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Jean Boulet se confond en excuses pour ses propos au sujet de l’immigration

La cheffe libérale Dominique Anglade croit cependant qu'il « devrait perdre ses fonctions [dès] aujourd’hui ».

Jean Boulet en entrevue dans son bureau.

Jean Boulet maintient que ses propos qui font controverse depuis mercredi ne reflètent ni sa « pensée » ni son « action » comme ministre de l'Immigration.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Jérôme Labbé porte une chemise bleu clair à motifs.
Jérôme Labbé

« Peiné », le ministre de l'Immigration et député sortant de Trois-Rivières, Jean Boulet, assure qu'il « regrette profondément » les propos qu'il a tenus la semaine dernière selon lesquels « 80 % des immigrants s'en vont à Montréal, ne travaillent pas, ne parlent pas français ou n'adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise ».

Ce que je voulais essentiellement dire, c'est qu'il fallait s'améliorer en matière de régionalisation et d'accueil des personnes immigrantes, a-t-il expliqué en entrevue au 98,5 Montréal jeudi, soulignant une fois de plus que l'extrait joué en boucle depuis 24 heures dans les médias ne reflétait ni sa pensée ni son action.

M. Boulet insiste pour dire que le taux de chômage des immigrants arrivés dans les cinq dernières années est plus bas que la moyenne, et il est vrai que près de 80 % des immigrants québécois s'installent sur l'île de Montréal ou dans sa banlieue immédiate (nouvelle fenêtre).

Il reconnaît toutefois que, pris dans son ensemble, ses propos sur les immigrants – tenus l'instant de quelques secondes dans la chaleur d'un débat qui a duré une heure trente – étaient complètement faux et qu'ils auraient mérité d'être plus nuancés.

Ce que j'aurais dû mentionner, c'est qu'il y en a "un certain nombre" qui ne parlent pas français, "un certain nombre" qui ne travaillent pas, et "un certain nombre" qui peuvent ne pas adhérer aux valeurs québécoises.
Une citation de Jean Boulet, ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration et député sortant de Trois-Rivières

Le ministre certifie qu'il n'a jamais eu l'intention d'essayer, à quelques jours du vote, de séduire une partie de l'électorat qui n'aime pas l'immigration en soutenant de telles assertions, qui ont provoqué de vives réactions, mercredi, y compris dans la circonscription où il se représente (nouvelle fenêtre).

Boulet devrait perdre ses fonctions, selon Anglade

Malgré sa déclaration malhabile, M. Boulet – qui, de l'aveu même de son chef François Legault, s'est disqualifié de son poste de ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l'Intégration – n'a pas l'intention de démissionner ni de retirer sa candidature dans Trois-Rivières, a-t-il fait savoir, jeudi.

La cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade, croit cependant qu'il devrait perdre ses fonctions [dès] aujourd’hui et qu'en raison de la controverse, il s’est disqualifié de tout, y compris de ses responsabilités au Travail, à l'Emploi et à la Solidarité sociale.

Est-ce que c'est quelqu'un qui pourrait être ministre dans un autre ministère, avec les propos qu'il a tenus comme ceux-là? En tout cas, ce ne sera jamais le cas sous ma gouverne, a-t-elle assuré jeudi matin, lors d'une mêlée de presse, à Sherbrooke.

Dominique Anglade en mêlée de presse.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

À quatre jours des élections, Dominique Anglade croit que Jean Boulet mériterait de perdre son titre de ministre immédiatement. Elle ne dit pas, cependant, s'il devrait retirer sa candidature dans Trois-Rivières.

Photo : Radio-Canada / John Jaramillo

De manière générale, les propos de M. Boulet et ceux de son chef, qui a employé mercredi le qualificatif de « suicidaire » pour décrire l'effet potentiel d'une hausse des seuils d'immigration (nouvelle fenêtre), sont à l’image du mandat gouvernemental de la Coalition avenir Québec, juge Mme Anglade.

Selon elle, le problème n'est pas tant le ministre que le fait qu'il se soit senti autorisé à s'exprimer ainsi parce que son chef associe l'immigration à quelque chose de négatif depuis le début de la campagne.

Si Jean Boulet a tenu ces propos-là, c'est que, quelque part, il est cautionné par toute la politique de division de la Coalition avenir Québec, a-t-elle résumé.

Gabriel Nadeau-Dubois en point de presse.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

À Montréal, le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, est revenu à la charge pour estimer que les propos de MM. Legault et Boulet étaient « divisifs ». En tenant ce genre de discours, le chef de la CAQ « affaiblit l'identité québécoise et il affaiblit la cohésion sociale au Québec », selon lui.

Photo : Radio-Canada / Dany Pilote

Gabriel Nadeau-Dubois, lui, pense également que le ministre a dit tout haut ce que bien des candidats et des élus pensent tout bas.

M. Boulet a livré la version la plus corsée du même discours qui est celui de François Legault depuis le début de la campagne électorale, a souligné le porte-parole de Québec solidaire en point de presse, jeudi à Montréal. C'était encore plus maladroit, mais sur le fond, M. Boulet a tenu essentiellement le même discours que [son chef].

Duhaime demande au ministre de se désister

Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, estime pour sa part que Jean Boulet devrait tout simplement arrêter de faire campagne.

Je ne comprends pas que ce gars-là soit encore candidat de la Coalition avenir Québec, a-t-il déclaré jeudi matin à Québec dans une entrevue à Radio X. Selon lui, le ministre mériterait d'être battu à plates coutures, le 3 octobre.

M. Boulet s'est disqualifié, il ne peut plus être sur les bulletins de vote, a répété M. Duhaime plus tard dans la journée, lors d'un point de presse organisé à Saint-Marc-des-Carrières, dans Portneuf. Il pourrait dire qu'il n'est plus candidat et inviter les gens à ne plus voter pour lui, a-t-il illustré.

L'organisme sans but lucratif Debout pour la dignité, qui regroupe et mobilise des minorités visibles, exige lui aussi le désistement immédiat de Jean Boulet, de même que son retrait définitif de la vie politique québécoise.

Ses insultes dangereuses et déshumanisantes témoignent de son profond mépris à l'égard des immigrants [et] révèlent [...] qu'il n'est pas un leader politique qui reflète les valeurs d'un Québec inclusif, soutient-il dans sa convocation à une conférence de presse devant avoir lieu vendredi à Montréal.

À l'inverse, Paul St-Pierre Plamondon donne à Jean Boulet le bénéfice du doute. Le chef du Parti québécois ne croit pas que le ministre ait voulu mal faire. Je ne pense pas que c'était volontaire, a-t-il déclaré en entrevue au 98,5 Montréal, juste avant que le principal intéressé réitère ses excuses à la même station.

M. St-Pierre Plamondon constate toutefois que la Coalition avenir Québec parle tout croche d'immigration depuis le début de la campagne. Le sujet est délicat, reconnaît-il, mais il est possible, selon lui, de débattre de politiques publiques sans blesser inutilement les nouveaux arrivants.

François Legault en point de presse.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

François Legault ne souhaite pas s'avancer sur l'avenir de Jean Boulet dans le Conseil des ministres qu'il formera s'il est réélu lundi.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

François Legault, quant à lui, maintient sa confiance envers Jean Boulet. Ce dernier s'est amendé, a fait valoir le chef de la Coalition avenir Québec en point de presse jeudi après-midi. Il demeurera donc candidat.

Mais M. Boulet gardera-t-il sa limousine s'il obtient de nouveau la faveur des électeurs de Trois-Rivières et que la Coalition avenir Québec est reportée au pouvoir? On va regarder le Conseil des ministres [...] si on est réélus, a répondu M. Legault, laconique.

Jérôme Labbé porte une chemise bleu clair à motifs.
Jérôme Labbé

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