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Le français en recul dans la région de la capitale nationale

La rivière des Outaouais.

La rive gatinoise derrière la rivière des Outaouais

Photo : Radio-Canada

RCI

Le français est en recul tant en Outaouais qu’à Ottawa, selon des données linguistiques publiées mercredi matin par Statistique Canada.

Selon le recensement de 2021, même si le français reste la première langue officielle parlée par 77,1 % de la population, on observe une baisse de 2,4 points de pourcentage à cet égard par rapport à 2016 en Outaouais.

Il s’agit d’une des baisses les plus fortes constatées au Québec derrière le Nord-du-Québec, avec une baisse de 3,6 points de pourcentage, et de Laval, avec une baisse de trois points de pourcentage.

Il y a cinq ans, 79,5 % des résidents de l'Outaouais avaient le français comme première langue officielle parlée.

Par ailleurs, le poids démographique des personnes dont l'anglais est la première langue officielle parlée a progressé de 1,7 point de pourcentage en Outaouais. Ce poids est désormais de 19,1 % dans la région.

Recul aussi à Ottawa et dans l'Est ontarien

Le phénomène est le même à Ottawa.

Le français est la première langue officielle parlée de 14,9 % de la population, mais le poids démographique des francophones a diminué de 1,1 point de pourcentage dans la capitale fédérale.

Cependant, la proportion de personnes de langue maternelle tierce qui parlent français au moins régulièrement à la maison est bien plus élevée à Ottawa (10,4 %) que ce qu’on observe dans le Canada hors Québec, où il est de seulement 1,5 %.

Le recul du français s’observe partout au pays. Si le nombre de Canadiens qui ont le français comme première langue officielle parlée augmente, leur proportion a diminué de 22,2 % à 21,4 %, de 2016 à 2021.

Dans Glengarry-Prescott-Russell, le recensement de 2021 indique que près de 75 000 personnes parlent l’anglais et le français et que près de 10 000 personnes parlent uniquement le français.

Comparativement à 2016, il y a une diminution du nombre d'unilingues francophones (10 810) mais une augmentation du nombre de personnes bilingues (71 525).

Pour l’Ontario dans son ensemble, on recense 1 519 365 personnes qui parlent l’anglais et le français ainsi que 39 310 personnes qui parlent uniquement le français.

En 2016, encore une fois, il y avait un peu plus d’unilingues francophones (40 040) mais moins de personnes bilingues (1 490 390).

L’importance de mobiliser les francophones

Jean Poirier, ancien député provincial de Prescott-Russell et ancien président de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO), estime que les Franco-Ontariens ont le devoir de transmettre leur langue et de s’impliquer pour la maintenir.

Il faut que les gens comprennent : ce n’est pas le nombre qui compte, c’est le pourcentage d’une population qui compte pour les élus, dit-il en réaction aux données linguistiques publiées par Statistique Canada.

Jean Poirier dans sa maison.

Jean Poirier, ancien député provincial de Glengarry-Prescott-Russell

Photo : Radio-Canada / Denis Babin

Je ne suis pas surpris, évidemment... C’est une autre déception dans une longue série de déceptions.
Une citation de Jean Poirier, ancien député provincial de Glengarry-Prescott-Russell

M. Poirier se désole de voir que la relève n’est pas au rendez-vous. Les jeunes ne voient pas ça de la même façon que les anciens, qui ont vu ça à long terme. Moi, ça fait 50 ans que je vois ça diminuer.

L’ancien député trouve que les efforts faits par les gouvernements pour maintenir la vitalité du français sont insuffisants : C’est quoi, la prochaine étape? C’est quoi, la prochaine stratégie? Je ne suis pas certain de la réponse.

Forte migration en provenance de l’Ontario

De son côté, Jean-Paul Perreault, président d’Impératif français, note que ces chiffres peuvent être expliqués par une forte migration interprovinciale en provenance de l’Ontario dans la région de Gatineau.

Les anglophones pratiquent un unilinguisme de rejet. Ils viennent s’installer au Québec et imposent l’anglais, ça s’entend et ça se voit partout! dit-il.

Les francophones sont trop souples, à son avis, car ils passent à l’anglais très rapidement pour rendre service aux unilingues anglophones au Québec.

Quoi qu’il en soit, ces données sont catastrophiques pour ce défenseur du français, qui s’inquiète de voir que le poids de la francophonie ne cesse de radicalement diminuer.

C’est le résultat d’une volonté héritée de la Couronne britannique par le gouvernement canadien d’effacer graduellement la francophonie, fait valoir M. Perreault.

Jean-Paul Perreault pose pour la photo.

Jean-Paul Perreault est le président d’Impératif français (archives).

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

C’est ultra dramatique, c’est une tendance lourde. On voit bien d’un recensement à l’autre que la stratégie fédérale donne des résultats d’effacement.
Une citation de Jean-Paul Perreault, président d’Impératif français

Les mesures linguistiques annoncées par le gouvernement fédéral sont tout à fait inappropriées, lance Jean-Paul Perreault, mais en même temps, celles du gouvernement du Québec sont incomplètes.

La loi 96 donne les outils nécessaires, dit la Coalition avenir Québec

Bien qu’il trouve la situation préoccupante, le député de Chapleau, Mathieu Lévesque, assure que la loi 96 donne les outils nécessaires pour venir donner un coup de barre et redresser la situation linguistique au Québec.

La loi adoptée par son parti, la Coalition avenir Québec (CAQ), ratisse très large, dit-il. Donc, même si les chiffres publiés par Statistique Canada sont inquiétants, cela lui fait dire que son gouvernement a posé les bons gestes quant à l’adoption de la loi 96.

Mathieu Lévesque en train de parler au micro.

Le député caquiste de Chapleau, Mathieu Lévesque (archives)

Photo : Radio-Canada / Hugo Belanger

La seule langue officielle commune du Québec, c’est le français.
Une citation de Mathieu Lévesque, député de la CAQ dans la circonscription de Chapleau

Mathieu Lévesque admet tout de même qu’il y a un facteur frontalier en Outaouais et que le déclin du français y est attribuable à des causes spécifiques et précises que son gouvernement va analyser plus en détail, assure-t-il.

Du côté du fédéral, le Bloc québécois demande au gouvernement Trudeau de se saisir de l’urgence de la situation.

Si les libéraux sont sérieux lorsqu’ils se disent préoccupés par l’état de la langue française, c’est le moment d’agir en reculant sur leur intention de soustraire l’application de la loi 101 aux entreprises de juridiction fédérale et en mettant un frein au financement de l’anglicisation croissante au Québec, a dit le député Mario Beaulieu, porte-parole du Bloc québécois en matière de langues officielles, par voie de communiqué. Qu’on mette les choses au clair : Québec est le seul maître d'œuvre de sa politique linguistique.

Avec les informations de Rémi Authier, d'Emmanuelle Poisson et de Denis Babin

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