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[Élections Québec 2022] Voter pour la première fois

L’élection du 3 octobre au Québec est une occasion pour les nouveaux citoyens et les jeunes issus de la diversité qui ont atteint l’âge de voter de prendre part à cet exercice démocratique.

Une main dépose un bulletin dans une urne.

Les élections provinciales au Québec auront lieu le 3 octobre.

Photo : Élections Québec

Samir Bendjafer

« Il est 11 h 30 et je suis devenu citoyen canadien […] À partir d’aujourd’hui, je vais pouvoir voter pour la première fois de ma vie et prendre part au processus démocratique. »

C’est par ce message publié sur Facebook en mars dernier que Hicham Khanafer a annoncé à ses amis qu’il venait d’obtenir sa citoyenneté canadienne. Il venait tout juste de participer à une cérémonie virtuelle de prestation de serment.

Pendant la pandémie de la COVID-19, les cérémonies de citoyenneté ont été tenues à distance. Ce n’est qu’en juillet dernier qu'elles sont passées en mode hybride.

Pour ce jeune homme de 29 ans né au Liban et élevé en République démocratique du Congo, accéder à la citoyenneté n’est pas juste une formalité administrative, elle a une signification démocratique.

En entrevue avec Radio Canada International (RCI), il explique que voter est la forme ultime de l’intégration.

Voter lors d’une élection, c’est se sentir totalement inclus dans une société et participer à sa vitalité démocratique. C’est, pour moi, la dernière étape d’une intégration totale dans un pays.
Une citation de Hicham Khanafer

Cette intégration pourrait même se manifester par sa candidature à un poste électif. J’ai toujours été quelqu’un d’intéressé par la politique. De savoir qu’aujourd’hui, j’ai l’option de pouvoir poser ma candidature, c’est aussi un sentiment de fierté et d’appartenance à la société, affirme-t-il

Il n’envisage toutefois pas de le faire à court ou moyen terme. Je n’exclus pas l’idée de m’engager sur le long terme. Pour moi, s’engager, c’est servir et défendre les idées auxquelles on croit et faire avancer la société.

Un homme debout sur un trottoir

Hicham Khanafer a obtenu la citoyenneté canadienne en 2022. Il pourra voter pour la première fois à l'élection provinciale du 3 octobre.

Photo : Radio Canada International / Samir Bendjafer

Arrivé au Canada il y a huit ans en tant qu’étudiant international de 21 ans, il votera pour la première fois dans sa vie aux élections du 3 octobre au Québec.

J’avais à peine 18 ans quand j’ai quitté la République démocratique du Congo. Encore mineur, je ne pouvais pas voter. Et au Liban, c’était une période politique assez tourmentée, explique ce diplômé en gestion et management au Liban et en études internationales de l’Université de Montréal.

Il est habituellement possible d'obtenir la citoyenneté canadienne après trois ans de vie au Canada en tant que résident permanent. Mais comme il était étudiant international, Hicham Khanafer devait attendre la fin de ses études pour faire une demande de résidence permanente et éventuellement accéder à la citoyenneté.

Comme l’attrait de la politique n’attend pas l’obtention d’un passeport, il s’est engagé dans les activités communautaires dès son arrivée au pays.

Il a travaillé dans la réinstallation des réfugiés, dont les réfugiés syriens à Montréal. Il a aussi siégé au conseil d’administration d’organisations de jeunes comme le Forum jeunesse de Saint-Michel ou le Carrefour Jeunesse-emploi de Verdun.

Actuellement, il siège au conseil d’administration de Connexion International Montréal, qui s’adresse aux jeunes professionnels.

Il s’est déjà engagé comme bénévole aux élections municipales, provinciales et fédérales. Ça a toujours été quelque chose qui m’intéressait.

Il a aussi eu la chance de faire un stage dans le bureau d’un député fédéral, dans le cadre de ses études universitaires.

Sean Fraser devant une foule. Derrière lui, de nouveaux Canadiens par le biais de Zoom.

La cérémonie de citoyenneté en mode hybride du 1er juillet 2022 était la première en son genre, au Canada. L’événement a été diffusé sur Internet.

Photo : Twitter / Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada

Nouveaux électeurs

Hicham Khanafer n’est pas le seul nouvel électeur qui aura la possibilité de voter le 3 octobre.

Selon Radio-Canada, 96 000 nouveaux citoyens pourront aussi voter. Ils représentent 8 % de l’électorat au Québec, selon Élections Québec, qui chapeaute le scrutin.

Ce nombre représente les personnes qui résident au Québec et qui ont obtenu la citoyenneté canadienne depuis la dernière élection provinciale de 2018.

À titre d’exemple, dans la circonscription montréalaise de l’Acadie, il y a 3977 nouveaux citoyens qui peuvent voter. Près de 48 % des foyers de cette circonscription appartiennent à une minorité visible, dont 44,8 % sont d’origine arabe.

Distribution des électeurs selon l'âge (2022) :

18-24 ans : 525 886

25-34 ans : 922 506

35-44 ans : 997 757

45-54 ans : 948 880

55-64 ans : 1 138 690

65-74 ans : 976 511

75 ans + : 772 978

(Source : Élections Québec)

Intéresser les jeunes

En 2018, près de la moitié des électeurs de moins de 35 ans n’ont pas voté.

Les jeunes qui voteront pour la première fois en 2022 sont au nombre de 284  776. Ces personnes ont eu 18 ans après le scrutin de 2018 ou auront 18 ans au plus tard le 3 octobre 2022, explique Jonathan Gaudreault, un porte-parole d'Élections Québec.

En 2018, ils étaient plus de 370 000 à avoir le droit de voter pour la première fois à une élection générale.

Une jeune femme debout devant une porte vitrée sur laquelle est indiqué élections Québec.

Manel Matous, 21 ans, va voter pour la première fois à l'élection du 3 octobre au Québec.

Photo : Radio Canada International / Samir Bendjafer

Comme ces nouveaux électeurs, Manel Matous votera pour la première fois. Née en Algérie, cette étudiante de 21 ans est arrivée au Canada avec ses parents à l’âge de 9 ans.

Bien qu’elle se soit toujours intéressée à la politique, elle n’a pas voté aux dernières élections municipales et fédérales.

Pour l’élection provinciale de 2018, elle n’était pas encore en âge de voter.

Qu’est-ce qui l'a décidé à voter cette fois-ci?

J’ai toujours été consciente des enjeux politiques, mais ça ne m’intéressait pas plus que ça. C’est quand la pandémie de la COVID-19 a frappé que j’ai eu l’impression que les décisions étaient prises sans qu’on ne prenne en compte tout le monde.

C’est là qu'elle a compris qu’elle pouvait influencer les décisions qui seront prises à l'avenir en allant voter.

Quand on est jeune, au début, on se dit : "À quoi ça sert d’aller voter? Ma voix ne va rien changer." Mais en voyant qu’on partage des opinions avec beaucoup de gens, on se dit que si l’on se réunit, on peut changer les choses.
Une citation de Manel Matous

La raison principale de son intérêt pour la politique?

Ça permet d’améliorer les conditions de vie des gens. Regardez ce qui se passe avec l’inflation. Tout augmente, explique cette ancienne membre du programme de leadership des cadets de l'Aviation royale canadienne, communément appelés les cadets de l’air, une organisation civile parrainée par le ministère de la Défense du Canada.

Face à l’urne et avant de choisir tel ou tel autre candidat, elle affirme qu’elle regardera si le parti peut régler les problèmes majeurs qu’on rencontre dans le quotidien et s’il s’intéresse à l’environnement et à la santé.

Pour elle, les jeunes ont aussi l’impression que les préoccupations des politiciens concernent les autres catégories d’âge, d’où leur désintérêt.

Il faudra que les politiciens s’adressent plus aux jeunes, et il ne suffit pas d’avoir un compte sur TikTok pour les intéresser à la politique, soutient Manel Matous.

[Il y a] une déconnexion entre ce que les jeunes vivent et ce qu’ils voient à la télévision de la part des politiciens. Lorsqu’on ne se sent pas représentés, on n’est pas nécessairement attirés par ce que l’on voit, estime de son côté Hicham Khanafer.

Il ne voit pas d’un mauvais œil la présence des politiciens sur les réseaux sociaux. Il faudra aussi cibler les jeunes sur les réseaux sociaux plutôt que de rester sur la télévision. Et pourquoi pas un débat sur TikTok?

Note : ce reportage est également disponible en arabe

Samir Bendjafer

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