a demandé à François Legault de faire un effort pour ne pas oublier Joyce concernant le racisme systémique.

La poursuite civile a été déposée au palais de justice de Joliette par Me Patrick Martin-Ménard.

Marie-Laure Josselin

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