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[Élections Québec 2022] « Les "pelleteux de nuages" ne sont pas ceux qu’on pense »

Kenza Sassi défendra les couleurs de Québec solidaire (QS) dans la circonscription d’Orford aux élections provinciales du 3 octobre.

Une femme dans la rue devant une affiche accrochée à un poteau.

Kenza Sassi est candidate pour Québec solidaire dans la circonscription d'Orford aux élections provinciales du 3 octobre 2022.

Photo : Radio Canada International / Samir Bendjafer

Samir Bendjafer

Il ne faut pas compter sur l’accent québécois (nouvelle fenêtre) de Kenza Sassi pour débusquer ses origines italo-algériennes.

Je suis arrivée au Québec à l’âge de quatre ans et j’ai grandi en Estrie , explique cette native de France qui vit à Magog, où se trouve son local électoral, en entrevue avec Radio Canada International (RCI).

De ses premières années au Québec, elle dit se rappeler la neige et les autobus scolaires, qui n’existaient pas en France.

Ses parents avaient choisi de s’installer en région au début des années 1990, à contre-courant de la tendance qui pousse près de 75 % des nouveaux arrivants au Québec à s’installer dans la région de Montréal.

Mes parents avaient rencontré en France un ami qui venait de l’Estrie. En lui rendant visite, ils ont été séduits par la région. Mon père me raconte que, quand il prenait l’autoroute 10, il était impressionné par les forêts qu’il traversait. C’est cette image-là qu’il s’était faite de l’Amérique du Nord, ces grands espaces verts et cette présence de la nature. La vie tranquille en Estrie tranchait avec le rythme de Montréal et c’est ce qu’il cherchait, à mon avis, explique Kenza Sassi, rencontrée dans son local électoral après une journée de travail comme enseignante en techniques juridiques au collégial à Sherbrooke.

L’amour de l’Estrie lui a été transmis par ses parents. Et à l’occasion de l’élection du 3 octobre, la préservation des ressources naturelles de la région se retrouve à la tête de ses priorités comme candidate.

Elle estime qu’Orford, où elle se présente pour Québec solidaire, est la plus belle circonscription électorale du Québec.

Nous avons des ressources naturelles phénoménales [dans la circonscription électorale d’Orford] qui ont fait en sorte que les gens ont choisi notre région pour s’établir. Et l’on se rend compte que la protection de ces ressources est mise à mal. Nos lacs sont de plus en plus pollués. Il est de plus en plus difficile de s’y baigner. Il y a même des journées où l’on ne peut pas le faire.
Une citation de Kenza Sassi, candidate dans la circonscription d'Orford

Pour elle, donc, l’environnement sera déterminant dans le choix des électeurs pour quel parti ils vont voter. Cette préoccupation est partagée par les citoyens de la région.

Louise Flibotte est une résidente de Magog. Elle est bénévole au Centre d’action bénévole de cette ville.

Elle vivait dans la région de Montréal avant de déménager dans la région, attirée par la nature.

La nature et l’air sont les plus belles choses à Magog, dit la bénévole. Elle demande aux candidats à cette élection de préserver les ressources naturelles, dont le lac Memphrémagog, qui souffre de la présence des cyanobactéries (algues bleues).

Une femme à côté d'un panneau.

Louise Flibotte est bénévole au Carrefour du partage à Magog dans la circonscription provinciale d'Orford en Estrie.

Photo : Radio Canada International / Samir Bendjafer

Pelleteux de nuages

Dans ses brochures électorales distribuées dans la circonscription d’Orford, l’équipe de Kenza Sassi affirme que cette dernière renoue avec son amour de la politique .

C’est un clin d’œil à l’engagement de la candidate pendant le printemps érable, cette crise étudiante qui avait secoué le Québec en 2012. Il faut rappeler que l’un des leaders de ce mouvement n’était nul autre que Gabriel Nadeau-Dubois, l’actuel co-porte-parole de Québec solidaire.

Quand j’étais étudiante, je m’étais beaucoup investie en politique avec les associations étudiantes. J’avais découvert qu’il était possible d’être impliquée dans son milieu et d’aider les gens qu’on représente, affirme cette détentrice d’un baccalauréat en droit de l’Université Laval, entre autres, et qui prépare un doctorat en droit de la preuve et des technologies à l’Université de Montréal.

À ce moment-là, son engagement n’avait pas d’attache partisane.

Radio Canada International a demandé à Kenza Sassi pourquoi elle a choisi de se présenter pour Québec solidaire. C'est de loin le parti qui répond le plus à mes valeurs. C’est le parti qui prend le plus au sérieux les enjeux actuels et pour le long terme. Je suis fatiguée des partis qui annoncent des politiques aux quatre ans juste pour se faire élire. La plateforme de Québec solidaire a une vraie volonté d’amener la société ailleurs dans la direction qui me convient, répond la candidate.

Et c’est avec l’élection de la députée solidaire Christine Labrie en 2018 dans la circonscription de Sherbrooke, voisine de celle d’Orford, que le rapprochement de Kenza Sassi avec Québec solidaire s’est amorcé.

Je voyais sa [Christine Labrie] façon non partisane de travailler pour faire avancer les dossiers, comment elle était à l’écoute du milieu communautaire et du mouvement citoyen. Cette façon de faire de la politique m’a beaucoup parlé. J’ai décidé alors de m’impliquer dans les instances de Québec solidaire, explique-t-elle.

À ceux qui traitent les partisans de Québec solidaire de pelleteux de nuages [une expression québécoise péjorative pour désigner des rêveurs, des idéalistes, NDLR], elle répond qu’il est plus facile de ridiculiser ce qu’on propose que de réellement avancer des arguments.

Kenza Sassi ajoute que le chemin suivi par la société dans les dernières décennies a eu du bon. Mais il n’y a plus grand-chose qui fonctionne, reconnaît-elle.

En éducation, il y a un manque d’enseignants, selon la candidate solidaire. Elle dresse le même constat pour le système de santé avec les délais pour recevoir des soins.

Aux gens qui disent que nous sommes "pelleteux de nuages", je leur dirais que c’est plutôt eux qui le sont car ils croient qu’on peut continuer comme ça sans rien faire.
Une citation de Kenza Sassi, candidate dans la circonscription d'Orford

Lors des porte-à-porte dans la circonscription, les enjeux de la santé et de l’environnement reviennent souvent, affirme-t-elle.

Un homme devant un magasin.

Denis Rodrigue est un électeur qui habite à Magog en Estrie, dans la circonscription d'Orford. Pour lui, la priorité doit aller à l'économie lors des élections provinciales du 3 octobre 2022.

Photo : Radio Canada International / Samir Bendjafer

Concernant l’inflation, Kenza Sassi dit que les électeurs qu’elle a rencontrés n’en parlent pas beaucoup. Ils comprennent que l’inflation ne découle pas que d’une gestion interne et que la conjoncture internationale nous a mis dans cette situation. Nous proposons des mesures pour alléger l’inflation à court terme [suspension temporaire de la taxe de vente sur les produits essentiels], mais ce n’est pas le gouvernement du Québec qui va régler le problème, explique la candidate.

Rencontré au centre-ville de Magog, Denis Rodrigue est un ancien chef d’entreprise qui vit dans la circonscription depuis 1976.

Il affirme que la priorité devrait aller à l’économie. Nous dépensons beaucoup. On ne doit pas laisser une grande dette pour les générations futures. On ne devrait donner les aides qu’aux personnes qui en ont besoin, pas à tout le monde.

La pénurie de main-d’œuvre devrait être réglée par le recours à l’immigration. Mais pas n’importe laquelle. Il faut bien choisir les immigrants. On ne doit pas faire entrer des criminels, dit M. Rodrigue.

Le citoyen estime que les propos du premier ministre sortant, François Legault, qui lient l’immigration et la violence n’expriment pas sa pensée. Il [François Legault] a mal dosé ses paroles.

Selon Élections Québec, seulement 1,1 % des ménages de la circonscription font partie d’une minorité visible.

Kenza Sassi affirme que les services pour intégrer les immigrants sont plus concentrés du côté de Sherbrooke, ce qui rend leur intégration plus difficile dans la circonscription d’Orford.

Elle se dit inquiète des propos du chef de la Coalition avenir Québec. Un premier ministre devrait jouer un rôle rassembleur, affirme-t-elle.

Des affiches électorales.

Gilles Bélanger (à droite), candidat de la CAQ et député sortant de la circonscription provinciale d'Orford, a été élu en 2018 par 40,05 % de votes exprimés avec une majorité de 4569 voix.

Photo : Radio Canada International# / Samir Bendjafer

Résultats

Lors de l’élection de 2018, la Coalition avenir Québec (CAQ) a remporté la circonscription avec 40,05 % des votes exprimés avec une majorité de 4569 voix.

Le Parti libéral du Québec (PLQ) est arrivé en deuxième position avec 24,95 % des voix exprimées, suivi de Québec solidaire (17,87 %).

Le député sortant, le caquiste Gilles Bélanger, se présente pour une deuxième fois. Il avait remporté cette circonscription qui votait libéral depuis sa création en 1972.

La plateforme de projections électorales Québec125 prévoit avec une forte probabilité la réélection du député sortant.

[Si tel est le cas] je me retrousse les manches et le travail continue. La politique ne devrait pas être une chose qui se passe une fois tous les quatre ans, conclut-elle.

Ce reportage est le deuxième d'une série dans laquelle Radio Canada International présentera des candidats d'origine maghrébine et arabe des principaux partis politiques du Québec pour les élections provinciales qui auront lieu le 3 octobre prochain.

Note : ce reportage est également disponible en arabe

Samir Bendjafer

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