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Joyce Echaquan : contrer l’oubli et exiger des actions concrètes

La famille de Joyce Echaquan déposera une poursuite civile

Des gens tiennent une bannière où est écrit « Justice pour Joyce ».

Dans la communauté atikamekw de Manawan, la journée de commémoration a débuté par une marche intitulée Justice pour Joyce.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Marie-Laure Josselin

Plusieurs dizaines de personnes ont marché mercredi matin dans les rues de Manawan pour commémorer la femme atikamekw décédée tragiquement il y a deux ans au CISSS de Lanaudière.

La marche est partie du centre de santé en passant par l'entrée du village où une affiche à l'effigie de Joyce Echaquan doit être mise. Elle s'est conclue au site du pow-wow où plusieurs leaders autochtones, essentiellement atikamekw, ont pris la parole, rappelant l'urgence de continuer de se battre pour le Principe de Joyce et invitant le prochain gouvernement à le faire.

Le Principe de Joyce vise à garantir à tous les peuples autochtones le droit à un accès équitable aux services sociaux et de santé.

Un foulard mauve avec une photo d'une femme et l'inscription Justice pour Joyce

Tous portaient ce foulard au cour ou autour du bras.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Sipi Flamand, a demandé au premier ministre François Legault de réfléchir d'ici le 3 octobre afin de changer sa position sur le racisme systémique. Le gouvernement caquiste continue de refuser de le reconnaitre, préférant dire qu'il lutte contre le racisme.

En tant que chef, je me donne le mandat (de faire en sorte) que le prochain gouvernement adopte le Principe de Joyce, a-t-il promis aux membres de sa communauté. Il a rappelé que toute la nation atikamekw a été chamboulée et que ce jour, on célèbre la vie de Joyce, le renforcement de notre identité.

C'est un sujet qui nous fait mal, mais qui nous tient à cœur, a lancé le grand chef de la Nation Atikamekw, Constant Awashish.

Même s'il a parfois des sentiments d'amertume et même un ras-le-bol d'avoir l'impression de ne pas être entendu par les gouvernements ou leurs représentants, lui aussi a promis de continuer à se battre.

Il a demandé à ce qu'on voit les Autochtones comme des partenaires, des collaborateurs parce que depuis 150 ans, on nous voit comme des ennemis, des problèmes, il faut changer cela, a-t-il martelé.

C'est un évènement qu'on ne veut plus qu'il se reproduise. Il faut en parler, éduquer, sensibiliser. C'est là-dessus qu'on va se concentrer. Ça ne se fera pas du jour au lendemain comme certains peuvent penser.
Une citation de Constant Awashish

La présidente de Femmes autochtones du Québec (FAQ), Marjolaine Étienne, estime que sa présence était essentielle, en soutien avec la famille et la communauté pour que cette triste histoire ne se reproduise plus chez les femmes autochtones.

Deux hommes la tête baissée

Le chef de l'APNQL, Ghislain Picard et le grand chef de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, lors de l'hommage à Joyce.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

C’est un détour incontournable, a lancé le chef de l’Assemblé des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard. On a été victime d’un choc il y a deux ans et c’est un choc qui perdure. C’est surtout important d’être ici pour honorer la mémoire de Joyce qui, en quelque sorte, est finalement devenue malgré elle une martyre, une martyre du système de santé du Québec.

Selon lui, l'événement tient aussi à relever l’importance de trouver des solutions durables à une situation qui est totalement inacceptable.

Arrivé après la marche et les discours, le ministre responsable des Affaires autochtones du Québec, Ian Lafrenière a rencontré les chefs et Carol Dubé. Selon lui, des changements concrets sont faits.

Je veux être très transparent avec vous, les gens le savent. Ils peuvent être déçus. mais pas surpris. Depuis le jour 1, au niveau du racisme systémique, on n'est pas au rendez-vous mais sur la lutte au racisme, on est là et tous les jours.
Une citation de Ian Lafrenière

Il reconnait partir avec un déficit de confiance, et que si des actions ont déjà été effectuées, il y a encore beaucoup de travail à faire. Quant aux formations données dans le milieu hospitalier et critiquées par plusieurs (nouvelle fenêtre), c'est un début et selon lui, il va y en avoir plusieurs.

Un groupe de personnes

La PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière, Maryse Poupart, et son adjoint, Guy Niquay, un Atikamekw de Manawan, se tenaient en arrière des membres de la communauté.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

La PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière, Maryse Poupart, et son adjoint, Guy Niquay, un Atikamekw de Manawan étaient aussi présents. En recueillement , précise Guy Niquay.

Une journée consacrée à se souvenir

Avant tout, la journée était consacrée à se remémorer la vie de Joyce Echaquan.

Un homme au micro entouré par sa famille

Les enfants de Carol Dubé sont venus le soutenir lorsqu'il a pris la parole pour célébrer sa femme.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

En tête, son conjoint Carol Dubé essayait de contenir ses émotions, en tenant leur plus jeune fils dans ses bras. Savoir que les gens de Manawan l’appuient lui donne de l’énergie et la tenue de cet événement dans sa communauté, parmi les siens et ceux de Joyce Echaquan, se révèle importante pour remémorer sa vie .

L’an dernier, la commémoration s’était tenue devant l’hôpital de Joliette (nouvelle fenêtre), là où le drame s’était joué. Pour la première fois, les membres se sont réunis. Avec la pandémie, ils n’avaient pu faire de makocan, c'est-à-dire partager un plat ensemble pour honorer la défunte.

Je pense encore beaucoup à ma Joyce, confie Carol Dubé, à faible voix. L’émotion est palpable, car il avait peur qu’on l’oublie.

Je sentais qu’on l’oubliait à petit feu, on parlait de moins en moins d’elle.
Une citation de Carol Dubé

Le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Sipi Flamand, se réjouit de la présence des résidents de la communauté. Ceux-ci arboraient du mauve, la couleur symbolisant Joyce Echaquan.

Le but de cette commémoration était de redonner de la force à Carol, à la famille. La mobilisation de la communauté est là.

Debby Flamand, qui portait une grande banderole avec d’autres marcheurs, dit être elle aussi submergée par l’émotion. Je pense beaucoup à Joyce, je suis fière de marcher. On avance, tout doucement, mais on avance.

Une femme tient une bannière dans la cadre d'une marche pour commémorer le décès de Joyce Echaquan survenu deux ans plus tôt.

Debby Flamand a participé à la marche qui s'est déroulée lors de la journée de commémoration.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Marie-Eve Ottawa se dit encore frustrée, mais moins qu'il y a deux ans. Cette journée remue des sentiments, affirme-t-elle.

Elle rêve de réels changements, qu'il soit fait ensemble car pour l'instant, selon elle, çan'a pas changé grand chose depuis deux ans. Elle même dit craindre de consulter à l'hôpital de Joliette par manque de confiance et peur de se retrouver dans la même situation que Joyce Echaquan.

Poursuites civiles

Des poursuites civiles seront déposées le jeudi 29 septembre au palais de justice de Joliette par la famille de Joyce Echaquan, deux ans après la mort de la femme atikamekw à l'hôpital de Joliette. Plus de détails seront donnés lors d’une conférence de presse jeudi.

La famille et ses avocats en profiteront pour demander des comptes sur ce qui a été fait et ce qui reste à faire au CISSS de Lanaudière.

L'embauche d'une directrice générale pour le Bureau du Principe de Joyce a également été confirmée. Cet organisme a pour mission de faire intégrer le Principe de Joyce dans les pratiques et politiques des services de santé et des services sociaux du pays. Jennifer Petiquay, une Atikamekw de Manawan qui a travaillé plus de 15 ans dans le réseau de la santé et des services sociaux, doit entrer en poste fin octobre.

Marie-Laure Josselin

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