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Des experts s’attendent à une baisse du prix du homard dans les Maritimes

Des casiers à homard empilés dehors.

Le reportage de Nicolas Steinbach sur le prix du homard.

Photo : Radio-Canada / Mina Collin

RCI

Les pêcheurs de homard du détroit de Northumberland ont profité de saisons exceptionnelles avec des prix élevés et des prises abondantes durant les deux dernières années. À quelques jours du début de la nouvelle saison de pêche, des experts et des transformateurs estiment que les prix vont baisser cette année.

Paul Farrah, un acheteur de homard qui se spécialise dans la vente en Asie du homard vivant, indique que les exportations de son entreprise, Partner Seafood, ont chuté de 50 % comparativement à l'année dernière à la même date.

Cela n’augure pas très bien pour la nouvelle saison, selon lui. Les marchés pour le homard sont instables.

Partner Seafood s’attend à des prix payés aux pêcheurs malheureusement plus bas qu’au printemps et à un marché plus frileux au niveau de l’importation du homard, affirme-t-il. Je n’ai pas de prix en tête, mais je sais que ça va être plus bas qu’au printemps. C'est impossible d’être au même niveau.

Exportations en Asie

Partner Seafood avait de nombreuses commandes en Asie pour le homard du printemps. On n’a aucune commande pour le moment pour le homard d’automne, relate Paul Farrah.

Selon ce dernier, cette situation s’explique en partie par des mesures sanitaires anti-COVID-19 en Chine ainsi que par l’instabilité actuelle de cette région avec les tensions impliquant Taïwan.

Un homme portant une combinaison nettoie la rue.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

Un travailleur de la santé nettoie la rue où des citoyens font la queue pour un test de dépistage de la COVID-19, en Chine.

Photo : afp via getty images / NOEL CELIS

Cette année, le bémol, c’est que la Chine a fermé ses marchés pendant trois mois. Pékin et la plupart des marchés chinois qui tiraient les exportations vers le haut ont été fermés à cause de la COVID-19. Quand on a un lockdown, les restaurants ferment, tout ferme. Donc, la demande était beaucoup plus faible, explique-t-il.

Également président-directeur général de l’entreprise Xtreme Cold, un immense entrepôt frigorifique, Paul Farrah affirme que de plus en plus de transformateurs louent de l'espace dans ses installations pour stocker des fruits de mer, en raison d’un marché et d’un prix incertains.

Le marché américain

Les États-Unis, qui constituent le plus grand acheteur de fruits de mer du Canada, semblent aussi traîner de la patte.

Selon le directeur général du Conseil canadien du homard, Geoff Irvine, les fruits de mer, considérés comme étant un produit de luxe, ne sont pas une priorité en ce moment pour les consommateurs américains.

Les Américains ont été confrontés à une très forte inflation des denrées alimentaires […] en plus d’une inflation sur tout. Ils ont donc dû faire des choix sur ce pour quoi ils dépensent leur argent, lance-t-il. C’est ce qui a affecté les prix du marché et qui affecte le prix, du bateau jusqu’au producteur.

Puisque les marchés sont plus diversifiés, Geoff Irvine ne croit pas que le prix du homard chutera aussi considérablement que celui du crabe des neiges au printemps dernier.

Geoff Irvine souriant, à l'extérieur.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

Geoff Irvine, directeur général du Conseil canadien du homard.

Photo : Conseil canadien du homard

Le crabe est plus touché parce que le marché est principalement américain, explique-t-il.

Nous avons d’autres marchés où nous pouvons vendre des produits du homard. Ça ne fait que renforcer, encore une fois, l’importance de la diversité commerciale.

Par exemple, les clients européens sont de leur côté bien au rendez-vous pour le homard d’automne.

Geoff Irvine envisage néanmoins que le marché est en ajustement et que l’on doit s’attendre à des prix d’avant pandémie.

Inquiétudes des pêcheurs

La saison de pêche au homard dans la zone 25, entre le Nouveau-Brunswick, l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse, devrait commencer jeudi matin. Elle devait commencer mardi, mais elle a été reportée en raison des conditions météorologiques défavorables.

Du côté des pêcheurs, la baisse possible du prix du homard n’est pas de bon augure. Ces derniers connaissent aussi une hausse du coût de la vie. Le prix du homard risque de diminuer, alors que les coûts de l’équipement de pêche et du carburant ont pour leur part augmenté.

L’an dernier, les pêcheurs de la zone 25 ont reçu 7 $ la livre au début de la saison et ils ont terminé la saison à 9,75 $.

L’incertitude règne sur les quais cette année, car les pêcheurs ne savent toujours pas quel prix ils recevront pour leurs prises.

Les marchés sont en recul, tout de suite, depuis les six [derniers mois], souligne le conseiller en pêche de l’Union des pêcheurs des Maritimes, Luc LeBlanc. On n’a pas de prix pour le homard. Normalement, on aurait eu un prix une journée ou deux avant la pêche. Là, on n’en a pas. C’est le silence total de la part des transformateurs. On nous dit de continuer comme si de rien n’était.

Un homme devant un quai où sont amarrés des bateaux de pêche.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

Luc LeBlanc, conseiller en pêche de l’Union des pêcheurs des Maritimes.

Photo : Radio-Canada

Pour le moment, l’Union des pêcheurs des Maritimes n’a pas encore de discussions avec ses membres sur la cadence des débarquements.

On ne demandera donc pas pour le moment aux pêcheurs de ne pas sortir en mer certains jours, en raison des surplus en stock.

Ni l’Union des pêcheurs des Maritimes ni les experts ne parlent d’effondrement des marchés, mais tous s’entendent pour dire qu’une certaine incertitude règne.

D’après le reportage de Nicolas Steinbach

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