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Un risque de cancer du poumon non négligeable à Rouyn-Noranda, selon l’INSPQ

Le docteur Boileau en conférence de presse.

Le directeur de santé publique du Québec, le Dr Luc Boileau

Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Luneau

RCI

Les risques d'avoir le cancer sont plus élevés à Rouyn-Noranda et la santé publique estime que le statu quo n'est plus acceptable.

C'est ce qu'elle conclut en constatant les résultats de l'étude menée par l'Institut national de la santé publique (INSPQ).

Le Dr Luc Boileau affirme que, pour lui, il n’est pas tolérable que les émissions d’arsenic de la Fonderie Horne continuent au même niveau.

Soyons très clairs en ce moment. Pour moi, le maintien des émissions d'arsenic au niveau actuel, ce n'est pas acceptable considérant les impacts sur la santé qui sont connus. Ces émissions-là doivent être révisées à la baisse, a-t-il affirmé.

Si le statu quo persiste, il pourrait y avoir de 13 à 550 cas de plus de cancer du poumon par million d’habitants, alors que le risque considéré comme négligeable au Québec est de 1 cas par million d’habitants.

Estimations des risques de cancer du poumon lié à l’arsenic

Statu quo

de 13 à 554 cas de cancer du poumon de plus par million d’habitants

Exposition à 50 ng/m3

diminution de 36 % du risque

Exposition à 20 ng/m3

diminution de 44 % du risque

Exposition à 3 ng/m3 (norme québécoise)

diminution de 48 % du risque

Source : INSPQ

Lorsqu'on lui a demandé pour quelle raison ces informations n’ont pas été présentées plus tôt à la population, la présidente-directrice générale du Centre intégré de santé et services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT), Caroline Roy, a répondu que c’est réellement tout récemment où on a constaté qu’il y a des inégalités en santé.

Selon le Dr Boileau, les données que l’on détient aujourd’hui ne justifient pas que l’on exige une fermeture de la Fonderie Horne.

Le Dr Boileau s’attend à ce que la Fonderie Horne mette en place des mesures pour réduire ses émissions de métaux lourds. Je pense qu’ils en prennent acte et je crois qu’ils vont cheminer, a-t-il dit.

La santé publique ne recommandera pas à la Fonderie un chiffre précis de concentration d'arsenic.

L’objectif est d’éviter autant que faire se peut ces émissions, sans nécessairement fermer l’entreprise, ça peut être une option, tout dépendant des niveaux qu’ils seront capables d’atteindre, mais ça, c’est une disposition qui sera prise par la communauté et le gouvernement, mentionne le Dr Boileau.

La santé publique attendra la réduction d'émissions que la Fonderie proposera dans les prochaines semaines et évaluera par la suite les risques pour la santé.

L’étude évalue les risques d'avoir le cancer sur une période de 70 ans, soit de 1990 à 2060, en considérant des émissions d’arsenic d’en moyenne 87 nanogrammes par mètre cube, soit la concentration observée dans les dernières années.

Les calculs montrent que, dans un tel scénario, on verrait, dans le périmètre urbain de Rouyn-Noranda, de 1 à 14 cas de cancer du poumon de plus.

Bien que ces chiffres puissent paraître minimes, le Dr Boileau souligne que les données sont préoccupantes.

Si on ramène ça sur des taux de 1 par million, on dépasse largement les risques normalement acceptables et que l’on souhaite éviter quand on est exposés à de tels contaminants, affirme-t-il.

Au Québec, la santé publique considère qu’on ne désire pas plus d’un cancer par millions d'habitants par 70 ans d’exposition.

Des données plus détaillées à venir

Le Dr Boileau assure que la santé publique fournira davantage d’informations à la population dans les prochaines semaines concernant les autres impacts possibles sur la santé, non seulement provenant de l’arsenic, mais aussi des autres métaux lourds.

Le quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda et l'une des cheminées de la Fonderie Horne laissant échapper de la fumée.

Le quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda et la Fonderie Horne

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

La santé publique estime que ces démarches devraient avoir lieu plus rapidement puisque les études précédentes ont permis de colliger les données nécessaires.

C’est pour ça qu’on peut se permettre à ce moment-ci, vu qu’on a regardé la littérature en détail, d'aller creuser des questions très précises, indique Stéphane Trépanier, directeur de la santé publique régionale.

Le Dr Boileau souligne que les autres préoccupations concernant la santé (nouvelle fenêtre) à Rouyn-Noranda, comme l’espérance de vie, les bébés de petits poids et les maladies pulmonaires, ne peuvent pas être attribuées en totalité aux émissions de la Fonderie Horne.

D’assumer aujourd’hui que ces écarts-là sont dus aux émissions serait une erreur grave et serait invraisemblable. Il y a une portion qui peut peut-être être expliquée par ça. On vient de le caractériser pour le cancer, mais pour les autres dimensions, ce serait, je pense, extrêmement étonnant, dit-il.

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