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La polio est de retour, et le Canada n’est pas à l’abri

Gros plan sur le visage d'une fillette qui reçoit un vaccin par voie orale.

Une fillette pakistanaise reçoit un vaccin contre la polio à Karachi le 9 novembre 2015.

Photo : Getty Images / Rizwan Tabassum

RCI

La poliomyélite, ce virus qui touche surtout les enfants de moins de 5 ans et qui peut entraîner une paralysie irréversible, est de retour dans certaines régions des États-Unis et du Royaume-Uni, dans la foulée d'une épidémie en Israël. Comment se fait-il que cette maladie, pourtant sur le point d'être éradiquée, soit de retour en force?

En 2016, le monde a connu seulement 37 cas de poliomyélite, et la maladie demeurait alors endémique dans seulement deux pays : l'Afghanistan et le Pakistan. Or, des cas d'infections et des échantillons d'eaux usées au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Israël indiquent actuellement une recrudescence du virus dans ces régions du monde et ont poussé les autorités à lancer des campagnes de vaccination.

Même au Canada, exempt de cas de poliomyélite depuis 20 ans, les experts médicaux perçoivent cette recrudescence des infections comme un signal d'alarme. Selon eux, le virus constitue toujours une menace pour quiconque n'est pas vacciné, surtout étant donné la capacité de la poliomyélite à se propager dans le monde via les voyageurs et à travers les systèmes de traitement des eaux usées.

Mercredi, la santé publique britannique a annoncé qu'elle offrirait une dose de rappel du vaccin contre la poliomyélite aux enfants de 1 an à 9 ans à Londres, après avoir constaté que le virus se propageait dans plusieurs régions de la capitale. Des échantillons de virus de la poliomyélite ont en effet été trouvés dans les eaux usées de huit arrondissements de Londres. Il n'y a toutefois pas de cas confirmé de la maladie.

L'analyse effectuée par l'Agence de sécurité sanitaire du Royaume-Uni démontre tout de même que la transmission a probablement dépassé un réseau étroit de quelques individus. Et nous savons que les zones de Londres où le poliovirus est transmis ont certains des taux de vaccination les plus bas, a déclaré la Dre Vanessa Saliba, épidémiologiste consultante pour la santé publique.

Le reportage de Normand Grondin

L'Agence a indiqué travailler en étroite collaboration avec les autorités sanitaires des États-Unis et d'Israël, ainsi qu'avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS), pour enquêter sur les possibles liens entre les virus de la poliomyélite détectés dans ces deux pays.

En juillet, Israël a annoncé qu'une récente épidémie de poliomyélite semblait désormais contrôlée, après que plusieurs personnes ont été infectées, dont une fillette qui nécessite maintenant une rééducation en raison d'une paralysie, selon le Jerusalem Post.

Plus récemment, dans l'État de New York, un jeune adulte non vacciné a souffert de paralysie après une infection par la poliomyélite dans le comté de Rockland, une région connue pour ses faibles taux de vaccination. Il s'agissait du premier cas signalé aux États-Unis en près d'une décennie.

Des campagnes de vaccination sont en cours, car des échantillons du virus ont également été détectés dans les eaux usées de Rockland et d'un autre comté, juste au nord de New York. Des centaines de personnes pourraient déjà être infectées, selon des responsables de la santé publique.

La polio, à un trajet d'avion du Canada

Une partie du défi pour éradiquer la poliomyélite dans le monde vient en fait de l'approche de vaccination utilisée dans certaines régions. Alors que les pays à revenu élevé utilisent désormais un vaccin antipoliomyélitique inactivé administré par injection traditionnelle, d'autres s'appuient sur un poliovirus affaibli facile à administrer par voie orale.

Les deux types de vaccins ont contribué à freiner la propagation du virus dans le monde et, surtout, aucun ne peut provoquer une infection symptomatique chez la personne qui le reçoit.

Cela dit, comme la version orale se retrouve dans l'estomac des individus qui l'ingèrent, elle est évacuée du corps vers les systèmes de traitement des eaux usées, où, avec le temps, le virus peut reprendre une forme capable de provoquer la maladie.

Une fillette accroupie par terre reçoit une dose de vaccin oral.

Un travailleur de la santé afghan administre le vaccin contre la polio dans la banlieue de Jalalabad, en Afghanistan, le 6 novembre 2018.

Photo : Getty Images / NOORULLAH SHIRZADA

Dans certaines conditions, cela peut mener à une épidémie de poliomyélite, concède le Dr Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses à la University Health Network de Toronto. En fait, certaines régions du monde ont connu de petites épidémies de poliomyélite dérivée d'un vaccin.

Les tests de laboratoire effectués sur le cas à New York, par exemple, ont lié les échantillons de virus à une personne qui avait reçu le vaccin oral, qui n'a pourtant pas été utilisé aux États-Unis depuis 2000. Cela suggère que le virus provient de l'extérieur des États-Unis, un endroit où [le vaccin oral] est administré, analyse la santé publique.

À Londres, sur plus de 100 échantillons de poliomyélite identifiés dans les eaux usées, la plupart contenaient des virus issus de vaccins, selon l'Agence britannique de sécurité sanitaire, tandis que d'autres présentaient suffisamment de mutations pour ressembler davantage à la polio dite sauvage, qui peut avoir de graves effets sur la santé.

Les voyages internationaux, entre des pays où les taux de transmission de la poliomyélite sont élevés et les régions où les taux de vaccination sont à la traîne, pourraient finir par poser problème, estime Wes Hazlitt, un survivant de la poliomyélite et président du Post-Polio Network au Manitoba.

La poliomyélite n'est qu'à un voyage en avion.
Une citation de Wes Hazlitt, président du Post-Polio Network au Manitoba

Une couverture vaccinale satisfaisante, mais inégale

Alors, à quel point le Canada est-il à risque de vivre une épidémie de polio? Tout dépend des taux de vaccination, s'entendent pour dire plusieurs experts.

Si on note un relâchement au niveau des vaccins de base chez les enfants, soit la rougeole, les oreillons, la rubéole, la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et la poliomyélite, alors on risque de voir revenir ces maladies, avertit la Dre Anna Banerji, pédiatre et spécialiste des maladies infectieuses à Toronto.

La vaste majorité de la population canadienne est vaccinée contre la polio. Chez les enfants, le taux fluctue. Mais les dernières données fédérales, datant de 2017, montrent qu'environ 90 % des tout-petits ont reçu les trois vaccins requis contre la poliomyélite.

La couverture vaccinale est toutefois inégale au pays. En Colombie-Britannique et au Manitoba, le taux de vaccination contre la polio est inférieur à 90 %. Au Nunavut, il est d'environ 80 %.

Il faut aussi prendre en considération la possible perturbation de l'administration des vaccins de base chez les enfants en raison de la fermeture des écoles pendant l'épidémie de COVID-19.

Certaines poches de la population pourraient donc être vulnérables à la poliomyélite, estime Fatima Tokhmafshan, chercheuse et généticienne à l'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, mais selon elle, les Canadiens ne devraient pas trop s'en inquiéter.

Si vous voyez que quelque chose circule, c'est bien d'être sur vos gardes, mais pas de paniquer. [...] Assurez-vous que votre entourage est vacciné.

Avec les informations de CBC.

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