1. Accueil
  2. Santé
  3. Santé publique

Un risque excessif de cancer à Rouyn-Noranda, même en imposant la norme

La présence simultanée de contaminants empêche d'atteindre le risque acceptable de la santé publique.

Le Dr Luc Boileau en conférence de presse.

Le directeur national de santé publique, Luc Boileau, tiendra une conférence de presse à Rouyn-Noranda mercredi.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Thomas Gerbet
Thomas Gerbet

Les citoyens qui réclament l'imposition des normes québécoises sur l'arsenic et d'autres métaux à Rouyn-Noranda vont être déçus. La recommandation que fera le directeur national de santé publique, Luc Boileau, mercredi ne suffira pas pour garantir aux voisins de la Fonderie Horne le même niveau de risque que les autres Québécois.

Un calcul réalisé par Radio-Canada avec des experts en santé publique révèle que même en respectant les normes, le risque de cancer du poumon sera au moins 50 fois plus élevé que le risque considéré comme négligeable au Québec, soit un cas de cancer en excès sur un million de personnes exposées durant leur vie.

Maryse Bouchard, professeure à l'École de santé publique de l'Université de Montréal, explique que la situation de la Fonderie Horne est assez unique, il n'y a pas beaucoup de cas comme ça au Québec et au Canada où une multitude de contaminants sont émis.

C'est un cas de figure qui n'a pas vraiment été prévu quand on a élaboré les normes, que des personnes soient exposées à la concentration maximale permise non pas pour un, mais pour plusieurs polluants cancérigènes simultanément.
Une citation de Maryse Bouchard, professeure à l'École de santé publique de l'Université de Montréal
Deux cheminées s'élèvent dans le ciel.

Le nord du quartier Notre-Dame est situé à 100 mètres de la Fonderie Horne.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

La Fonderie Horne est le principal émetteur québécois d'arsenic (36 tonnes, l'an dernier), de nickel (10 tonnes) et de cadmium (811 kg). Il s'agit de trois cancérigènes reconnus qui augmentent les risques de cancer du poumon.

Le Québec fixe une norme d'émission pour chacun d'entre eux. La plus connue est celle des trois nanogrammes d'arsenic par mètre cube dans l'air (ng/m3). Chacune de ces normes est associée à un facteur de risque.

Méthodologie

Santé Canada, comme d'autres agences dans le monde, évalue le coefficient d'excès de risque unitaire de cancer (nouvelle fenêtre) par inhalation d'un contaminant dans l'air. Nous avons multiplié chaque coefficient de risque avec la norme québécoise pour l'arsenic, le cadmium et le nickel. Puis, nous avons additionné ces résultats.

Ce calcul, qui donne 52 cas excédentaires de cancer par million, est très prudent, car il n'inclut pas les facteurs de risques par ingestion et inhalation de poussières au sol. Aussi, il n'inclut pas les particules fines qui sont aussi des cancérigènes du poumon reconnus, mais pour lesquelles Santé Canada n'a pas de coefficient de risque.

Les données montrent que le nombre excédentaire de cas de cancers directement attribuables à la surexposition aux métaux (arsenic, nickel, cadmium) dépasse de loin ce qui est considéré acceptable, constate Maryse Bouchard.

Par ailleurs, le 6 juillet, à Rouyn-Noranda, l’Institut national de santé publique (INSPQ) évoquait l’hypothèse que les mélanges de substances pourraient avoir des effets multiplicatifs et pas seulement additifs.

Mardi, ni le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, ni le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue, ni l'Institut national de santé publique du Québec n'ont répondu à nos questions à ce sujet.

Lundi, le conseil municipal de Rouyn-Noranda a adopté à l'unanimité une résolution (nouvelle fenêtre) pour réclamer que Québec impose à la Fonderie Horne l'atteinte des normes québécoises pour l’ensemble des métaux lourds et des particules fines rejetées dans l’air. C'était une demande répétée des citoyens depuis plusieurs semaines (nouvelle fenêtre).

L'an dernier, la concentration moyenne d'arsenic à la station de mesure la plus proche de l'usine était de 87 ng/m3, loin de la norme de 3 ng/m3 que nous avons considérée dans notre calcul.

Pour le moment, la Fonderie bénéficie d'une exception qui lui permet d'émettre 100 ng/m3 en moyenne par année, soit 33 fois la norme. En ce qui concerne tous les autres métaux qu’elle rejette dans l’air (nouvelle fenêtre), la compagnie n’est assujettie à aucune norme.

Luc Boileau va dévoiler le plafond qu'il recommande

Selon nos informations, le directeur national de santé publique fera connaître mercredi sa recommandation pour une cible à imposer à la Fonderie Horne d'ici cinq ans. Le plafond que Luc Boileau proposera sera situé entre la norme de 3 ng/m3 et les 20 ng/m3 que la compagnie se dit capable d'atteindre au mieux de ses capacités technologiques et financières (nouvelle fenêtre).

Une cible annuelle à 20 ng/m3 ne permettrait toutefois pas de garantir l’absence d’effets neurodéveloppementaux pour les enfants (nouvelle fenêtre). Il faudrait pour cela fixer la barre à 15 ng/m3 ou moins.

Un plafond quotidien

Comme évoqué le mois dernier (nouvelle fenêtre), le gouvernement du Québec envisage également d'imposer un plafond d'émissions quotidiennes à la Fonderie. La norme annuelle étant une moyenne, le chiffre peut cacher des variations considérables. Par exemple, certaines journées, les émissions d'arsenic ont parfois atteint plus de 1000 ng/m3, selon ce qu’a révélé Le Devoir. Pour sa recommandation, Luc Boileau pourra s'inspirer de ce qui se fait en Ontario et au Nouveau-Brunswick, avec une norme de 300 ng/m3 sur 24 heures.

Malgré la conférence de presse du Dr Boileau, à 14 h, c'est le ministère de l'Environnement du Québec qui aura le dernier mot sur la cible à imposer. Le ministre Benoit Charette doit d'ailleurs faire connaître sa position, la semaine prochaine, et des consultations publiques auront lieu par la suite.

Mercredi, l'Institut national de santé publique du Québec doit aussi dévoiler un complément à son étude sur les risques associés aux métaux lourds à Rouyn-Noranda. Après la publication d'un rapport sur l'excès de risques du cancer du poumon (nouvelle fenêtre), le mois dernier, les chercheurs en santé publique se sont penchés sur l'association entre les métaux lourds et les risques de maladies pulmonaires obstructives chroniques, les retards de croissance in utero ainsi que les bébés de faible poids (nouvelle fenêtre).

Thomas Gerbet
Thomas Gerbet

À la une