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Traque des sources d’E. coli dans le fleuve à bord du Lampsilis

Des chercheurs sont sur le pont d'un navire de recherche scientifique.

Le navire de recherche Lampsilis de l'Université du Québec à Trois-Rivières permet aux chercheurs d'étudier l'état de santé du fleuve Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada

Jacob Côté, journaliste à Trois-Rivières.
Jacob Côté

D’où proviennent les coliformes fécaux qui forcent parfois la fermeture de certaines plages? Des chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) sillonnent le Saint-Laurent à bord d’un laboratoire flottant pour obtenir une réponse. Et leurs résultats préliminaires sont surprenants. Le rôle des municipalités pourrait être plus grand qu’on ne le croyait.

Cette observation provient de l’équipe du professeur François Guillemette, qui échantillonne les eaux du Saint-Laurent, de la sortie du lac Ontario jusqu'à la ville de Québec depuis plusieurs années.

Une chercheuse tient un papier filtre sur lequel se trouvent des colonies de bactéries « E. coli ».

Les échantillons d'eau recueillis par les chercheurs sont analysés à bord du navire pour dénombrer les colonies de bactéries « E. coli » que contiennent les diverses masses d'eau. Souvent accompagnée, la bactérie « E. coli » est également révélatrice de la présence d'autres pathogènes.

Photo : Radio-Canada

La bactérie E. coli, qui vit dans les intestins des êtres humains et des animaux à sang chaud, peut provenir des déversements d’eaux usées, du ruissellement des milieux agricoles et de la contamination d’origine aviaire. Longtemps montrées du doigt, les fermes agricoles rejettent cependant moins d’E. coli que les activités humaines, observe le chercheur.

On pensait comme beaucoup de gens que certains tributaires pouvaient amener des charges importantes de bactéries de sources agricoles. On a retrouvé certaines sources bovines dans quelques tributaires de la rive sud, mais dans le fleuve, c’est principalement une source humaine, indique François Guillemette.

François Guillemette est dans la cabine de pilotage d'un bateau.

François Guillemette est professeur au Département des sciences de l'environnement de l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Photo : Radio-Canada

Cette année, le chercheur retrace l’origine des coliformes fécaux repêchés par le navire. On a commencé à étudier la génétique des fameuses bactéries pour voir si on peut relier cette bactérie à un humain, un porc, une vache ou une poule, explique-t-il.

Qualité d’eau impropre à la baignade

Perché à l’avant du navire, Matthew Chapman scrute un archipel dans les environs de Varennes. C’est dans le but de transmettre les connaissances scientifiques au public que l’équipage l’a invité à bord du Lampsilis. Ce militant écologiste s’est porté acquéreur de l’île à la Truie en 2020. Bien que bucolique, l’île baigne dans les rejets d’eaux usées de la ville de Montréal.

J’aimerais me baigner et voir mes enfants se baigner, mais ce n’est pas possible à l’heure actuelle à cause de la pollution de l’eau, déplore-t-il.

Matthew Chapman s'appuie sur la rambarde à la proue d'un bateau.

Propriétaire de l'île à la Truie, Matthew Chapman milite pour une meilleure qualité de l'eau du fleuve Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada

Les dernières missions du Lampsilis ont révélé la présence de fortes concentrations de coliformes fécaux sur la rive nord du fleuve à partir de Montréal jusqu'au lac Saint-Pierre. Les taux d’E. coli dans l’eau y dépassent largement la norme d'autorisation de la baignade, fixée par le ministère de l’Environnement à 200 colonies de bactéries par 100 millilitres d’eau.

Ce n’est pas une bonne idée d’être près de l’exutoire de Montréal, souligne François Guillemette. On a des comptes super élevés de l’ordre du million [de coliformes fécaux par 100 millilitres d’eau], qui vont descendre vers les 5000 sur les rives du lac Saint-Pierre ou vers les 3000 selon les années.

La Ville de Montréal rejette dans le Saint-Laurent des eaux usées qui n’ont subi qu’une transformation primaire. La station Jean-R.-Marcotte, sa principale usine d’épuration des eaux usées, devrait être dotée d’un système de désinfection à l’ozone en 2025. D’ici là, les bactéries, les virus et les résidus pharmaceutiques continueront à être rejetés dans le fleuve entre l'île de Varennes et l’île aux Vaches.

Un navire et un quai flottent sur une portion du fleuve Saint-Laurent.

C'est ici, entre l'île aux Vaches et l'île de Varennes, que sont rejetées les eaux usées de la ville de Montréal. Un remous brunâtre est observable à proximité.

Photo : Radio-Canada

Les baigneurs qui s’aventurent dans l’archipel s’exposent notamment à des réactions cutanées et à des ennuis gastriques. On voit souvent des enfants nager dans l’eau, des bateaux et des motomarines interagir étroitement avec le fleuve, mais ces gens-là ignorent qu’il y a beaucoup d’E. coli, de métaux lourds et d'autres contaminants qui peuvent leur être très nocifs, précise Elizabeth Grater, chef de mission du navire Lampsilis.

À plusieurs endroits de cette portion du fleuve, même à bord d’une embarcation, les plaisanciers sont exposés à une concentration de coliformes fécaux qui excède la limite de 1000 colonies par 100 ml d’eau autorisée pour les activités de contact indirect, par exemple la voile et le canotage.

Pollution riveraine

La ville de Montréal n’est pas la seule responsable de la pollution du fleuve. Il y a beaucoup de rivières qui coulent dans le Saint-Laurent, qui amènent des charges importantes d’E. coli, note François Guillemette. Ce que nos recherches ont mis en lumière, c’est que le fleuve est composé de différentes masses d’eau qui coulent côte à côte. Ces masses d’eau ne vont pas se mélanger et vont garder leur charge en cellules pathogènes longtemps dans le Saint-Laurent.

Selon le chercheur, les eaux des rivières rebondissent en quelque sorte sur la masse d’eau centrale en provenance des Grands Lacs avant de revenir vers la rive, où elles restent confinées avec leur propre charge bactériologique.

On voit qu’il y a une tendance forte de contamination en rive qui n’a rien à voir avec Montréal. Ce sont les municipalités du nord qui contaminent la rive nord jusqu’à Trois-Rivières, relève le chercheur.

Des efforts soutenus devront être déployés pour rejeter des eaux plus propres. Les observations du Lampsilis mettent en lumière le chantier qui attend les municipalités.

Est-ce qu’on doit travailler dans la dynamique des grandes villes? Est-ce que l’argent doit servir à mettre les usines à jour?, s’interroge François Guillemette. On sait que c’est un gros problème avec les surverses, où la capacité de traiter les eaux n’est pas suffisante durant les épisodes de fortes pluies.

De son île, Matthew Chapman attend ce chantier avec impatience. J’aimerais voir des usines de traitement des eaux à la hauteur du défi, c'est-à-dire traiter l’eau comme il faut avant de la verser dans les cours d’eau. [...] Je trouve qu’on n’en profite pas assez. Les Québécois et les Québécoises devraient se réapproprier leurs cours d’eau.

Jacob Côté, journaliste à Trois-Rivières.
Jacob Côté

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