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Chemin Roxham : un nouveau « scandale des commandites », selon St-Pierre Plamondon

Le chef du Parti conservateur, Éric Duhaime, n'exclut pas la construction d'un mur à la frontière.

Paul St-Pierre Plamondon en mêlée de presse.

Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon était avocat lors du scandale des commandites, au milieu de la décennie précédente.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Jean-François Thériault

Les révélations de Radio-Canada selon lesquelles le gouvernement fédéral a déjà dépensé plus d'un demi-milliard de dollars (nouvelle fenêtre) en infrastructures pour accueillir les migrants au chemin Roxham, en plus d'octroyer des contrats de plusieurs années sans appel d'offres, ont fait bondir des membres de la classe politique. À commencer par les chefs en campagne électorale au Québec.

Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon, qui a fait de la gestion serrée de l'immigration un aspect important de sa campagne, estime que ces investissements sont une décision délibérée du fédéral de rouvrir le chemin et d'institutionnaliser un procédé qui est problématique à plusieurs égards.

Et là, ce qu'on apprend, c'est que c'est également potentiellement lié aux donateurs du Parti libéral, a-t-il ajouté en mêlée de presse, en lien avec les informations selon lesquelles une partie de l'argent investi avait été versée à un proche du parti au pouvoir. Le Parti libéral du Canada refuse de donner l'information, mais clairement il y a des contrats sans appel d'offres qui sont donnés.

M. St-Pierre Plamondon a établi un lien entre la présente situation et un épisode marquant de l'histoire politique canadienne. Pour moi qui ai travaillé comme avocat dans les poursuites découlant du scandale des commandites, ça ressemble à s'y méprendre au début du scandale des commandites, a-t-il lâché.

Vous vous souviendrez [que] c'étaient des proches du Parti libéral qui s'en mettaient plein les poches avec des contrats qui, essentiellement, visaient à déstabiliser le Québec.
Une citation de Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

Pour mémoire, les commandites sont un programme de financement illégal (nouvelle fenêtre) mis en place à la suite du référendum de 1995 par le gouvernement libéral de Jean Chrétien, qui détournait des fonds publics pour financer des opérations de relations publiques afin de discréditer l'idée de la souveraineté du Québec.

La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, a elle aussi été interrogée au sujet du chemin Roxham lors d'un événement de campagne, mais elle a été avare de commentaires.

Sans se prononcer sur la question de fond, elle a appelé les ordres de gouvernement à une meilleure collaboration entre eux. Il est important que le fédéral vienne soutenir [la province], parce qu'on sait que c'est le Québec qui prend en charge ces personnes, a-t-elle avancé.

Duhaime ne ferme pas la porte à un mur

Lors d'un point presse dans la région de Québec, Éric Duhaime a, comme son adversaire péquiste, appelé le gouvernement fédéral à fermer le chemin Roxham.

Mais il a également été questionné sur des propos qu'il a tenus en 2017 sur sa page Facebook, où il a affirmé que le pays devrait, selon lui, se doter d'un mur à sa frontière avec les États-Unis afin de stopper la venue de migrants non enregistrés.

À l'époque, il avait même écrit avoir contacté un entrepreneur [...] pour faire une estimation des coûts. Il avait alors demandé un devis pour un pied de barbelés, mais aussi pour une clôture plus résistante, de type prison ou cage d'ours polaire au zoo.

Coût pour commencer par une centaine de kilomètres dans le coin de Lacolle = 10 millions $. Ça me paraît être un investissement raisonnable pour colmater à court terme les brèches de nos frontières-passoires.
Une citation de Éric Duhaime, sur sa page Facebook, en 2017

Qu’en pensez-vous?, demandait-il ensuite à ses abonnés.

Cinq ans plus tard, maintenant chef d'un parti en campagne électorale, M. Duhaime n'a pas renié ses propos. Il faut fermer le robinet, il faut fermer la frontière d'une manière ou d'une autre, a-t-il martelé devant les journalistes, jugeant que l'idée d'un mur était une façon d'y arriver, mais [qu]'il y en a plein d'autres.

Le chef du PCQ, Éric Duhaime, entouré de candidats de la région de Québec.

Le chef du PCQ, Éric Duhaime, entouré de candidats de la région de Québec.

Photo : Radio-Canada

Appelé à préciser sa pensée dans un point de presse subséquent, M. Duhaime a persisté et signé. Je n'ai pas changé d'idée, a-t-il dit. Je continue de penser que l'immigration illégale est un grave problème. Je continue de penser que le chemin Roxham, c'est inacceptable.

Pour lui, la construction d'un mur est une option, mais il y en a d'autres. Il n'a toutefois pas détaillé les autres options qu'il pourrait proposer.

Et, selon M. Duhaime, cette idée est justifiée par un désir de l'immense majorité des Québécois [qui] veut que cette immigration illégale cesse à nos frontières. Il y a beaucoup de gens partout sur la planète, y compris au Québec, qui sont contre l'immigration illégale et qui sont prêts à prendre des mesures musclées. Pour moi, c'est inacceptable, l'immigration illégale, a-t-il ajouté.

L'idée d'un mur à la frontière entre le Canada et les États-Unis pour empêcher l'immigration irrégulière fait écho au projet de l'ancien président américain Donald Trump, qui avait fait de la construction d'un tel mur entre les États-Unis et le Mexique une priorité dans son mandat.

Éric Duhaime s'est indigné, durant la présente campagne, que le premier ministre sortant François Legault le compare à M. Trump (nouvelle fenêtre).

« Les passeurs poppent le champagne », selon le Bloc

Le débat s'est également transporté sur la scène fédérale. En période de questions aux Communes, mardi, le Bloc québécois a pris à partie la vice-première ministre Chrystia Freeland à ce sujet.

Le fédéral a signé des contrats jusqu'en 2027 minimum. Des hôtels, des terrains, des locations de roulottes, alouette!, s'est exclamé le bloquiste Alain Therrien. C'est pour ça qu'ils ne suspendent pas l'Entente sur les tiers pays sûrs [et] qu'ils ne sévissent pas contre les passeurs criminels. Ils veulent que ça dure.

Alain Therrien, debout, pose une question à la Chambre des communes.

Le député du Bloc québécois Alain Therrien a talonné la vice-première ministre Chrystia Freeland sur la gestion fédérale du chemin Roxham.

Photo : La Presse canadienne / PATRICK DOYLE

Le Bloc québécois demande depuis 2019 la suspension de cette entente (nouvelle fenêtre) signée entre le Canada et les États-Unis, qui prévoit que les migrants doivent déposer leur demande d'asile dans le premier pays qu'ils traversent. Or, l'entente ne prévoit que les entrées par les postes frontaliers officiels. En vertu de cette brèche, les migrants qui passent par une voie irrégulière, comme le chemin Roxham, peuvent présenter une demande d'asile au Canada, même s'ils passent d'abord par les États-Unis.

Je vais vous le dire à qui ça profite de rendre le chemin Roxham permanent. Ça profite aux passeurs criminels qui font de la traite de personnes. Ça profite à des bandits qui voient dans les familles le désespoir et qui se disent : "Il y a peut-être de l'argent à faire avec ça". Ça profite aux donateurs libéraux qui reçoivent plein de contrats de ce gouvernement-là. Ils sont tous morts de rire.
Une citation de Alain Therrien, député de La Prairie pour le Bloc québécois

Chrystia Freeland a promis que son gouvernement continuerait de négocier avec le gouvernement américain pour renégocier l'Entente sur les tiers pays sûrs. Nous travaillons en étroite collaboration avec les intervenants concernés sur la situation à notre frontière et nous travaillons avec nos homologues américains sur les questions liées à notre frontière commune, y compris l'Entente sur les tiers pays sûrs, a-t-elle répondu à son vis-à-vis bloquiste.

Je veux dire à nos collègues, les députés du Bloc, que nous devons travailler ensemble sur l'immigration, parce que c'est un enjeu économique pour le Québec et pour tout le Canada, a ajouté Mme Freeland.

Jean-François Thériault

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