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Menace nucléaire russe : « Ce n’est pas du bluff », dit Vladimir Poutine

Vue de profil de Vladimir Poutine, avec en arrière-plan les armoiries de la Russie.

Le président russe Vladimir Poutine a annoncé mercredi la mobilisation de réservistes et a brandi la menace d'un recours à l'arme nucléaire, assurant du même souffle que « ce n'est pas du bluff ».

Photo : Reuters / SPUTNIK

Agence France-Presse

Vladimir Poutine a mobilisé mercredi des centaines de milliers de réservistes pour relancer son offensive en Ukraine et brandi la menace d'un recours à l'arme nucléaire, que les États-Unis ont dit « prendre au sérieux ».

Dans une allocution au peuple russe, Vladimir Poutine s'est dit prêt à utiliser tous les moyens dans son arsenal face à l'Occident, qu'il a accusé de vouloir détruire la Russie. Ce n'est pas du bluff, a-t-il assuré.

À la tribune de l'Organisation des Nations unies, le président américain Joe Biden a réagi avec force quelques heures plus tard, accusant la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, d'avoir violé de manière éhontée les principes des Nations unies depuis son offensive en Ukraine.

Et devant la menace nucléaire brandi par Poutine, il a été tout aussi clair : Il est impossible de gagner une guerre nucléaire et il ne faut pas la mener.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a renchéri sur Twitter pour affirmer que la mobilisation militaire et les menaces nucléaires de Poutine représentent une escalade irresponsable et dangereuse de sa guerre illégale.

Joe Biden parle devant un lutrin aux Nations unies, près d'un garde en uniforme.

Le président des États-Unis, Joe Biden, devant l'Assemblée générale des Nations unies à New York, a dénoncé le président Vladimir Poutine, qui a brandi la menace de recourir à l'arme nucléaire contre l'Occident.

Photo : Associated Press / Evan Vucci

La mobilisation de réservistes a été décrite en Europe comme un aveu de faiblesse, alors que l'armée russe a essuyé, ces dernières semaines, des revers face aux forces ukrainiennes.

Cette décision survient au lendemain de l'annonce par la Russie de référendums visant à annexer quatre régions de l'est et du sud de l'Ukraine contrôlées en partie par Moscou.

Se gardant d'annoncer une mobilisation générale, redoutée par des millions de Russes, M. Poutine a décrété mercredi une mobilisation partielle, mesure jugée urgente et nécessaire. Selon le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, 300 000 réservistes sont concernés dans un premier temps.

Assis derrière son bureau présidentiel, Vladimir Poutine prononce un discours.

Le président de la Russie, Vladimir Poutine, s'en est pris avec virulence à l'Occident.

Photo : Reuters / Services de presse de la présidence russe

Des voix s'élèvent contre la mobilisation

Signe de l'inquiétude de nombreux Russes, les sites des compagnies aériennes ont été pris d'assaut après l'allocution de M. Poutine et une pétition en ligne contre la mobilisation a déjà recueilli plus de 230 000 signatures.

Au moins 1054 personnes ont été arrêtées mercredi en Russie lors de manifestations improvisées contre la mobilisation partielle, annoncée dans la matinée par le président Vladimir Poutine, selon une ONG.

Selon OVD-Info, organisation spécialisée dans le décompte des arrestations, les mobilisations ont eu lieu dans au moins 38 villes du pays. Il s'agit des plus importantes protestations en Russie depuis celles ayant suivi l'annonce de l'offensive de Moscou en Ukraine à la fin de février.

Les journalistes de l'AFP à Moscou ont vu au moins 50 interpellations sur l'une des artères centrales de la capitale. À Saint-Pétersbourg, la deuxième ville de Russie, un bus entier de personnes arrêtées a été emmené par la police dans le centre.

Tout le monde a peur. Je suis pour la paix et je ne veux pas avoir à tirer. C'est très dangereux de sortir maintenant, sinon il y aurait eu beaucoup plus de gens.
Une citation de Vassili Fedorov, étudiant de Saint-Pétersbourg

Alexeï Zavarki, 60 ans, regrette, lui, la réponse policière immédiate aux rassemblements. Je suis venu participer, mais il semble qu'ils ont déjà embarqué tout le monde, dit-il, avant d'ajouter : Je ne sais pas où nous allons, ce régime a signé son arrêt de mort, détruit la jeunesse.

Pourquoi servez-vous Poutine? Un homme assis sur son trône depuis 20 ans! crie un autre manifestant en direction de la police.

J'ai peur pour moi, pour mon frère qui a 25 ans et qui a fait son service militaire. Il peut être appelé, explique Oksana Sidorenko, étudiante. Pourquoi mon avenir est-il décidé à ma place?

Alina Skvortsova, 20 ans, souhaite, elle, que les Russes commencent à comprendre la nature de l'offensive du Kremlin en Ukraine. Dès qu'ils auront vraiment compris, ils sortiront dans la rue, malgré la peur.

Volodymyr Zelensky n'y croit pas

Dans une entrevue avec la chaîne allemande Bild TV, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a pour sa part dit ne pas croire à l'utilisation d'armes nucléaires par Moscou. Je ne crois pas que le monde laissera faire, a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, Jens Stoltenberg, a quant à lui dénoncé la rhétorique nucléaire dangereuse de M. Poutine, ajoutant que l'Alliance atlantique continuerait de soutenir l'Ukraine.

Des soldats russes en file s'apprêtent à entrer dans un terrain boisé.

Le récit de Lise Villeneuve

Photo : Getty Images / AFP / KIRILL KUDRYAVTSEV

L’Occident veut diviser et détruire la Russie, croit Poutine

Avec son allocution mercredi, le maître du Kremlin a aussi franchi un nouveau palier dans son discours contre l'Occident, l'accusant de vouloir diviser et détruire la Russie en armant l'Ukraine et de soumettre Moscou à un chantage nucléaire.

Son ministre de la Défense, M. Choïgou, a carrément affirmé que la Russie ne combattait pas tant l'Ukraine que l'Occident.

De son côté, la Chine, courtisée par la Russie, a semblé prendre certaines distances en appelant au cessez-le-feu et au respect de l'intégrité territoriale des États, une référence au projet d'annexion russe d'une partie de l'Ukraine.

Devant l'essoufflement de son offensive en Ukraine, qui entre bientôt dans son huitième mois, M. Poutine tente de redresser la barre après des contre-offensives ukrainiennes dans les régions de Kharkiv (nord-est) et de Kherson (sud)

Notre dossier Guerre en Ukraine

Simulacres de scrutins

Avant même la mobilisation partielle, l'annonce mardi de « référendums » d'annexion dans les régions contrôlées par Moscou en Ukraine (nouvelle fenêtre), du 23 au 27 septembre, avait signalé un durcissement.

La doctrine militaire russe prévoit la possibilité de recourir à des frappes nucléaires si des territoires considérés comme russes par Moscou sont attaqués, ce qui pourrait être le cas avec les zones annexées.

Ces scrutins se dérouleront dans les régions de Donetsk et de Lougansk, qui forment le Donbass (est), ainsi que dans les zones occupées de Kherson et de Zaporijia, dans le sud.

Ces votes ont été critiqués par Kiev et ses alliés occidentaux, qui les ont qualifiés de simulacres de scrutins sans valeur juridique.

Par ailleurs, dix prisonniers de guerre de plusieurs pays, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, ont été transférés de Russie en Arabie saoudite, dans le cadre d'un échange entre Moscou et l'Ukraine, selon le ministère saoudien des Affaires étrangères. Les prisonniers sont également originaires de la Suède, du Maroc et de la Croatie.

Sur le terrain, la mobilisation pourrait annoncer un redoublement de violences à l'aube du huitième mois de conflit.

Les autorités ukrainiennes ont accusé la Russie d'avoir à nouveau bombardé mercredi le site de la centrale de Zaporijia (sud de l'Ukraine), la plus grande d'Europe

À Kharkiv (nord-est), deuxième ville d'Ukraine proche de la frontière russe, Svetlana, 63 ans, exhorte les Russes à ignorer l'ordre de mobilisation et à enfin se réveiller.

Galina, une voisine de 50 ans, s'emporte contre les Russes qui disent vouloir la libérer. Vous voulez nous libérer de quoi? lance-t-elle. De nos maisons? De nos proches? De nos amis?

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