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Un projet de mine à ciel ouvert pourrait menacer une harde de caribous en C.-B.

Un caribou marche dans la neige au milieu de la forêt.

Le caribou des bois est inscrit sur la liste des espèces menacées de la Loi sur les espèces en péril depuis 2003, mais certaines de ses sous-espèces sont en voie de disparition, d'après la classification du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).

Photo : The Yellowstone to Yukon Conservation Initiative / David Moskowitz

Portrait de Chloé Dioré de Périgny.
Chloé Dioré de Périgny

Alors que la Colombie-Britannique évalue un projet de mine de charbon à ciel ouvert dans le nord-est de la province, des Premières Nations du secteur et des environnementalistes tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences environnementales potentielles, notamment sur une harde de caribous menacée.

L'entreprise Glencore propose de développer et d’exploiter une mine de charbon, appelée Sukunka, dans la région de la rivière de la Paix. Elle estime qu'elle pourra produire 3 millions de tonnes annuelles de charbon pendant 20 ans, qui seraient destinées à l’exportation.

Le projet Sukunka est toujours en attente d’approbation de la part de Victoria, mais fait l’objet d’opposition des Premières Nations Saulteau et West Moberly. Elles craignent que cette mine n'ait des conséquences considérables sur les caribous, notamment la harde Quintette.

Un rapport préliminaire du Bureau d’impact environnemental de la Colombie-Britannique, daté du 2 août, a conclu que le projet pourrait avoir des effets directs et cumulatifs significatifs sur les caribous de la région.

Une carte où est délimité le territoire de la harde Quintette par rapport à la mine Sukunka.

Des données de 2016 du ministère des Forêts de la Colombie-Britannique permettent de définir les limites du territoire de plusieurs hardes de caribous dans la région.

Photo : Radio-Canada

Les Premières Nations Saulteau et West Moberly sont quant à elles déjà engagées dans un projet de réhabilitation d'une harde de caribous dans la région, Klinse-Za, qui se rapprochait dangereusement de l’extinction.

Cela me paraît contre-productif d’approuver des projets qui auront un impact direct et préjudiciable sur une harde de caribous qui se trouve déjà dans le Registre public des espèces en péril et dont le statut est passé de "menacé" à "en danger”, soutient Roland Wilson, le chef de la Première Nation West Moberly, dans une déclaration à Radio-Canada au sujet de ce projet minier.

La minière Glencore ajuste le tir

Dans un courriel, un porte-parole de la minière Glencore indique que plusieurs modifications ont été apportées au projet après des consultations avec les Premières Nations et le gouvernement lors de l'évaluation des demandes de subvention du projet.

Glencore s’engage, par exemple, à doubler la zone de protection des caribous, qui atteindrait dorénavant un peu plus de 10 kilomètres carrés, tout en diminuant de moitié l’empreinte de la mine sur l’habitat afin de réduire les effets directs sur la harde de la région.

L’entreprise assure aussi qu'elle veut augmenter la zone de restauration de l’habitat du caribou qui sera touchée par l’activité minière ainsi que la superficie surveillée afin de déterminer les effets indirects que l’exploitation de la mine pourrait avoir sur l’animal.

Nous nous engageons à maintenir un dialogue continu avec les peuples des Premières Nations sur la gestion des caribous et sur une série d'autres questions, écrit le porte-parole de l’entreprise.

Un baromètre de la santé des forêts

Depuis 2014, le sous-groupe de caribous des montagnes du Sud, dont fait partie la harde Quintette, est classé en voie de disparition par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).

La harde Quintette a décliné de manière importante ces dernières années, passant d’environ 250 individus en 2003 à 60 en 2016, d'après des estimations de la province.

Un troupeau de caribous se déplace vers les plaines au printemps.

En août, les Premières Nations Saulteau et West Moberly se sont opposées au projet dans une lettre envoyée au Bureau d’évaluation environnementale de la Colombie-Britannique.

Photo : Hans Mohr

Olivier Kölmel, chargé de la campagne Nature et Alimentation à Greenpeace Canada, explique que le caribou est une espèce parapluie, qui est indicatrice de l’état de santé des forêts.

Si la population de caribou est en déclin [...], il y a bien d’autres nombreuses espèces qui sont certainement aussi en situation précaire, dit-il.

Les populations de caribous ont également un rôle culturel pour les Premières Nations, ajoute-t-il.

On est prêts à laisser une espèce s’éteindre [localement]. Ça n'a aucun sens. Tout cela, pour du minerai.
Une citation de Olivier Kölmel, chargé de la campagne Nature et Alimentation, Greenpeace Canada

Des déchets à gérer pendant des centaines d’années

La Première Nation West Moberly s’oppose également au projet à cause de son impact potentiel sur l’eau et les poissons de la région, en plus des conséquences cumulatives qu’il aurait sur les droits issus des traités des communautés, comme l'explique Roland Wilson.

La qualité de l’eau sera un enjeu, si le projet va de l’avant, confirme Ugo Lapointe, consultant en réduction de l’empreinte minérale et cofondateur de Coalition Québec meilleure mine.

On parle de 3 millions de tonnes de charbon [produites] par année pendant 20 ans, mais ce sont 10 à 20 fois plus de déchets qui sont laissés derrière sur le territoire », dit-il. « Il faut bien gérer ces déchets-là pendant des centaines d’années, voire des millénaires.

Les gens l’oublient, mais [ce sont] des impacts perpétuels sur le territoire.
Une citation de Ugo Lapointe, consultant en réduction de l’empreinte minérale

Il ne faut pas non plus oublier les émissions de gaz à effet de serre produites lorsque le charbon produit sera utilisé, affirme Ugo Lapointe, qui a également été directeur du programme national de MiningWatch Canada.

La plupart des observateurs disent que, si on veut vraiment investir dans l’avenir, il faut laisser ces vieilles énergies-là et investir dans les nouvelles. Ça va être payant à long terme, dit-il.

Rien n’est encore joué

D’après une étude publiée en mars dans la revue Conservation Science and Practice, à l’échelle du pays, sur 65 projets majeurs présentant un risque important pour les populations de caribous au pays et ayant fait l'objet d’une analyse environnementale, tous ont été approuvés, sauf un.

En avril, le gouvernement fédéral a accepté de remplacer son processus d’évaluation environnementale par celui de la Colombie-Britannique.

Une esquisse du projet de mine de charbon Sukunka fait par Glencore.

Une esquisse du projet de mine de charbon Sukunka par Glencore, dans le nord-est de la Colombie-Britannique.

Photo : Glencore

Toutefois, Ugo Lapointe dit qu'il est loin d’être certain que la Colombie-Britannique donnera son feu vert au projet. Il y a beaucoup de drapeaux rouges du gouvernement fédéral, surtout sur la question des caribous, dit-il.

En 2020, Ottawa et Victoria se sont par ailleurs entendus pour protéger et restaurer environ 8100 kilomètres carrés d’habitat naturel du caribou (nouvelle fenêtre) dans la région.

La multinationale Glencore peut encore s’engager à respecter des règles supplémentaires pour limiter l’impact environnemental du projet. Ugo Lapointe juge toutefois que la minière ne bénéficie pas d'une bonne réputation environnementale.

Elle est impliquée dans deux controverses au Québec, à savoir la fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, pointée du doigt pour ses émissions d’arsenic (nouvelle fenêtre), et la pollution de l’air dans le port de Québec (nouvelle fenêtre).

Le Bureau d’évaluation environnementale de la Colombie-Britannique affirme que son rapport final devrait être présenté cet automne à la province et au fédéral, pour qu’ils décident de l’issue du projet.

Avec des informations de l'émission Panorama

Portrait de Chloé Dioré de Périgny.
Chloé Dioré de Périgny

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