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[Élections Québec 2022] « Père monoparental, technicien en carrosserie automobile et fier Cubain »

C'est ainsi que se décrit Ernesto Almeida, candidat du Parti conservateur du Québec dans la circonscription de L'Assomption, à 50 km à l'est de Montréal.

Un homme se tient à côté d'une voiture dans un garage. Derrière lui, un drapeau cubain est affiché sur le mur.

À Cuba, le candidat conservateur Ernesto Almeida, photographié ici, a étudié au Tecnológico de Ciudad Libertad, où il a obtenu un diplôme de technicien intermédiaire en carrosserie.

Photo : Radio Canada International (RCI) / Paloma Martínez Méndez

Paloma Martínez Méndez

Ernesto Almeida ne se présente pas dans n'importe quelle circonscription : le premier ministre sortant François Legault a été élu à L'Assomption avec une large majorité en 2018 et apparaît désormais comme grand favori.

Malgré cela, le candidat conservateur est convaincu qu'une « vague bleue » sera la principale raison de son élection. Une vague d'un bleu conservateur qui, selon lui, pourrait gagner en force lors des élections provinciales du 3 octobre prochain.

Un graphique.

Le parti Coalition avenir Québec, avec son candidat François Legault (qui est aussi le premier ministre sortant de la province), est en tête des intentions de vote selon le site d'analyse et de projection électorale Québec 125.

Photo : Québec 125

C'est le convoi des camionneurs en janvier 2022 qui l'a finalement convaincu de faire le saut en politique.

Pour Ernesto Almeida, les revendications des participants à ce grand Convoi de la liberté, qui a bloqué les rues d'Ottawa pendant plusieurs semaines au début de l'année 2022, font écho à ses propres préoccupations.

J'avais l'impression que l'on nous imposait des lois qui ressemblaient aux politiques de la dictature cubaine qui a commencé en 1959.
Une citation de Ernesto Almeida, candidat dans la circonscription de L'Assomption
Une foule de manifestants rassemblés au centre-ville d'Ottawa samedi.

Des milliers de manifestants se sont rassemblés dans le centre-ville d'Ottawa à partir du 25 janvier 2022 et ils ont été nombreux à l'occuper pendant plusieurs semaines.

Photo : Radio-Canada

Ernesto Almeida dit avoir aussi apprécié du Convoi de la liberté le fait qu'il a permis de rassembler des personnes de tous les milieux et horizons dans un lieu emblématique comme Ottawa.

Pour la première fois dans l'histoire du Canada, anglophones, francophones, allophones, immigrants et Premières nations, nous étions tous unis en un même moment.
Une citation de Ernesto Almeida, candidat dans la circonscription de L'Assomption

M. Almeida est venu au Canada en 2001 pour participer à une formation afin d'apprendre de nouvelles technologies en tôlerie, ferblanterie et de nouvelles techniques avec de nouveaux matériaux.

Et j'ai dit, "C'est à moi. C'est ma porte de sortie", dit le candidat conservateur.

Un homme pose avec une pancarte électorale à son effigie devant des voitures en réparation dans un garage.

À Cuba, le candidat conservateur Ernesto Almeida a étudié au Tecnológico de Ciudad Libertad, où il a obtenu un diplôme de technicien en carrosserie automobile

Photo : Radio Canada International (RCI) / Paloma Martínez Méndez

La formation au Canada, d'une durée d'un mois, avait lieu à Toronto. Deux autres jeunes Cubains, ferblantiers et tôliers, ont suivi le cours avec lui. Peu de temps avant leur retour à Cuba, sans se concerter, ils ont tous les trois décidé de rester.

Nous avions tous les trois tellement peur que l'un des autres soit un espion qu'aucun d'entre nous ne parlait de rester. Un jour avant la fin de l'entraînement, les autres camarades ont rassemblé leurs affaires et m'ont dit : "Si tu nous dénonces, nous aurons des problèmes." Je leur ai dit : "Non, je reste aussi!" Nous sommes allés ensemble demander l'asile politique.
Une citation de Ernesto Almeida, candidat dans la circonscription de L'Assomption
Les gens sont assis et attendent.

La salle d'attente de l'urgence de l'hôpital Saint-Justine, à Montréal, le 16 janvier dernier.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

S'il gagne, le candidat conservateur veut s'attaquer de front à plusieurs problèmes. L'un des plus importants pour lui est la bureaucratie.

Pour illustrer ce qu'il considère comme une urgence, Ernesto Almeida a donné un exemple qu'il a vécu personnellement avec son fils, qui a très récemment subi une fracture de la clavicule. Il s'est rendu à l'hôpital et dit avoir attendu de 11 h [du matin] à minuit avec son fils qui souffrait à cause de sa clavicule cassée.

Donc, si je calcule le temps qu'il a passé à voir le médecin et à faire la radio, ce n'était pas plus d'une heure. Pourquoi ne pas avoir une salle de radio à l'entrée de l'hôpital pour savoir si c'est urgent ou non, s'il a besoin d'une opération ou non? Et ensuite référer [les cas moins urgents] à une clinique privée pour pouvoir continuer à traiter les cas urgents à l'hôpital?
Une citation de Ernesto Almeida, candidat dans la circonscription de L'Assomption

Pour le Cubain, ce sont des détails comme celui-ci qui ne fonctionnent pas dans le système actuel de services publics à la population. C'est la bureaucratie qui est au milieu de tout, la bureaucratie qui touche le citoyen, dit-il.

Un tuyau orné du logo de Facebook et d'une manivelle. D'un côté, le logo de Québec Fier. De l'autre, le logo du Parti conservateur du Québec et le visage de son chef, Éric Duhaime.

Dans sa plateforme électorale, le Parti conservateur du Québec évoque clairement son intention de donner plus de place aux entrepreneurs et au secteur privé dans le domaine de la santé et de changer le mode de financement des hôpitaux.

Photo : Illustration Émilie Robert

M. Almeida est convaincu. La nationalisation des services publics, comme dans le cas de certaines institutions québécoises : Hydro-Québec, Loto-Québec, la Société québécoise du cannabis, la Société des alcools... C'est une indication qu'il y a des choses qui ne fonctionnent pas dans cette province, dit le candidat.

Après la nationalisation, quand les gens ne veulent plus travailler et se rebellent, [...] le gouvernement paie la police pour aller chercher les gens pour les forcer à travailler, et c'est là que nous sommes tombés dans le communisme. Je ne veux pas que mes enfants vivent ce que j'ai vécu. C'est une question de prévention.
Une citation de Ernesto Almeida, candidat dans la circonscription de L'Assomption

Pour ce citoyen, il est particulièrement important que le communisme ne se propage pas car pour lui, le Canada est le dernier bastion de la démocratie dans le monde. Et c'est pourquoi il s'est rapproché du Parti conservateur du Québec.

Comme pour beaucoup d'autres candidats, la campagne d'Ernesto Almeida n'a pas été sans controverse.

En juin dernier, quelques jours après la fusillade dans l'école de la petite communauté texane d'Uvalde, aux États-Unis, M. Almeida a publié la caricature suivant sur ses médias sociaux.

Capture d'écran du compte d'Ernesto Almeida.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

Capture d'écran du compte d'Ernesto Almeida

Photo : Facebook/Ernesto Almeida (capture d'écran)

Lors d'une conversation avec Radio Canada International (RCI), le candidat conservateur explique que, comme dans la publication elle-même, il ne voulait pas faire l'apologie des armes à feu, mais seulement dire que ce n'est pas l'arme qui est le problème, mais ceux qui l'utilisent, en particulier les déments.

Il n'est pas nécessaire d'armer les enseignants, mais de s'occuper des personnes atteintes de troubles mentaux qui ont accès à des armes à feu. Par exemple, si vous voulez obtenir un permis de conduire, vous devez attendre deux ans parce que vous pouvez tuer n'importe qui avec une voiture. C'est ce que je voulais dire. D'ailleurs, je parle du Texas, pas du Canada ou du Québec, pas du tout.
Une citation de Ernesto Almeida, candidat dans la circonscription de L'Assomption

M. Almeida explique également que son objectif, en tant qu'immigrant, en tant que candidat et, finalement, en tant qu'être humain, est de créer l'unité.

En effet, il reproche au parti au pouvoir, la Coalition avenir Québec (CAQ), de vouloir créer la division en disant que les immigrants sont une menace à la survie du français.

J'essaie de faire de mon mieux et c'est pourquoi j'ai cru en la Coalition avenir Québec, parce que je pensais qu'il y aurait un changement positif. Et ce n'est pas parce que nous refusons [de parler] le français, mes enfants parlent français. Je leur parle en espagnol et ils me répondent en français. Nous avions l'habitude de parler Cro-Magnon, puis le latin s'est divisé en quatre langues : le français, l'espagnol, l'italien et le portugais. On ne peut pas aller contre l'évolution et en faire de la politique.
Une citation de Ernesto Almeida, candidat dans la circonscription de L'Assomption

Pour le candidat, le Canada et le Québec pourraient devenir le fameux temple de Babylone où tout le monde se comprend, quelles que soient les différences. Ce furent les premiers moments de la démocratie, dit Ernesto Almeida. Mais même si c'est une métaphore, si cela existait au 21e siècle, ce serait au Canada, conclut le candidat.

Jonathan Quinn, un client du candidat conservateur Ernesto Almeida (à droite), lui montre le trophée qu'il a gagné avec sa voiture, après que le Cubain a apporté quelques modifications à la carrosserie.

Jonathan Quinn (à gauche), un client d'Ernesto Almeida, lui montre le trophée qu'il a remporté avec sa voiture après que le Cubain a apporté quelques modifications à la carrosserie.

Photo : Radio Canada International (RCI) / Paloma Martínez Méndez


Ce reportage est le troisième d'une série dans laquelle Radio Canada International présentera des candidats d'origine latino-américaine de tous les partis politiques du Québec pour les élections provinciales qui auront lieu le 3 octobre prochain.

Note : ce reportage est également disponible en espagnol

Paloma Martínez Méndez

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