1. Accueil
  2. Politique
  3. Politique provinciale

Élections : que réservent les derniers jours de campagne?

François Legault et Paul St-Pierre Plamondones se serrent la main après le débat, entourés des autres chefs.

Une fois passé le deuxième débat des chefs, les partis entreprennent leur sprint final.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Véronique Prince
Alexandre Duval
Valérie Gamache
Sébastien Desrosiers
Jacaudrey Charbonneau

Tous les marathoniens le frappent aux deux tiers de leur course : le fameux mur! Celui qui les empêche d’accélérer pendant deux ou trois kilomètres, mais qui, une fois traversé, leur procure un regain d’énergie jusqu’à la ligne d’arrivée. Le cliché peut très bien s’appliquer aux chefs des partis en campagne électorale.

Leur mur, ils l’ont traversé entre le premier et le deuxième débat : quand ils ne pouvaient pas trop s’éloigner de Montréal, où se tiennent les deux exercices, et pour lesquels ils ont dû aussi presque tout arrêter pour se préparer à ces joutes capitales.

La dernière semaine de la campagne marque généralement un tournant pour les caravanes des chefs. Il leur reste peu de temps pour appuyer sur l’accélérateur et se rendre à destination. Et voilà que l’ouragan Fiona qui frappe l'est de la province s’invite dans la course (nouvelle fenêtre) et vient brouiller les cartes de cette fin de parcours.

Voici un aperçu du sprint final de chacune des formations.

La plus longue route à venir pour la Coalition avenir Québec

François Legault avait prévu se rendre aux Îles-de-la-Madeleine bien avant l'arrivée de la tempête Fiona. Sa visite lundi lui permettra de constater les dégâts et d'apporter son soutien aux sinistrés. La circonscription faisait déjà partie de son itinéraire pour une raison bien simple : depuis 60 ans, le cœur des Madelinots balance entre le Parti québécois et le Parti libéral du Québec. Comme ils ne sont pas fidèles en politique, le chef caquiste pense pouvoir les séduire avec l'ancien maire Jonathan Lapierre, en compétition depuis toujours avec le député péquiste Joël Arseneau.

François Legault ne s’était pas rendu en Gaspésie en 2018. Les gens là-bas ont la mémoire longue! Il se le fait encore reprocher quatre ans plus tard, même s’il y est allé durant son mandat. Cette fois, il s'agit d'un passage obligé, surtout si la Coalition avenir Québec (CAQ) espère rafler l’Est-du-Québec, un territoire occupé par le Parti québécois.

En plus de la Gaspésie, on peut presque deviner l’itinéraire de l’autobus caquiste. On dit presque pour trois raisons : d’abord, les formations politiques ne veulent pas dévoiler leur parcours aux adversaires pour des raisons stratégiques. Deuxièmement, la Sûreté du Québec leur demande de ne pas le faire pour assurer leur sécurité. Troisièmement, tout peut changer à la dernière minute!

François Legault se trouve devant le parc national du Bic, accompagné de la candidate pour Rimouski, Maïté Blanchette-Vézina, ainsi que d'Isabelle Charest, ancienne ministre des Sports.

Le chef de la CAQ François Legault est allé dans le Bas-Saint-Laurent pour promettre une amélioration de l'accès aux espaces naturels du Québec.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

À l’aide de systèmes internes, les partis politiques centralisent des informations sur leurs sympathisants, ce qui leur permet de déterminer où concentrer leurs efforts. La Coalition avenir Québec utilise son propre logiciel, la Coaliste, pour identifier les comtés prenables ou en danger.

Ainsi, on peut prédire que l’équipe de François Legault sera tentée de faire le même chemin qu’en 2018. À l’époque, à la fin de la campagne électorale, l’autobus s'était rendu en Outaouais, puis en Abitibi.

Comme le dossier de la Fonderie Horne a placé le gouvernement sur la défensive durant l’été, contourner la circonscription de Rouyn-Noranda-Témiscamingue enverrait un message bien négatif aux électeurs de la région. Il serait donc surprenant que François Legault ne s’y rende pas.

Après l’Abitibi, le chef caquiste pourrait se diriger vers le Nord-du-Québec. Il veut conserver la circonscription d’Ungava avec son député sortant Denis Lamothe, alors que les autres partis lui livrent une lutte acharnée.

Le Parti québécois a fait appel à une ancienne députée fédérale (Christine Moore), tandis que Québec solidaire (Maïtée Labrecque-Saganash) et le Parti libéral du Québec (Tunu Napartuk) présentent tous les deux un candidat autochtone pour représenter la région. D’ailleurs, le comté d’Ungava est reconnu pour changer souvent de couleur aux fils des élections. Rien n’est acquis.

Tout porte à croire que François Legault passera par la Côte-Nord pour reprendre son rendez-vous raté. Le chef caquiste avait posé le pied à Tadoussac le jour de la mort de la reine, avant d'annuler toutes ses annonces, par respect pour Sa Majesté.

Tout au long de cette épopée, l’objectif ne sera pas de formuler de nouveaux engagements, mais plutôt de les répéter, de mobiliser les troupes, et de leur rappeler d’aller voter.

Parti libéral : sauver les châteaux forts

Contrairement à François Legault, il est déjà acquis que Dominique Anglade ne parviendra pas à visiter toutes les régions administratives du Québec d’ici la fin de la campagne. Pour le Parti libéral du Québec, il s’agit d’une situation anormale.

C’est aussi tout un contraste avec la campagne qu’avait menée Philippe Couillard en 2018. Au cours de la première semaine de campagne, le chef libéral avait notamment visité le Saguenay et le Bas-Saint-Laurent. Deux régions facilement accessibles, mais où Mme Anglade ne s’est toujours pas rendue.

La cheffe libérale n’est pas encore allée non plus en Gaspésie, sur la Côte-Nord et dans le Nord-du-Québec. Pour une cheffe qui cherche à séduire les milieux ruraux en parlant de sa Charte des régions, ces absences sont autant d’occasions ratées de vendre son projet.

En coulisses, on comprend qu’un déplacement en avion est dans les cartons et devrait avoir lieu d’ici la fin de la campagne. Si l’on se fie aux endroits où le Parti libéral du Québec est le mieux positionné, c’est dans le Nord-du-Québec que cet éventuel vol pourrait se concrétiser. Un saut de puce aux Îles-de-la-Madeleine n'est pas exclu non plus.

Évidemment, les endroits où Mme Anglade ne s’est pas rendue ne sont pas des châteaux forts libéraux. Prendre une journée complète pour aller dans Matane-Matapédia, par exemple, n’aurait pas permis au Parti libéral du Québec de décrocher ce comté dans lequel il a passé bien près de ne même pas avoir de candidat.

Dominique Anglade tient un bébé dans ses bras alors qu'un adolescent se trouve à ses côtés.

Dominique Anglade risque de passer beaucoup de temps dans la grande région de Montréal d'ici le jour du scrutin.

Photo : Radio-Canada / Véronique Prince

N’empêche qu’une cheffe qui se déplace amène de la couverture médiatique locale, aide à faire connaître ses candidats et garde ses associations de circonscription motivées. Pour un parti qui traverse un creux de vague historique et qui aspire à rebondir, ces éléments ne sont pas à négliger.

Mme Anglade a cependant des défis à court terme devant elle et les choix de son organisation s’expliquent facilement : des bastions libéraux sont menacés en Outaouais, à Laval et sur l’île de Montréal.

Même la circonscription briguée par la cheffe, Saint-Henri-Sainte-Anne, risque de faire l’objet d’une chaude lutte qui pourrait garder les électeurs éveillés très tard durant la soirée électorale.

À l’interne, l’équipe libérale ne laisse pas paraître trop d’inquiétude au sujet de la réélection de la cheffe. Quelques arrêts sont bel et bien prévus dans sa circonscription, sans plus.

Cependant, la métropole et ses alentours risquent de rester le principal terrain de jeu du Parti libéral du Québec jusqu’au 3 octobre, car c’est surtout là que se joue sa possibilité de rester l’opposition officielle devant Québec solidaire (QS), qui lui souffle dans le cou.

Québec solidaire : Montréal et les étudiants

Pour ce dernier blitz de campagne, la caravane orange de Québec solidaire va sillonner les circonscriptions de Montréal.

Le parti a beau tenter de se défaire de son étiquette de parti montréalais en faisant valoir ses victoires dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue et Sherbrooke lors du dernier scrutin, c'est encore dans la métropole qu'il peut espérer faire le plus de gains.

Le co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois pourrait même retourner dans les circonscriptions où se présentent ses adversaires Dominique Anglade et Paul Saint-Pierre-Plamondon, même si cela brise une règle non écrite selon laquelle un chef de parti ne fait pas campagne dans la circonscription d'un autre chef.

Québec solidaire estime avoir des chances de défaire la cheffe libérale dans Saint-Henri-Sainte-Anne et de s'emparer de la circonscription de Camille-Laurin, où le leader péquiste tente de se faire élire pour la première fois.

Gabriel Nadeau-Dubois au téléphone

Gabriel Nadeau-Dubois en train de faire du pointage

Photo : Radio-Canada / Valérie Gamache

À l'extérieur de Montréal, Québec solidaire mise sur ses chances en Estrie. Outre la circonscription de Sherbrooke que le parti croit être en mesure de conserver, Gabriel Nadeau-Dubois ne ménagera pas ses efforts dans Saint-François où il compte sur l'ancienne directrice de la Santé publique de l'Estrie, la Dre Mélissa Généreux.

La caravane a passé une partie de la fin de semaine à Rimouski. Québec solidaire estime que le vote étudiant peut lui permettre d'y causer la surprise comme il l'avait fait dans Sherbrooke en 2018.

Reste maintenant à savoir si le parti jugera nécessaire de faire un dernier passage en Abitibi pour s'assurer de la réélection d'Émilise Lessard-Therrien dans la circonscription de Rouyn-Noranda-Témiscamingue.

À la fin du marathon, Gabriel Nadeau-Dubois ne pourra toutefois pas se vanter d'avoir fait le tour du Québec. Le co-porte-parole ne se rendra pas sur la Côte-Nord.

Dans l'équipe solidaire, on se défend d'avoir négligé les électeurs nord-côtiers et on précise que Manon Massé y a fait campagne à bord de sa Manon mobile.

Tout le monde rit de nous avec nos deux co-porte-parole, mais on voit que c'est un avantage et que ça nous permet de ratisser plus large, explique Simone Lirette, l'attachée de presse de Gabriel Nadeau-Dubois.

La route sinueuse du Parti québécois

Comme durant un long voyage en voiture, les formations politiques en campagne électorale doivent éviter les obstacles. Parlez-en à Paul St-Pierre Plamondon, qui a dû suspendre temporairement sa campagne vendredi, puisqu’il éprouvait des symptômes de la grippe.

Une fois le nid-de-poule de la COVID-19 évité, un autre imprévu l’attendait toutefois : la tempête Fiona. L’équipe du Parti québécois n’avait pas prévu aller aux Îles-de-la-Madeleine jusqu’ici, mais elle s’est empressée de réserver un avion pour s’y rendre lundi. C’est ça, une campagne électorale, a-t-on entendu dans l’autobus.

L’objectif de ce voyage dans l’archipel est de constater les dégâts causés par la pluie et les forts vents, de soutenir les Madelinots, mais aussi d'encourager la réélection du député sortant, Joël Arseneau, alors qu’il est au coude-à-coude dans les intentions de vote avec son adversaire de la Coalition avenir Québec Jonathan Lapierre.

Paul St-Pierre Plamondon lors d'un point de presse.

Le chef du PQ, Paul Saint-Pierre-Plamondon, éprouve des symptômes grippaux qui le forcent à suspendre temporairement sa campagne.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Ensuite, dans la dernière ligne droite, le Parti québécois compte faire un blitz, notamment pour protéger ses acquis. Pensons par exemple à l’Est-du-Québec, où il a remporté la majorité de ses victoires en 2018, dans les circonscriptions de René-Lévesque et Duplessis sur la Côte-Nord, mais aussi dans celles de Rimouski, Matane-Matapédia, Bonaventure et Gaspé.

Un retour à Jonquière, seul bastion péquiste du Saguenay-Lac-Saint-Jean à avoir résisté à l’assaut caquiste au dernier scrutin, n’est pas exclu non plus.

Or, une bonne partie des efforts dans les prochains jours sera également concentrée dans la grande région de Montréal. Le Parti québécois veut bien sûr défendre le territoire de Joliette, dans Lanaudière, mais il souhaite aussi faire des gains là où il a déjà connu du succès, entre autres dans Marie-Victorin, Rosemont et Pointe-aux-Trembles.

Sans oublier, évidemment, Camille-Laurin. La circonscription, anciennement baptisée Bourget, a été représentée par un député péquiste durant 24 ans, de 1994 jusqu’à la victoire de la Coalition avenir Québec en 2018. C’est à cet endroit que Paul St-Pierre Plamondon tente de se faire élire. Il s’agit de la circonscription dans laquelle il s’est rendu le plus souvent jusqu’à maintenant, soit à six reprises, et il y sera encore lundi soir pour participer à un autre débat avec les candidats locaux des autres partis.

Poussé par l’élan des débats, le chef du Parti québécois compte bien se rendre à bon port, mais la route qu’il empruntera jusque-là promet d’être sinueuse.

Les grandes visées du Parti conservateur à Québec

Sans grande surprise, le Parti conservateur du Québec (PCQ) concentrera ses efforts ultimes là où il a des chances de faire des percées, c’est-à-dire dans la grande région de Québec.

Même si Éric Duhaime s’est rendu au Saguenay-Lac-Saint-Jean, en Mauricie et au Centre-du-Québec en début de campagne, il passe la majorité de son temps entre la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches. Le scénario sera semblable pour la dernière ligne droite. Le parti compte visiter les circonscriptions de Bellechasse, Lotbinière-Frontenac et Portneuf dans lesquelles il est donné deuxième dans les intentions de vote.

Le chef conservateur devrait aussi retourner dans la circonscription de Chauveau, en banlieue nord de Québec, où il tente de se faire élire et de déloger le député sortant de la Coalition avenir Québec, Sylvain Lévesque. La Coalition avenir Québec n'a pas besoin d'un énième député d'arrière-ban!, a lancé Éric Duhaime samedi alors qu'il lançait un appel à voter conservateur aux électeurs de Chauveau (nouvelle fenêtre).

Bien qu’il mène une campagne nationale, Éric Duhaime veut surtout faire son entrée à l’Assemblée nationale et il multiplie les efforts dans cette circonscription jugée fertile pour le vote conservateur. J'ai 125 circonscriptions à visiter, mais évidemment, on ne peut pas toutes les faire, et je ne peux pas passer toute la campagne dans ma circonscription. Mais j'essaie de revenir le plus souvent possible, a-t-il affirmé.

Au moment d’écrire ces lignes, retourner en Beauce n'était pas dans les cartons de la caravane conservatrice. Éric Duhaime y a fait seulement deux arrêts plutôt brefs depuis le début de la campagne.

Pourtant, les candidats conservateurs dans Beauce-Sud et Beauce-Nord, Jonathan Poulin et Olivier Dumais, sont au coude-à-coude avec les députés caquistes sortants. À l'interne, l'équipe semble confiante pour cette région connue pour sa tendance conservatrice. Or, comme mentionné plus haut, tout peut encore changer, particulièrement pour cette petite équipe qui en est à sa première campagne nationale d'envergure.

Véronique Prince
Alexandre Duval
Valérie Gamache
Sébastien Desrosiers
Jacaudrey Charbonneau

À la une