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Solitude et isolement : effets secondaires de l’inflation chez les aînés canadiens

Les personnes âgées seraient affectées de manière disproportionnée par la hausse du coût de la vie.

Azim Jeraj en t-shirt devant des arbres.

Azim Jeraj s'inquiète pour les personnes âgées qui, contrairement à lui, se retrouvent seules en raison de la hausse du coût de la vie.

Photo : La Presse canadienne / JASON FRANSON

La Presse canadienne

Azim Jeraj a annulé son abonnement au centre d'entraînement physique plus tôt cette année. Ce résident de 69 ans de Sherwood Park, en Alberta, souligne qu'il ne pouvait plus assumer ces frais mensuels face à la hausse du coût de l'épicerie, des services publics et des médicaments sur ordonnance.

J'ai plutôt rejoint un groupe de cyclistes du troisième âge. Je fais du vélo avec eux deux fois par semaine et ça ne coûte rien, témoigne M. Jeraj. On trouve des choses comme ça à faire. On cherche constamment des choses qui ne coûtent pas très cher.

Comme tous les Canadiens, les aînés sont obligés de faire des choix difficiles en supprimant les fioritures et les petits plus face à des taux d'inflation élevés.

Cependant, les personnes âgées sont également aux prises avec un problème unique dont on parle moins : l'isolement social accru qui, selon des experts, se produit souvent lorsque l'inflation augmente de manière significative.

Des gens font leur épicerie.

L'indice des prix à la consommation s'est établi à 7,6 %, en juillet par rapport à l'année précédente. Il s'agit d'un recul de 0,5 point de pourcentage comparativement au mois de juin dernier, a fait savoir Statistique Canada.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Selon Statistique Canada, 27,9 % des aînés canadiens vivaient seuls en 2017-2018, comparativement à 14,0 % de la population générale.

Les médecins reconnaissent que le maintien de relations et d'activités sociales joue un rôle important pour maintenir la santé mentale et physique de cette tranche de la population. L'isolement des personnes âgées est lié à une détresse émotionnelle accrue, à la prévalence de la dépression, à l'augmentation du nombre de chutes, à l'utilisation des services de santé et de soutien ainsi qu'à des décès prématurés.

Se déplacer coûte de l'argent, même s'il s'agit simplement d'aller rencontrer des amis autour d'un café, de se rendre en voiture à un service religieux ou de prendre le bus pour se rendre à un cours d'entraînement physique.

Les gens ne pensent pas que l'isolement social est lié à des coûts inflationnistes. Nous pensons immédiatement que les gens ne pourront pas acheter de la nourriture, se loger, prendre leurs médicaments, précise Laura Tamblyn Watts, présidente-directrice générale de CanAge, un organisme national de défense des aînés. Mais on doit être connecté d'une manière ou d'une autre, et il y a des coûts liés à cette connexion.

C'est un énorme problème

De nombreux aînés canadiens vivent de pensions fixes ou dépendent de prestations gouvernementales telles que le Régime de pensions du Canada qui, avec son ajustement annuel en janvier dernier pour tenir compte de l'inflation, n'a pas rattrapé les récentes augmentations vertigineuses du coût de la vie.

Les personnes âgées s'inquiètent également pour leurs portefeuilles d'investissements, car l'inflation pèse sur le marché boursier. Pour celles qui ont misé sur la valeur nette de leur maison afin de soutenir leur retraite, la hausse des taux d'intérêt et son effet sur le marché du logement sont une véritable préoccupation.

Beaucoup d'aînés que nous voyons sont dans cette crise : leurs investissements ou leur pension n'ont pas augmenté, leurs prestations gouvernementales pourraient éventuellement augmenter, mais en ce moment, ils attendent dans les limbes, et les prix de tout ont augmenté, souligne Larry Mathieson, directeur général du Kerby Centre, un organisme sans but lucratif qui offre des programmes et des services aux personnes âgées de Calgary et de Medicine Hat. C'est un énorme problème.

Retourner travailler pour sortir de la maison

Pour Dorothy Bagan, qui vit seule dans sa maison à Calgary, la crise se fait déjà sentir. Elle a annulé son service de téléphonie cellulaire, a réduit son forfait de télévision par câble et s'en tient à une liste soigneusement organisée lors de son épicerie.

Elle ne possède pas non plus de voiture et, bien qu'elle soit une fervente utilisatrice des transports en commun et bénévole dans la communauté, sa vie sociale en prend un coup.

Mon cercle d'amis s'est réduit, et ce, pour une raison évidente. J'ai 74 ans, explique Mme Bagan. Et sur mes deux amis proches, un seul conduit encore, donc se voir a été tout un défi.

En fait, Mme Bagan indique qu'elle avait récemment pris la décision de retourner travailler à temps partiel, non pas à cause de l'argent, même si c'est un avantage supplémentaire, mais parce qu'elle doit sortir de la maison.

J'aime m'engager et échanger avec les gens. J'aime être dehors et faire partie des choses, dit-elle. Je suis toujours utile. Ce n'est pas parce que je suis une personne âgée que je n'ai rien à apporter.

Payer pour communiquer

L'isolement social fait partie des effets secondaires de l'inflation, selon Mme Tamblyn Watts. Si les aînés n'ont pas les moyens d'accéder à Internet, ils ne peuvent pas se connecter avec leur famille sur Zoom ou sur FaceTime. S'ils n'ont pas les moyens d'acheter des prothèses auditives ou des lunettes, il leur est plus difficile d'interagir avec le monde. Et si les jeunes générations sont occupées à faire des heures supplémentaires au travail pour faire face à l'augmentation du coût de la vie, elles sont moins susceptibles de pouvoir surveiller leur mère et leur père ou de prendre le temps de rendre visite à un grand-parent dans une maison de retraite.

Il y aura davantage de personnes qui vivront seules à la maison, sans soutien et solitaires.
Une citation de Laura Tamblyn Watts, présidente-directrice générale de CanAge

Pour sa part, M. Jeraj s'estime chanceux. Il est marié, il conduit toujours. Lui et sa femme ont fait un effort conscient pour rester actifs et connectés grâce à des activités peu coûteuses, par exemple faire de longues promenades et recevoir des amis à la maison.

Il sait cependant que beaucoup de ses pairs n'ont pas cette chance.

J'ai des parents qui vivent seuls et, pour eux, l'augmentation des prix est un gros problème. Même la mobilité est compliquée, car ils ne peuvent pas conduire à cause de leur âge et de leur état de santé, déplore M. Jeraj.

L'isolement social est un problème majeur. Cela les affecte mentalement, conclut-il.

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