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L’organisme controversé Peuples unis du Canada crée une « force de sécurité privée »

La décision de l’organisme The United People of Canada (TUPOC) est « très très préoccupante » pour les résidents de la Basse-Ville, selon une association communautaire

William Komer pose devant l'église Ste-Brigid.

William Komer, l'un des directeurs de l'organisme Peuples unis du Canada

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

RCI

Une organisation controversée opérant à partir d'une église historique d'Ottawa a mis en place ce qu'elle appelle une « force de sécurité privée », affirmant cela nécessaire en raison de la réponse trop tardive de la police à ses préoccupations.

The United People of Canada (TUPOC) – enregistré en français sous Les Peuples Unis du Canada – indique avoir identifié des personnes qui, selon lui, ciblent son groupe. Il se dit prêt à s'assurer que la primauté du droit soit respectée dans le cadre de notre autorité légitime, selon William Komer, l'un des directeurs de son conseil d’administration.

M. Komer n'a cependant pas précisé si la force de sécurité serait composée de sous-traitants extérieurs ou de partisans du groupe.

Nous gardons ça privé, a-t-il déclaré mardi.

Les agences de sécurité et d'enquête de l'Ontario doivent avoir un permis valide, mais le ministère du Solliciteur général, qui les supervise, précise ne pas avoir entendu parler de l’initiative de The United People of Canada.

Le Ministère peut confirmer qu'il n'a eu aucun contact avec ce groupe et n'est au courant d'aucun plan que ce groupe pourrait avoir pour mettre en place une force de sécurité privée à Ottawa, a écrit un porte-parole du Ministère dans un courriel à Canadian Broadcasting Corporation.

Une association communautaire s'inquiète

Toujours est-il que cette initiative inquiète certains membres de la communauté qui se demandent pourquoi une force de sécurité privée est nécessaire.

Quand ils parlent d'une force de sécurité privée, cela soulève des questions parmi les citoyens qui se demandent : "Est-ce une milice?", demande Sylvie Bigras, présidente de l'Association communautaire de la Basse-Ville. C'est très très préoccupant.

M. Komer assure n’avoir aucune intention de créer un service d'autodéfense ou une milice, mais que son organisme souhaite juste mettre en place une force de sécurité légale.

Un commentaire daté du 4 août sur la page Facebook de l'organisation indique que l’organisme prévoit créer une force de sécurité importante et qu'il a chargé le premier membre de cette force de monter la garde.

Les agences de sécurité en Ontario doivent se conformer à la Loi sur les services privés de sécurité et d'enquête. Elles doivent également avoir un permis valide et ne peuvent embaucher que du personnel agréé. Le non-respect de la loi peut entraîner des amendes allant jusqu'à 250 000 $ et un an d'emprisonnement, indique le site web de la province.

Le Ministère n'a actuellement reçu aucune demande pour une agence de sécurité de la part de ce groupe, a ajouté, mardi, un porte-parole du Ministère dans un courriel à Canadian Broadcasting Corporation.

Une église vue de l'extérieur.

L'église Ste-Brigid, à Ottawa

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Le The United People of Canada est en voie d'acheter l'église Ste-Brigid, ancienne église et centre des arts de la Basse-Ville d’Ottawa.

Un service de police inadéquat, selon le The United People of Canada

Selon une déclaration écrite de l'organisme, la force sera composée d'agents de sécurité agréés, d'agents spéciaux ou d'agents de police rémunérés, d'enquêteurs privés agréés, de parties civiles et d'une équipe de liaison communautaire.

La force de sécurité privée est déjà opérationnelle, a expliqué M. Komer, mardi. Elle sera financée par des contributions communautaires, et le groupe envisage également de le sous-traiter à d'autres organismes ou entreprises, a-t-il ajouté.

De notre point de vue, nous ne recevons pas de service de police adéquat, a ajouté M. Komer, expliquant que la force assurera la protection de la propriété, de nos membres et des participants à divers événements et à diverses fonctions.

Interrogé sur les problèmes de sécurité rencontrés jusqu'à présent par le The United People of Canada, le directeur de l’organisme a raconté qu'une de leurs bannières a été volée, que certains de leurs drapeaux ont été volés et que leur propriété a été vandalisée. Mardi, le mot culte, écrit à la peinture en aérosol, pouvait être vu à l'avant de l’église Ste-Brigid. Des membres de l'organisation auraient également reçu des menaces de mort, selon M. Komer.

Ce dernier n'a pas été en mesure de fournir le nombre exact de plaintes que le groupe a déposées auprès de la police, mais il en a qualifié le nombre de considérable, sachant que le The United People of Canada n’occupe l’église Ste-Brigid que depuis quelque temps.

Bien qu'il ait fourni des informations à la police, M. Komer juge que les enquêteurs n'ont pas été assez rapides, de notre point de vue, en ce qui concerne le traitement de ces actes criminels.

Dans une déclaration à Canadian Broadcasting Corporation, le Service de police d'Ottawa (SPO) a précisé avoir quatre rapports en lien avec l'adresse du groupe sur la rue Saint-Patrick, bien que ceux-ci n'incluent peut-être pas les plaintes récentes déposées en ligne.

Le Service de police d'Ottawa continuera d'enquêter sur les incidents signalés à cette adresse et sur les problèmes de sécurité de la communauté, a-t-il indiqué.

Des membres de la police ont rencontré le The United People of Canada, la fin de semaine dernière, pour discuter de ces enjeux, ainsi que de la force de sécurité créée par le groupe.

La police dit avoir compris que la force de sécurité se composerait d'un agent de sécurité agréé pour surveiller la propriété 24 heures sur 24. Elle indique avoir également soulevé avec le groupe la question de la légalité d’un service de sécurité privé.

La vente imminente de l’église Ste-Brigid, que le The United People of Canada appelle L'ambassade, ne plaît pas à certains membres de la communauté. L'Association communautaire de la Basse-Ville a demandé à la Ville d'intervenir et d'acheter elle-même la propriété patrimoniale ou de fournir le financement à un organisme local pour le faire.

Des membres de la communauté ont également soulevé des questions sur les liens possibles entre l’organisme et la manifestation des camionneurs de l'hiver dernier.

M. Komer a catégoriquement nié tout lien avec la manifestation, même si un des dirigeants du The United People of Canada a partagé des messages de soutien au convoi sur les réseaux sociaux, alors qu’un autre s'est décrit comme un conseiller de Dwayne Lich, le mari d'une des chefs du convoi, Tamara Lich (nouvelle fenêtre).

Des conversations communautaires sur le convoi des camionneurs

L’organisme a également commencé à organiser des conversations communautaires à propos du convoi, cette semaine. La session de mercredi est un événement à micro ouvert avec Brian Derksen, le camionneur qui n’est jamais reparti, indique la page Facebook du groupe.

Selon une publication faite lundi, ces conversations communautaires sont parrainées par un site web appelé Vaccine Injury Awareness [Sensibilisation aux blessures causées par les vaccins - traduction libre].

La publication indique que si le The United People of Canada estime que quelqu'un manque de respect durant ces sessions, il pourrait lui être demandé de partir immédiatement et que s'il ne le fait pas, il pourrait faire l'objet d'une arrestation sans mandat en vertu des pouvoirs accordés aux Peuples unis du Canada par la Loi sur l'entrée sans autorisation.

M. Komer a précisé qu'aucune arrestation de ce type n'a été effectuée jusqu'à présent.

La présidente de l’Association communautaire de la Basse-Ville, Mme Bigras, ne comprend pas comment peuvent se concilier le message d’inclusion et d’ouverture du The United People of Canada, la création d’une force de sécurité et la mention de possibles arrestations.

Ils font des menaces, a-t-elle déclaré. Quand quelqu'un vous menace, cela ne vous met pas vraiment dans les bonnes conditions pour avoir une conversation positive.

Avec les informations de Dan Taekema, de CBC News

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