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De nouveaux arrivants peinent à trouver un emploi malgré la pénurie de main-d’œuvre

Trois images de personnes au travail : un coupe une pizza, une autre emballe des produits alors qu'une dernière nettoie une caisse.

Les emplois dans le secteur de la restauration, de l'hôtellerie et de la vente au détail sont souvent ceux qui paient le salaire minimum.

Photo : Steven Senne/AP, Paul Sakuma/AP, Simon Dawson/Bloomberg

Francesca Mérentié

ll est encore difficile pour de nouveaux arrivants de faire valoir leurs compétences malgré la pénurie de main-d'œuvre. La demande d’expérience canadienne est qualifiée de frein par certains, tandis que des agences de soutien à l'intégration des immigrants notent une certaine ouverture du marché de l’emploi pour ceux qui ont récemment immigré.

Selon Statistique Canada, une baisse historique du taux de chômage des immigrants a été observée en août dernier. Mais ce taux est demeuré supérieur au taux de chômage enregistré au cours du même mois pour les personnes nées au Canada.

Taux de chômage des immigrants récents plus élevé que la moyenne nationale

Immigrants

Personnes nées au Canada

7,6 %

5 %

L’enquête a été menée sur la population active pour le mois d’août 2022. La population active comprenait 875 000 immigrants qui étaient arrivés au Canada au cours des cinq dernières années.

Source : Statistique Canada

Gouled Hassan est coordonnateur de projet chez Contact interculturel francophone de Sudbury. Face au taux de chômage des immigrants, il affirme qu’il est encore difficile pour les nouveaux arrivants d’avoir un emploi dans leur domaine d’expertise. Il existe toutefois une ouverture au niveau de certains employeurs, observe-t-il. Le défi demeure incontournable surtout au niveau des métiers spécialisés.

La plupart des nouveaux arrivants étant très bien formés, ils recherchent un emploi dans leur domaine d’expertise et ceci reste toujours un défi.
Une citation de Gouled Hassan, coordonnateur de projet chez Contact interculturel francophone de Sudbury

De même, Yasser Boukrab, directeur des ressources humaines et du bien-être des employés au Centre francophone du Grand Toronto, croit que la question de l’expérience canadienne demeure primordiale dans certaines catégories d’emploi pour les métiers réglementés parce que les pratiques et les normes sont différentes, dit-il.

C’est le cas de Nabila Attia qui a immigré en Ontario durant la pandémie. Ce qui n’a, d’emblée, guère facilité son intégration. C’était assez contraignant [...] d’un point de vue social, dit-elle.

Portrait de Nabila Attia qui porte une paire de lunettes de vision.

Auparavant, Nabila Attia a travaillé comme directrice dans une multinationale avant d'accepter d'autres qualifications de poste en Ontario.

Photo : Nabila Attia

De plus, la résidente d’Oakville raconte avoir subi un choc culturel en découvrant que la langue française ne garantit pas, à elle seule, une parfaite intégration ontarienne. Tout est en anglais, souligne-t-elle. D’un point de vue économique, ce n’est pas évident pour l’insertion professionnelle.

Il y a peu d’employabilité en français et très peu de structures pour nous informer.
Une citation de Nabila Attia, résidente d'Oakville

Mme Attia affirme, par ailleurs, avoir été confrontée à la question de l’expérience canadienne. C’est une barrière, croit-elle. Je me retrouve à faire un travail qui ne correspond vraiment pas à mon profil, mais je suis obligée parce qu’il faut l’expérience canadienne.

Une situation qui pousse certains nouveaux arrivants à changer de domaine d’expertise ou à réduire leurs ambitions. Ainsi, M. Hassan explique que le fait d’accepter un poste hors de leur champ d’expertise représente une stratégie de survie pour certains.

Gouled Hasan sourit à la caméra.

Gouled Hassan est originaire de Djibouti, le seul pays francophone de l’est de l’Afrique.

Photo : Gouled Hassan

Il note que ces derniers se tournent vers des emplois plus accessibles le temps de poursuivre leurs recherches pour obtenir un poste selon leurs compétences. Mais plusieurs se retrouvent pris dans ce cercle vicieux, constate Gouled Hassan. Il estime que le Canada ou leur pays d’origine perd ainsi de l’expertise.

Il y a certaines réalités qui viennent avec le fait d’immigrer. En tant que père ou mère de famille, on doit trouver un moyen de gagner son pain. Les gens se tournent vers la livraison, la conduite d’Uber, etc.
Une citation de Gouled Hassan, Contact interculturel de Sudbury

De son côté, M. Boukrab croit, toutefois, que le marché de l’emploi est de nos jours plus ouvert que par le passé. Les mentalités ont évolué d’une façon positive, considère-t-il, et ce, même s’il reconnaît certaines résistances. On adopte maintenant l’approche de la diversité, de l’inclusion pour faciliter le processus d’intégration au marché de l’emploi, ajoute le Torontois.

En effet, l'an dernier, la province de l'Ontario a signé une entente avec les autorités françaises. Celle-ci permet la reconnaissance d'un diplôme en enseignement français (nouvelle fenêtre) dans le but de faciliter le recrutement d'enseignants francophones dans la province.

L’impact des défis du marché de l’emploi sur les nouveaux arrivants

M. Hassan affirme que les barrières du marché de l’emploi basées sur l’expérience canadienne peuvent exacerber des tensions au sein de certaines familles. Surtout quand le père de famille était le gagneur de pain et que [c’est important dans sa culture d’origine] l’homme se sent émasculé, bousculé , explique-t-il.

Une personne qui n’arrive pas à trouver un emploi alors que son époux en trouve, en raison des frustrations que cela engendre, ça peut créer des conflits.
Une citation de Gouled Hassan, coordonnateur de projets chez Contact interculturel francophone de Sudbury

Il ajoute que les nouveaux arrivants subissent ainsi des périodes de remise en question et la perte d’estime de soi.

En effet, Nabila Attia raconte que le manque de possibilités pour les francophones sur le marché de l’emploi ontarien l’a poussée à douter d’elle-même et de ses choix. Je suis arrivée à un point où je me disais si je suis à la bonne place ici, admet-elle. Est-ce que je ne ferais pas mieux de me rendre au Québec, alors que c’est la ville de Toronto qui nous a attirés, se questionnait-elle. Selon Mme Attia, cela engendre aussi des frustrations et une baisse de productivité.

Comme piste de solutions, M. Hassan croit qu’il faudrait mettre en place certaines balises comme ne pas demander à quelqu'un de faire du bénévolat pour être capable de trouver un emploi.

De même, Mme Attia estime que des formations à suivre pourraient remédier au problème. S’il y a un réajustement, je le ferai, mais me dire qu’il me faut l’expérience canadienne, c’est quelque chose qui m’a révoltée.

La pénurie générale de main-d’œuvre, un rempart sous-utilisé

Yasser Boukrab croit que la pénurie de main-d'œuvre est une opportunité pour les nouveaux arrivants. Ça donne la chance aux immigrants d’accéder au marché de l’emploi, croit-il. Il ajoute aussi que le gouvernement de l’Ontario a mis en place des initiatives qui aident les immigrants en les outillant pour le marché de travail.

De même, pour Gouled Hassan, la pénurie a sensibilisé certains employeurs sur l'importance de l’immigration, mais l’augmentation du taux d’immigration n’est pas au rendez-vous pour combler les besoins en matière de recrutement.

Francesca Mérentié

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