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Un homme d’affaires trahi par Facebook après avoir floué Ashton Leblond

montage photo montrant les deux hommes.

Christian Gosselin (à gauche) a convaincu Ashton Leblond d'investir dans son entreprise, ce qui a entraîné d'importantes pertes financières chez le restaurateur à la retraite.

Photo : Photo montage Facebook et Radio-Canada

Yannick Bergeron, journaliste à Radio-Canada.
Yannick Bergeron

Floué, le fondateur des restaurants Ashton lance un appel aux investisseurs : soyez vigilants.

Depuis plus de trois ans, Ashton Leblond tente de récupérer un investissement qu'il a fait auprès d'un homme d'affaires québécois qui s’était installé en Floride.

Ashton Leblond a obtenu un jugement de la Cour supérieure du Québec, en septembre 2019, condamnant Christian Gosselin et son entreprise à lui verser 288 000 $ US.

Comme Gosselin vivait alors aux États-Unis, Ashton Leblond n'a pas pu faire exécuter le jugement.

Ashton Leblond.

Ashton Leblond a fait la connaissance de Christian Gosselin en Floride, à l'hiver 2017.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

La rencontre

Tout commence en 2017, alors qu'Ashton Leblond séjourne en Floride pendant l'hiver.

Il y fait la connaissance de Christian Gosselin et de sa conjointe, des gens très gentils et charmants , insiste le fondateur de la chaîne de restauration rapide qui porte son nom.

Le couple vient de déménager en Floride après avoir vendu sa maison au Québec.

Gosselin, un ancien joueur de hockey professionnel repêché par les Devils du New Jersey, se présente comme un investisseur.

Il demande à Ashton Leblond de l'appuyer dans son projet baptisé Home Getaways.

Gosselin, devant des affiches du projet.

Christian Gosselin a sollicité des investisseurs pour le projet Home Getaways.

Photo : Facebook Home Getaways

En collaboration avec l'entreprise Permastructures, il projette de construire des maisons modulaires destinées au marché américain.

Il parlait toujours de 10-12 maisons par année qu'il pouvait faire, puis c'était logique aussi, expose Ashton Leblond en entrevue à Radio-Canada.

Le restaurateur investit au départ 150 000 $ US avec la promesse qu'il touchera 10 % des ventes, comme le stipule un contrat entre les parties.

À ma grande surprise, il a fait deux maisons. Deux ou trois maisons. Il n'a jamais voulu me donner mon 10 %, relate M. Leblond.

Le projet ne semble pas lever et Gosselin va de nouveau solliciter l'aide de M. Leblond. Puis c'est là que je suis fâché après moi, déplore le septuagénaire en se mordant les lèvres.

Le document porte le titre BAIL IMMOBILIER COMMERCIAL.

Le bail signé entre Ashton Leblond et Christian Gosselin pour la location du terrain sur lequel une maison modèle devait être construite.

Photo : Radio-Canada

Il ajoute alors 80 000 $ US pour que Home Getaways puisse bâtir une maison modèle.

Ce bâtiment doit être construit sur le terrain que possède Ashton Leblond, dans un luxueux parc de véhicules récréatifs à Margate, au nord-ouest de Fort Lauderdale.

L'entreprise de Gosselin s'engage aussi par contrat à verser à Ashton Leblond un loyer pour la location du terrain.

Moi, j'ai donné 80 000 $, de cash, pour construire la maison, pour faire un départ. Il n'a jamais demandé les permis, il n'a jamais mis un piquet pour localiser la maison sur le terrain.
Une citation de Ashton Leblond

Très active en 2017, la page Facebook de Home Getaways n'a pas de nouvelles publications depuis le mois de décembre de cette même année.

En entrevue téléphonique, Christian Gosselin se défend.

Moi, je suis une victime dans tout ça, je suis très déçu comment tout ça a viré, assure-t-il.

Il jette le blâme sur Permastructures, disant avoir dû composer avec des délais de livraison et des difficultés dans l'obtention des permis municipaux.

Christian Gosselin.

Christian Gosselin affirme qu'il n'a rien à se reprocher.

Photo : Facebook de Christian Gosselin

Preuve convaincante

Après avoir intenté une poursuite contre Christian Gosselin en 2019, la Cour supérieure a donné raison à Ashton Leblond la même année. La juge Michèle Lacroix a même qualifié l'analyse de la preuve de convaincante.

Avec les intérêts, ce jugement pourrait permettre à Ashton Leblond de toucher près d'un demi-million de dollars canadiens, aujourd'hui.

Celui qui a vendu sa chaîne de restauration rapide plus tôt cette année ne se fait pas d'illusion. Il nourrit peu d'espoir de voir Gosselin le rembourser.

Pas le seul

En 2017, un autre homme d'affaires a obtenu un jugement favorable contre Christian Gosselin dans des circonstances similaires.

Simon Beaulieu a investi 35 405 $ CA dans Home Getaways.

Dans une déclaration sous serment, un courtier immobilier qui a bien connu Gosselin affirme qu'il a utilisé personnellement les sommes investies par Simon Beaulieu.

Le courtier Christian Giroux ajoute avoir réalisé que plusieurs personnes avaient investi des sommes de plusieurs dizaines de milliers de dollars dans Permastructures, l'entreprise partenaire de Christian Gosselin.

Dans cette déclaration déposée pour soutenir la poursuite d'Ashton Leblond, il donne l'exemple d'un Américain qui a déboursé environ 200 000 $ US.

Selon le document judiciaire, Christian Gosselin et son partenaire de Permastructures, Robert Dubois, ont détourné la somme à des fins personnelles.

Le courtier jure qu'il a eu connaissance que Gosselin a utilisé l'argent de l'investisseur américain pour payer le loyer de sa maison familiale et la meubler.

Photo du document judiciaire.

La déclaration sous serment de Christian Giroux, dans laquelle il affirme que Christian Gosselin a utilisé l'argent d'un investisseur américain à des fins personnelles.

Photo : Radio-Canada / Yannick Bergeron

En entrevue, Christian Gosselin réfute cette affirmation, faite sous serment par le courtier.

Il reconnaît cependant qu'il a une dette importante envers cet investisseur américain, de même que différentes personnes, dont un couple de personnes âgées de Québec.

La femme du couple, à qui nous avons parlé, a dû réhypothéquer sa maison pour éponger ses pertes.

La dame de 78 ans, qui préfère garder l’anonymat, affirme que son conjoint, ingénieur de métier, a commencé à investir dans les projets de Christian Gosselin plusieurs années avant qu'il ne s'installe en Floride et lance Home Getaways.

Elle ne croit plus aux promesses répétées de Christian Gosselin, de rembourser ses dettes.

Christian Gosselin confirme que le couple âgé a peu de chance de ravoir son argent, à court terme.

Vous comprenez que j'avais de gros projets, moi là. J'avais de très grands projets. Oui, j'avais des remboursements à faire. Oui, j'allais rembourser dans les prochains cinq ans, peut-être, ou peu importe, tout le monde qui avait des ententes avec moi. Mais là, ces remboursements-là ne sont pas possibles. Je n'ai même pas les moyens de me payer un avocat.
Une citation de Christian Gosselin

Ashton Leblond a été bouleversé d'apprendre que le couple d’aînés était incapable de se faire rembourser.

Ils n'ont pas les moyens de perdre ça. Ce sont des gens âgés, ils sont à la retraite, ils ont juste ça pour vivre, puis il leur a pris l'argent. C'est épouvantable, c'est épouvantable, se désole M. Leblond.

Les bras croisés, Ashton Leblond regarde le journaliste.

Ashton Leblond a peu d'espoir de revoir les 230 000 $ US qu'il a investis dans le projet Home Getaways.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Trahi par Facebook

Même avec en main un jugement depuis 2019, Ashton Leblond n’a jamais pu récupérer son argent. Les avocats d'Ashton Leblond ont finalement retrouvé Christian Gosselin au Québec, alors qu’il était de passage en juillet.

Il a été trahi par un message publié sur Facebook par sa conjointe.

Sous une publication où on peut la voir à Québec, elle répond à une amie qu'elle est effectivement dans la province pour encore quelques jours.

Profitant de l’occasion, les avocats de M. Leblond ont sommé Gosselin de se présenter devant eux pour le questionner sur ses avoirs et sa capacité de remboursement.

L’homme de 45 ans ne s’est pas présenté au rendez-vous.

Les procureurs d’Ashton Leblond se sont donc tournés de nouveau vers la Cour supérieure pour réclamer un mandat de l’amener - d’urgence - avant qu’il ne retourne aux États-Unis.

« Proche de la fraude »

Le juge Louis Dionne, qui a examiné la demande en l’absence de Gosselin, a fait ce commentaire lors de l'audience : Disons que, dans mon livre à moi, ça s'approche de la fraude, a laissé tomber le magistrat.

Le juge a délivré l'ordonnance demandée et Gosselin s’est finalement présenté au rendez-vous fixé par les avocats d'Ashton Leblond pour l’interroger.

Même s'il a très peu d'espoir de récupérer son argent, M. Leblond a tenu à payer les frais pour faire cette démarche et contraindre Christian Gosselin à témoigner.

Pour le mettre à l'ordre ou lui donner une leçon d'honnêteté et de franchise, s'exclame le restaurateur nouvellement retraité.

Méfiance

Aujourd'hui, Ashton Leblond profite de sa retraite et veut continuer d'aider de jeunes entrepreneurs. Il l'a encore fait dernièrement en investissant dans une jeune entreprise. Mais il est beaucoup plus prudent.

Je me méfie, c'est bien sûr, quand tu te fais avoir de même, confie-t-il.

Ashton Leblond en entrevue avec le journaliste Yannick Bergeron.

Ashton Leblond veut sensibiliser la population sur les précautions à prendre avant d'investir.

Photo : Radio-Canada

Il a d'ailleurs accepté de lever le voile sur sa déveine avec Christian Gosselin et le projet Home Getaways pour lancer un message à la population.

Faut pas investir à l'aveuglette, précise-t-il. Il conseille de rester vigilant et d'exiger des documents. Faut avoir des pro forma, des plans des nouveaux projets. Ça, c'est une priorité, et après ça, avoir des bilans de capacité monétaire, insiste Ashton Leblond.

Christian Gosselin, qui soutient avoir été lésé par Permastructures pour expliquer sa déconfiture, n’a intenté aucun recours contre cette entreprise.

Il n’a pu présenter de défense lors du procès entrepris par Ashton Leblond, la cause ayant procédé par défaut en son absence.

Christian Gosselin aurait pu demander une rétractation du jugement lorsqu’il en a pris connaissance, mais il ne l’a pas fait.

Avec la collaboration de Marie-Josée Paquette-Comeau

Yannick Bergeron, journaliste à Radio-Canada.
Yannick Bergeron

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