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[Reportage] Autochtones d’Amérique : « la blessure coloniale en partage »

Deux cinéastes du Venezuela et du Chili ont parlé des différences mais aussi des liens qui unissent les nations autochtones d'Amérique.

Paula Baeza Pailamilla (à droite) et David Hernández Palmar, respectivement Mapuche et Wayuu, défendent le droit des nations autochtones à raconter leurs propres histoires en fonction de leurs traditions et réalités.

Paula Baeza Pailamilla (à droite) et David Hernández Palmar, respectivement Mapuche et Wayuu, défendent le droit des nations autochtones à raconter leurs propres histoires en fonction de leurs traditions et réalités.

Photo : Radio Canada International (RCI) / Paloma Martínez Méndez

Paloma Martínez Méndez

Malgré des différences, les nations autochtones d'Amérique se ressemblent sur plusieurs aspects.

Elles ont en commun entre autres la même histoire liée à la colonisation européenne et aussi le même désir d'approfondir leurs liens.

C'est ce que sont venus partager deux cinéastes sud-américains lors d'une activité organisée dans le cadre de la 32e édition de Présence autochtone.

Affiche de l'événement à l'entrée de la Royal Canadian Legion / Légion royale canadienne à Kahnawà:ke.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

Affiche de l'événement à l'entrée de la Royal Canadian Legion / Légion royale canadienne à Kahnawà:ke.

Photo : RCI / Paloma Martínez Méndez

Paula Baeza Pailamilla et David Hernández Palmar, respectivement Mapuche et Wayuu, font partie d'un groupe d'invités provenant de plusieurs territoires autochtones du continent américain qui participent à la 32e édition du Festival Présence autochtone de Montréal et à sa section cinéma Terres en Vues.

Ils ont participé au colloque Regards autochtones sur les Amériques du festival, organisé par l’Université Queen’s en Ontario à Kahnawake et Tio'tià:ke (Montréal).

Paula Baeza Pailamilla participe pour la première fois à cet événement, tandis que pour David Hernández Palmar, c'est une histoire de longue date.

La blessure coloniale

Paula Baeza Pailamilla, qui participait aux débats du colloque, a également été invitée en tant que cinéaste et jurée de la compétition de films. Ce rôle lui a permis de visionner plusieurs œuvres produites et réalisées par des cinéastes autochtones du Canada.

Paula Baeza Pailamilla, cinéaste mapuche, regarde la caméra. Elle est dans un parc de la réserve autochtone de Kahnawake, au sud de Montréal.

La jeune cinéaste, artiste visuelle et de performance mapuche affirme être arrivée au Canada préparée et avec une vision large de ce que les nations autochtones d'ici vivent au quotidien.

Photo : RCI / Paloma Martínez Méndez

Baeza Pailamilla constate que ce qui préoccupe les cinéastes autochtones du Canada coïncide avec ce que vivent les autres peuples dans sa région d'origine.

Nous partageons la blessure coloniale qui est transversale et qui nuit à nos peuples depuis des siècles. Je pense qu'il est important de rendre visibles l'alcoolisme, la toxicomanie et la marginalisation dans lesquels vivent les populations indigènes dans différents territoires, car la même chose se produit là où le capitalisme et les peuples autochtones coexistent.
Une citation de Paula Baeza Pailamilla

Territoires éloignés, défis communs

Cinéaste de la nation Wayuu du Venezuela, David Hernández Palmar a pour sa part été invité au colloque pour son rôle de producteur et de programmateur de festivals de films autochtones sur le continent américain.

Pour M. Hernández Palmar, les liens avec le Canada sont forts et se renforcent chaque année, car il existe de nombreux défis communs.

Cet artisan de l'image reconnaît également qu'il est parfois difficile de comprendre des réalités qui dépassent sa propre expérience et qui proviennent de territoires si éloignés les uns des autres. C'est pourquoi il est important de se réunir et de partager, dit David Hernández Palmar.

Ici aussi, il y a des inégalités et des difficultés d'accès au financement des projets artistiques, surtout sans compromettre l'autonomie, la créativité et le contrôle narratif. Je pense donc que c'est important parce que la conversation nous rapproche de plus en plus du défi du langage. L'affection et les opportunités nous rapprochent.
Une citation de David Hernández Palmar
Cinéaste de la nation Wayuu, David Hernández Palmar est également producteur et programmateur de projections de films autochtones sur le continent américain. Sur cette photo, il regarde directement la caméra. Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

David Hernández Palmar est producteur et programmateur de la Muestra Internacional de Cine Indígena de Venezuela, la Muestra de Cine y Video Wayuu et de la Coordinadora Latinoamericana de Cine y Comunicación de los Pueblos Indígenas (CLACPI).

Photo : RCI / Paloma Martínez Méndez

Dans le cadre du festival Présence autochtone, Hernández Palmar a participé en tant que panéliste à la table ronde sur les Festivals et le mouvement mondial du film autochtone. Il a également présenté le court-métrage SŪKŪJULA TEI (Histoires de ma mère), l'un des sept chapitres de la série Réciprocité.

Nos corps, nos histoires, nos territoires

Ayant une formation en danse contemporaine, depuis 2011, Paula Baeza Pailamilla a commencé à s'intéresser à la performance, et de là, elle est venue à l'art textile et aussi au monde audiovisuel par besoin d'enregistrer ses œuvres, mais aussi de créer un langage artistique qui offrirait ce mélange entre le corps et la vidéo

Je suis très intéressée par la représentation de notre propre corps et de nos propres histoires, parce qu'au moins au Chili, il y a un imaginaire de ce que sont les Autochtones, spécifiquement les Mapuches, avec du matériel audiovisuel fait par les élites. Mais depuis une vingtaine d'années, le phénomène s'est généralisé et les cinéastes mapuches sont nombreux.
Une citation de Paula Baeza Pailamilla

Pour l'artiste, l'identité et le corps sont intimement liés, de sorte que la caméra et l'œil qui regarde jouent un rôle important, dit-elle.

Je trouve cela très intéressant, car il y a une bidirectionnalité entre ce que je représente et l'œil qui enregistre, mais aussi ce qu'il enregistre et où. Pour moi, les lieux sont très importants, car ce sont nos espaces où convergent nos corps et nos identités et qui nous appartiennent.
Une citation de Paula Baeza Pailamilla

La jeune créatrice estime que le court métrage Wüfko, qu'elle présente dans le cadre de Présence autochtone, est un exemple de réappropriation de l'espace, du temps et des récits par les peuples autochtones.

Chaque été, depuis 1990, le festival Présence autochtone propose des rencontres, des concerts, des projections de films et des expositions.

Cette année 2022, l'événement se déroule du 9 au 18 août.

Paloma Martínez Méndez

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