1. Accueil
  2. Justice et faits divers
  3. Crime sexuel

Un agresseur sexuel obtient une absolution pour préserver sa carrière

L'employeur de Simon Houle a indiqué mardi matin avoir renvoyé l'ingénieur, qui était à l'extérieur du pays lorsqu'il a été informé de la décision.

Simon Houle.

Simon Houle a plaidé coupable à des accusations d'agression sexuelle et de voyeurisme.

Photo : Facebook

Geneviève Garon

Un ingénieur de Trois-Rivières qui a agressé sexuellement une femme et pris des photos de ses parties intimes bénéficie d'une absolution conditionnelle afin de lui permettre de voyager pour son travail. La décision est vivement dénoncée par des organismes qui soutiennent les victimes.

En avril 2019, Simon Houle, alors étudiant en génie mécanique à l'Université du Québec à Trois-Rivières, agresse sexuellement une de ses amies lors d'une fête dans un appartement. La femme, qui dort dans une chambre, est réveillée par la lumière d'un appareil photo. Elle sent des doigts dans son vagin qui font un mouvement de va-et-vient. Sa camisole est levée et son soutien-gorge est ouvert. Neuf photos de ses parties intimes sont retrouvées dans le cellulaire de son agresseur.

Plus de deux ans après, l'ingénieur a plaidé coupable à des accusations d'agression sexuelle et de voyeurisme.

Alors que la Couronne réclamait 18 mois de prison, le juge Matthieu Poliquin, de la Cour du Québec, lui a plutôt fait bénéficier d'une absolution conditionnelle, dans une décision rendue le mois dernier.

Il estime que les conséquences d'un casier judiciaire seraient disproportionnées, puisque le tribunal est convaincu que le travail d'ingénieur nécessite des déplacements dans d'autres pays. À noter que Simon Houle, qui a le même employeur depuis 2018, n'a encore jamais eu à voyager pour son travail.

Pas sa première victime

Dans sa thérapie amorcée peu de temps après les accusations, Simon Houle a admis avoir agressé sexuellement une autre femme par le passé, sans être accusé. Cet aveu, quoique troublant selon le juge, démontre son désir de transparence et le sérieux de sa thérapie.

Le juge Poliquin note que l'accusé regrette énormément les gestes posés, a plaidé coupable et éprouve de la honte au point de ne pas avoir informé son père et ses frères des accusations qui pesaient contre lui.

Même s'il souligne le caractère intrusif et grave des crimes commis sur une victime en état de grande vulnérabilité, le tribunal précise que l'agression s'est déroulée somme toute rapidement. L'ivresse de Simon Houle, sans être une justification, permet tout de même d'expliquer un comportement, selon le juge.

Simon Houle.

Alors que la Couronne réclamait 18 mois de prison, Simon Houle a pu bénéficier d'une absolution conditionnelle.

Photo : Facebook

Simon Houle, qui a entrepris un certificat à temps partiel en droit, a démontré qu'il est une personne de bonne moralité et que ses crimes sont contextuels et ponctuels dans sa vie, peut-on lire dans la décision.

L'ingénieur bénéficie donc d'une absolution conditionnelle, assortie d'une probation de trois ans. Soucieux de ne pas banaliser les gestes posés, le juge lui impose de verser un don de 6000 $ au Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Trois-Rivières.

Simon Houle avait des antécédents de conduite avec facultés affaiblies en 2014.

Ça m'enrage

Un proche ami de la victime, qui connaît aussi Simon Houle depuis plusieurs années, se dit enragé que l'agresseur n'ait pas écopé d'une peine plus sévère. Tout le monde est tombé par terre [...] il n'a rien, c'est incroyable, laisse-t-il tomber en entrevue avec Radio-Canada. L'homme a requis l'anonymat afin de ne pas identifier la plaignante, dont l'identité est frappée d'une ordonnance de non-publication.

On a été déconcertés, on a été en colère, on a été peinés pour la victime, pour l'ensemble des victimes, lance Camille Souza, du Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel de Trois-Rivières. Une décision comme ça, c'est injuste pour la victime puisqu'elle défend encore une fois l'agresseur.

Le Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (Centre d'aide aux victimes d'actes criminels) estime que le jugement ne respecte pas l'esprit du rapport Rebâtir la confiance censé mettre l'accent sur le bien-être des victimes. La coordinatrice Karine Gagnon craint qu'une telle décision mine la confiance des victimes envers le système de justice. Quand une victime entend ce genre de choses-là [...] ça peut mettre un frein [à ce qu'elle porte plainte].

Le message au sujet du statut social d'un agresseur serait subtil et pernicieux, selon la doctorante en droit de l'Université d'Oxford Suzanne Zaccour.

L'accusé a grandi dans une bonne famille, il va faire bénéficier la société du fait qu'il va devenir ingénieur et donc on lui donne une absolution conditionnelle, relate-t-elle. Or, si un accusé venait d'un milieu plus défavorisé ou avait une carrière moins prestigieuse, il n'aurait pas cette carte pour dire ''ma carrière est importante et je ne peux pas avoir de dossier judiciaire''.

L'ingénieur a perdu son emploi

Après s'être d'abord dite préoccupée par le jugement, l'entreprise Canimex, qui emploie Simon Houle, a indiqué mardi matin l'avoir congédié. Le vice-président aux ressources humaines de Canimex, Michel Goulet, a précisé que Simon Houle était à l'extérieur du pays lorsqu'il a été informé de la décision.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales annoncera au cours des prochains jours s'il porte la décision en appel.

Joints par Radio-Canada, Simon Houle et son avocat, Pierre Spain, ont refusé de commenter le dossier.

Geneviève Garon

À la une