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COVID-19 : et si on pouvait offrir un purificateur d’air pour 100 $ par classe?

Quatre boîtes par terre dans un garage.

Des boîtes Corsi-Rosenthal, à l'Université de la Californie

Photo : Twitter / Richard Corsi

Mélanie Meloche-Holubowski

Un ventilateur, quatre filtres MERV13, du ruban adhésif et moins d’une heure d’assemblage. Voilà tout ce qu’il faut pour construire une boîte Corsi-Rosenthal qui permet de purifier l’air et de réduire les risques de transmission de la COVID-19. Entrevue avec Richard Corsi, l’un des co-inventeurs de cette boîte, qui a été adoptée par des milliers d’écoles à travers le monde.

Dès le début de la pandémie, Richard Corsi, qui étudie depuis des décennies la qualité de l'air intérieur et qui a notamment contribué dans le passé à l'élaboration d'un programme de génie environnemental à l'Université de Guelph, s'est donné le défi de trouver des solutions pratiques pour endiguer la propagation du virus.

Ce doyen du Davis College of Engineering de l’Université de la Californie savait que le virus peut se transmettre par des aérosols et des gouttelettes et donc qu’il est possible de réduire les risques de transmission en purifiant l’air.

Je me demandais comment construire quelque chose qui serait moins cher [qu’un purificateur d’air HEPA], tout en réduisant la quantité de particules du virus que respirent les gens.

En fin de compte, la solution était d’une simplicité déconcertante, dit-il.

M. Corsi s’est inspiré des gens qui installent un filtre sur un ventilateur dans le but de réduire la quantité de particules nocives lors de feux de forêt. J’ai pensé que si nous pouvions faire passer beaucoup d'air à travers plusieurs filtres MERV 13, nous pourrions éliminer beaucoup de particules dans l'air.

Il savait que ce modèle basique devait être amélioré et adapté pour une utilisation de longue durée. Il a partagé son idée sur les réseaux sociaux et rapidement, il a eu l’aide de Jim Rosenthal, le président-directeur général d’une compagnie de filtres au Texas.

La boîte a d’ailleurs été nommée en l’honneur des deux ingénieurs.

Elle est composée de quatre filtres MERV13 et d’un ventilateur carré de même taille que les filtres, assemblés à l’aide de ruban adhésif. L’air rentre dans la boîte par les filtres sur les côtés, aspiré par le ventilateur, dont l'hélice doit être tournée vers la sortie d’air, sur le dessus de la boîte.

Image de la composition de la boîte.

La boîte Corsi-Rosenthal est composée de 4 filtres MERV13, d'un ventilateur carré, de deux morceaux de carton et de ruban adhésif.

Photo : Edge Collective

À la suggestion d’un internaute, ils ont ajouté un déflecteur de ventilateur en carton par-dessus le ventilateur pour prévenir trop de résistance de l’air, ce qui aurait fragilisé le moteur.

M. Corsi suggère de remplacer les filtres à air tous les 6 mois.

Efficacité démontrée

Quatre filtres et un ventilateur par terre.

Il est possible de construire une boîte Corsi-Rosenthal à la maison, en moins d'une heure.

Photo : Twitter / Richard Corsi

L’efficacité de la boîte a été testée par des chercheurs de l'Université de Californie, affiliés au Western Cooling Efficiency Center de Davis, et les résultats ont été publiés dans le journal Aerosol Science and Technology (nouvelle fenêtre).

La boîte s’est avérée incroyablement efficace, dit Richard Corsi. Des tests ont montré qu’ils sont plus efficaces que des purificateurs d'air HEPA, beaucoup plus chers.

Par exemple, les experts recommandent généralement cinq à six changements d'air par heure dans les espaces partagés, ce qui signifie que tout le volume d'air d'une pièce est remplacé toutes les 45 minutes. Une boîte Corsi-Rosenthal réussit à faire sept ou huit changements d’air par heure.

C’est énorme. La plupart des systèmes de ventilation mécanique dans les bâtiments ne peuvent pas changer l’air aussi souvent, dit M. Corsi.

Un homme pointe vers quatre purificateurs d'air.

Richard Corsi et Jim Rosenthal n'ont pas breveté la boîte, puisqu’ils souhaitent qu’elle demeure accessible au grand public.

Photo : Twitter / Richard Corsi

S’il n’est pas possible de dire avec exactitude combien de particules de SRAS-CoV-2 sont filtrées par une boîte, M. Corsi rappelle que ces types de filtres sont déjà reconnus pour éliminer les particules de pollen, les spores de moisissures et autres particules polluantes. Même si on ne parlait pas de COVID-19, ça serait une bonne idée.

Il ajoute que l’utilisation de la boîte Corsi-Rosenthal est beaucoup moins énergivore que certains systèmes de ventilation mécanique.

Un outil de plus dans l'arsenal

Malgré l’efficacité de la boîte, M. Corsi croit que le port du masque demeure le moyen le plus efficace pour réduire la propagation de la COVID-19. Mais il reconnaît que cette mesure est désormais politisée et qu’il faut trouver d’autres moyens de protéger les gens.

Sans masque, une autre façon de réduire la quantité de virus qu’on respire est d’améliorer la ventilation et la filtration de l’air.
Une citation de Richard Corsi, Davis College of Engineering de l’Université de la Californie

Selon M. Corsi, la boîte Corsi-Rosenthal est un outil supplémentaire dans la lutte contre ce virus et est encore plus pertinente depuis le retrait de toutes les mesures sanitaires.

C’est pourquoi il est surpris lorsqu’il entend que certaines autorités, dont le gouvernement du Québec, hésitent à utiliser les purificateurs d’air. En fait, en février, la santé publique a indiqué à La Presse (nouvelle fenêtre) qu’un purificateur d’air n’offre pas de valeur ajoutée lorsque la ventilation est adéquate dans une classe. Hier, le ministre de l'Éducation a indiqué qu'il privilégie la ventilation naturelle (nouvelle fenêtre), soit l’ouverture des fenêtres, même en hiver.

Jim Rosenthal avait d’ailleurs critiqué le gouvernement du Québec à ce sujet : Excusez-moi, mais la décision du gouvernement du Québec de ne pas acheter des purificateurs d’air HEPA est stupide. C’est basé sur l’idée ridicule que les filtres HEPA augmentent le risque [de transmission]. Quoi? écrivait-il sur Twitter en avril 2021 (nouvelle fenêtre).

Selon M. Corsi, le plus gros risque associé à son utilisation est que quelqu'un trébuche sur la boîte!.

Le gouvernement du Québec a en partie modifié sa position et, depuis, le ministère de l’Éducation a distribué un peu plus de 1500 échangeurs d’air (nouvelle fenêtre), au coût de près de 13 millions de dollars. En comparaison, à 100 $ chaque, 1500 boîtes Corsi-Rosenthal auraient coûté 150 000 $.

Portrait d'un homme assis sur un banc de parc.

Richard Corsi étudie la qualité de l'air depuis de plusieurs décennies.

Photo : Twitter / Richard Corsi

Déjà quelques boîtes dans des écoles du Québec

Depuis près de deux ans, les boîtes Corsi-Rosenthal sont utilisées dans des centres d’entraînement, des écoles, des restaurants, des hôpitaux, des bureaux aux États-Unis, en Inde, en Europe, en Nouvelle-Zélande. Des écoles et même des groupes comme les scouts ont organisé de grandes corvées pour construire plusieurs boîtes.

M. Corsi utilise une de ces boîtes à la maison lorsqu’il reçoit de la visite et il a fait installer des boîtes dans la majorité des salles de classe de l’université où il est maintenant doyen.

Au Québec, quelques personnes ont choisi d’aller à contre-courant et d’installer ces boîtes.

Lyne, une mère et bénévole dans une bibliothèque d’école primaire en Mauricie, a obtenu l’accord de l’enseignante avec qui elle partageait un local.

Je savais que la boîte de Corsi-Rosenthal allait nous offrir un plus, et cela suffisait pour l’utiliser. Un [filtre] HEPA qui fonctionne est mieux que pas de HEPA du tout, n’en déplaise à la santé publique, dit cette mère.

Pour moins de 50 $, elle a trouvé toutes les pièces nécessaires pour construire la boîte. À ce prix-là, il n’était pas question que je m’en passe.

Une boîte composée de filtres est placée sur une table.

La boîte de Mme Lyne dans une salle de classe qui accueillait aussi la bibliothèque.

Photo : Lyne, bénévole

Depuis novembre 2021, une boîte Corsi-Rosenthal fonctionne à basse vitesse tous les jours de classe, de 7 h 30 à 15 h. La mère a expliqué aux élèves le fonctionnement et l'utilité de la boîte. Ce sont les élèves qui partent la machine chaque matin. Ils ont été très respectueux et n’ont jamais cherché à la toucher.

Les journées où les enfants ne pouvaient pas sortir en raison de la météo, on augmentait la vitesse du ventilateur, même si c’était plus bruyant.

Généralement, la boîte atteint entre 58 et 67 décibels. Un frigo émet en moyenne 50 décibels.

Si cette mère dit ne pas pouvoir mesurer scientifiquement l’impact de la boîte, cette classe n’a pas connu d'éclosion. De plus, elle a remarqué que le local a beaucoup moins de poussière et d’allergènes avec la boîte.

Est-ce que ça a joué sur la contamination? Peut-être. J’ose l’espérer. J’y crois.
Une citation de Lyne, mère et bénévole dans une école

Lyne affirme qu’il est stupéfiant et honteux que cette simple solution soit boudée au Québec.

À Gatineau, le directeur de l’école primaire Pierre Elliott Trudeau (nouvelle fenêtre) a choisi d’installer une boîte Corsi-Rosenthal dans chacune de ses 28 classes. L’école a d’ailleurs obtenu une subvention du gouvernement du Québec pour cette activité innovatrice.

David McFall dit que l’ajout de capteurs de CO2 dans les classes par le gouvernement a été très apprécié. Par contre, il cherchait d’autres moyens de réduire le risque de transmission, tout en offrant une activité éducative à ses élèves.

Il n’y a pas de solution magique. Mais chaque action s’additionne et nous permet d’avoir un environnement sécuritaire pour les enfants et le personnel.
Une citation de David McFall, directeur d'école

Sur une période de sept jours, les élèves de cinquième et de sixième année ont construit assez de boîtes Corsi-Rosenthal pour toute l’école. Les jeunes ont ensuite expliqué aux autres élèves comment fonctionnait l’appareil.

M. McFall ajoute que ces boîtes ne sont pas plus bruyantes qu’un ventilateur conventionnel.

Cette année, les classes utiliseront encore une fois les boîtes Corsi-Rosenthal; l’école n’aura qu’à changer les filtres.

Une occasion pour éduquer

Des élèves prennent des mesures.

Des élèves de l'école Pierre Elliott Trudeau à Gatineau ont construit des boîtes Corsi-Rosenthal l'année dernière.

Photo : David McFall

Richard Corsi est heureux de voir que ces boîtes ont suscité autant d’engouement, mais, en tant qu’éducateur, il est encore plus enchanté de voir qu’elles ont mené à une prise de conscience sur l’importance de la qualité de l’air.

C'est une façon d'enseigner aux enfants qu'on peut être un ingénieur-citoyen, qu'on peut construire quelque chose de bénéfique. Les enfants ont appris ce qu’est un flux d'air, des particules, des aérosols. Lorsqu’ils branchent la boîte, ils ont un sentiment d’accomplissement.

David McFall abonde dans le même sens. Les élèves sont très conscients des risques associés à la COVID-19. Les boîtes leur ont donné la chance de faire partie de la solution. Il espère que d’autres écoles fabriqueront leurs propres boîtes pour faire face à de possibles vagues automnales ou hivernales de COVID-19.

Construire une boîte Corsi-Rosenthal (instructions en anglais)

Mélanie Meloche-Holubowski

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