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Plus d’interventions chirurgicales au privé en Ontario, mais où?

Pendant que le plan de Doug Ford se fait attendre, de plus en plus d’Ontariens se déplacent au Québec pour subir des opérations à leurs frais.

Le Dr Jacques Haddad effectue une abdominoplastie sur une patiente.

Moins de 3 % des opérations en Ontario sont effectuées par des cliniques privées qui sont remboursées par l'assurance maladie.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Natasha MacDonald Dupuis, journaliste à Toronto
Natasha MacDonald-Dupuis

Où se feront les opérations additionnelles au privé annoncées par le gouvernement Ford il y a plus d’un mois (nouvelle fenêtre)? La province refuse toujours de donner ces détails, mais une analyse de Radio-Canada montre que les options existantes sont limitées.

Seuls 10 cliniques et 2 hôpitaux privés sont autorisés à effectuer des chirurgies couvertes par l'Assurance-santé en Ontario. Ceux-ci sont spécialisés dans leur domaine et ont déjà augmenté leur capacité d'accueil durant la pandémie.

Le ministère m’a demandé, dès 2020, combien d'opérations chirurgicales supplémentaires je voulais faire, dit le Dr Nasim Huq du Niagara Plastic Surgery Centre, qui a depuis triplé son nombre d’interventions pour les cancers de la peau.

Le Kensington Eye Institute a, de son côté, construit un cinquième bloc opératoire en 2021 pour soigner des milliers de cataractes de plus par an. Et l’Hôpital Shouldice, qui se spécialise dans le traitement des hernies, a ouvert ses blocs opératoires les samedis et évalue s’il peut augmenter le nombre d'interventions chirurgicales effectué.

Pour passer à la vitesse supérieure, est-ce que l’Ontario a maintenant l’intention d’accorder des licences à davantage de cliniques privées? La province ne le dit pas, mais là encore, sa marge de manœuvre est réduite.

La majorité des cliniques privées existantes font des tests diagnostiques, comme des radiographies. Près de 500 effectuent des procédures sous anesthésie qui ne sont pas remboursées par l'assurance maladie, dont des chirurgies plastiques et ophtalmologiques, mais la qualité de leurs services varie.

Radio-Canada a analysé les rapports d’inspection du Collège des médecins et chirurgiens de l'Ontario et trouvé que 41 % de ces cliniques ont échoué ou partiellement échoué à au moins une inspection en 10 ans.

En mai dernier, par exemple, une clinique de chirurgie plastique de Toronto a dû cesser d’opérer des patients après que les inspecteurs eurent trouvé des draps souillés de liquides corporels dans une salle d’attente. Et à Ottawa, en 2020, un médecin a été réprimandé (nouvelle fenêtre) parce qu’il n’avait pas les compétences requises pour effectuer des interventions chirurgicales pour contrôler la douleur.

La plupart de ces cliniques n’ont ni l’expertise ni les capacités pour soulager de manière importante l’engorgement des hôpitaux, conclut l’expert en politiques de la santé de l'Université McMaster Michel Grignon.

Elle est en conférence de presse au studio des médias de Queen's Park.

La vérificatrice générale de l'Ontario, Bonnie Lysyk

Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia-Tremblay

Elles sont d'ailleurs moins réglementées et facturent parfois des frais trop élevés à leurs clients, selon un rapport de la vérificatrice générale (nouvelle fenêtre) de 2021.

Le Québec comme bouée de sauvetage

Pendant ce temps, les patients ontariens sont de plus en plus nombreux à se rendre au Québec pour subir des opérations de la hanche ou du genou, car les hospitalisations prolongées y sont permises au privé, alors que ce n'est pas le cas en Ontario.

À la clinique orthopédique Duval à Laval, entre 30 % et 40 % des patients viennent d'autres provinces, notamment de l’Ontario, et leur nombre a quadruplé durant la pandémie. Les patients peuvent subir une intervention chirurgicale en 5 à 6 semaines au lieu d’attendre parfois plus d’un an.

On a des patients qui vendent leur voiture, hypothèquent leur maison, parce qu’ils ne peuvent pas travailler ou sont en douleur. Et c’est quelque chose qu’on ne voyait pas il y a 10 ou 15 ans, explique le directeur médical, le Dr Pascal-André Vendittoli.

La clinique Duval est un hôpital spécialisé dans les remplacements articulaires.

La clinique Duval est un hôpital spécialisé dans les remplacements articulaires.

Photo : Facebook

Il faut que les règles soient claires partout au pays. Il y a un flou juridique et une disparité entre les provinces.

Au Manitoba, souligne-t-il, des centaines de patients sont transférés dans des cliniques privées en Ohio et au Dakota du Nord (nouvelle fenêtre), faute d’options dans la province.

De mini-hôpitaux?

Les hôpitaux privés sont interdits depuis 1973 en Ontario; les seuls qui existent ont été construits avant.

Plus tôt ce mois-ci, l’Association médicale de l'Ontario a proposé au gouvernement Ford de légiférer pour autoriser la construction de Centres ambulatoires intégrés, qui se spécialiseraient dans les chirurgies moins complexes, comme les hernies, mais seraient administrés en tandem par les hôpitaux et des entités privées ou à but non lucratif.

Doug Ford ne s’est pas prononcé sur cette option ni sur celle de s’inspirer de François Legault et de construire des mini-hôpitaux (nouvelle fenêtre) qui offriraient des services privés mais remboursés par l’État québécois.

Le chirurgien Nasim Huq, qui affirme être 25 % plus productif dans sa clinique privée qu’en milieu hospitalier, ne sait pas si l’idée de M. Legault serait concluante en Ontario, où la privatisation des soins suscite davantage la polémique.

Ça coûte très cher de bâtir un hôpital privé et il y a un risque que si un autre parti est élu [à Queen’s Park], il décide de sabrer son financement.

Une chirurgie de la cataracte au Kensignton Eye Institute de Toronto.

Une chirurgie de la cataracte au Kensington Eye Institute de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Natasha MacDonald-Dupuis

Le Kensington Eye Institute, de son côté, dit que la province tarde déjà à utiliser ses ressources existantes.

La clinique à but non lucratif, la seule en Ontario à être financée par la province, a déposé une demande en mars pour construire un sixième bloc opératoire, et attend encore le financement pour les interventions chirurgicales additionnelles qu’elle effectue depuis le début de l’année.

On opère au maximum en espérant qu’on va recevoir le financement, mais aussi parce que c’est la bonne chose à faire, dit son président Terry Caputo.

Le modèle du Kensington Eye Institute, à but non lucratif, devrait être privilégié par la province, selon lui. Les patients qui ont des cataractes arrivent, se font opérer et ressortent en 76 minutes. On est les plus rapides, au meilleur coût, et sans compromis pour la qualité des soins.

Le bureau de la ministre de la Santé de l’Ontario, Sylvia Jones, n’a pas répondu à nos demandes d’information répétées sur les modèles étudiés par son gouvernement, qui est en pause parlementaire jusqu’à la fin octobre.

Même si les détails se font attendre, l’opposition officielle et les syndicats du secteur de la santé s’opposent farouchement à cette vision. Ils croient que l’Ontario devrait plutôt lever le gel de salaire du personnel de la santé, notamment, pour faire face à la pénurie d'employés et désengorger les hôpitaux.

Natasha MacDonald Dupuis, journaliste à Toronto
Natasha MacDonald-Dupuis

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