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La grande séduction de Terre-Neuve-et-Labrador auprès des réfugiés ukrainiens

Une mobilisation gouvernementale et populaire a attiré plusieurs réfugiés ukrainiens dans la province la plus à l’est du pays, qui caresse l’objectif de rajeunir sa population.

Les jeunes réfugiés ukrainiens Kateryna Radchenko, Artem Zelenskyi et Marharyta Sobolieva.

Kateryna Radchenko, Artem Zelenskyi et Marharyta Sobolieva dans leur nouveau quartier, à Saint-Jean de Terre-Neuve.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Papillon

Portrait de Mathieu Papillon, journaliste à Rad
Mathieu Papillon

L’appartement est modeste. Mais pour Kateryna, Artem et Marharyta, ce demi-sous-sol de Saint-Jean n’est rien de moins qu’un refuge loin de la guerre qui dévaste leur pays, l’Ukraine. Et si ces trois jeunes au début de la vingtaine ont choisi de s’établir à Terre-Neuve-et-Labrador, c’est d’abord en raison du nom de la province.

La première chose qui m’est venue en tête, ce sont les chiens labrador, avoue Marharyta en riant. Cette référence canine a été suffisante pour qu’elle entame les démarches qui ont mené les trois amis à bord d’un vol vers l’aéroport de Saint-Jean, le 9 mai.

Depuis leur arrivée dans la province, ce sont plutôt les mots Terre-Neuve qui prennent tout leur sens. Terre-Neuve, ça évoque un nouveau départ, un nouveau commencement. C’est probablement ce dont on a besoin, lance Marharyta.

Un petit drapeau ukrainien.

Un petit drapeau ukrainien flotte sur le terrain des voisins de Kateryna, Artem et Marharyta.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Papillon

Une province qui se démarque

Depuis le début de l’invasion russe, la mobilisation de Terre-Neuve-et-Labrador pour accueillir des réfugiés ukrainiens a été particulièrement vigoureuse. Le vol du 9 mai (nouvelle fenêtre) a été le premier à être nolisé par un gouvernement au pays, devançant même ceux du gouvernement fédéral (nouvelle fenêtre). La province a aussi été la seule à ouvrir un bureau temporaire en Pologne (nouvelle fenêtre) pour mieux guider ceux qui ont fui l'Ukraine.

La situation des Ukrainiens est unique. Ils ont possiblement besoin de plus d’aide que n’importe quel autre peuple. Alors, nous faisons notre part.
Une citation de Gerry Byrne, ministre de l’Immigration de Terre-Neuve-et-Labrador

Cet effort s’explique aussi par l’objectif ambitieux que s'est fixé la province, dont la population est la plus vieillissante du pays : accueillir 5100 nouveaux arrivants par année d’ici 2026. On sait qu’en 2028 la moitié de notre population aura plus de 55 ans, explique Gerry Byrne. Et nous avons déjà de nombreux postes vacants. Nous avons besoin de plus de jeunes pour que notre économie soit prospère.

La solution de l’immigration s’impose aussi pour Chris Evans, copropriétaire du salon de barbier Fogtown, à Saint-Jean. Le manque d’employés qualifiés a été un problème pour mon entreprise, admet-il. Heureusement, il a reçu, il y a quelques semaines, une candidature rare et précieuse : celle de Serhii Firsikov, qui avait de l’expérience comme barbier en Ukraine.

Le barbier Serhii Firsikov, au travail. Il coupe les cheveux d'un client.

Serhii Firsikov pratique maintenant son métier de barbier loin de la guerre.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Papillon

Depuis que les propriétaires du salon de barbier ont annoncé l’arrivée de leur nouveau collègue ukrainien sur les réseaux sociaux, les réactions ont été plus que positives. Des Terre-Neuviens viennent même offrir des pourboires à Serhii, alors qu’ils ne sont pas ses clients.

J’ai rencontré ici beaucoup de bonnes personnes. Je dirais que 9 personnes sur 10 sont de très bonnes personnes.
Une citation de Serhii Firsikov, barbier d’origine ukrainienne

À voir : le reportage de Mathieu Papillon

Une vague de soutien

Ces démonstrations de solidarité, on les voit un peu partout à Saint-Jean. Michelle Delaney a par exemple accéléré les travaux de rénovation de son appartement pour être en mesure d’accueillir Kateryna, Artem et Marharyta à leur arrivée au pays.

En les accueillant dans mon appartement, je leur montre à quel point notre communauté et tous les Terre-Neuviens sont incroyables, soutient Michelle. Parce que tout le monde mérite d’avoir un toit au-dessus de sa tête.

Trois femmes discutent.

Michelle Delaney (à droite) discute en compagnie de Kateryna et Marharyta, deux de ses jeunes locataires ukrainiens.

Photo : Radio-Canada

Des gestes profondément appréciés par ceux qui doivent repartir à zéro. On avait entendu dire que les gens ici étaient super gentils, dit Marharyta. Mais on ne s'attendait pas à ce qu’ils le soient autant.

L’un des meilleurs moyens de constater la générosité des Terre-Neuviens, c’est de jeter un œil au groupe Facebook de soutien aux réfugiés ukrainiens dans la province. Plus de 17 000 personnes en sont membres et jusqu’à une cinquantaine d’offres, comme des emplois disponibles ou des meubles à donner, y sont publiées chaque jour.

Notre hospitalité et notre générosité sont des grandes forces de la province, dit fièrement Michael Holden, le créateur du groupe Facebook, qui espère que cet espace virtuel de générosité concernera bientôt l'ensemble des immigrants, pas seulement ceux qui arrivent de l'Ukraine.

On espère que cette guerre va bientôt finir en Ukraine, explique-t-il, mais on voudra toujours accueillir quiconque veut s’établir à Terre-Neuve-et-Labrador. C’est l’objectif à long terme.

Un drapeau ukrainien tricoté.

Un drapeau ukrainien tricoté peut être aperçu dans le quartier touristique Quidi Vidi.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Papillon

Ceux qui, comme Serhii, ont pu profiter de cette récente vague de solidarité espèrent d’ailleurs aussi que les prochains nouveaux arrivants de la province auront droit au même traitement. Parce que nous sommes tous humains et que nous avons tous parfois besoin d’un coup de main, résume-t-il.

Portrait de Mathieu Papillon, journaliste à Rad
Mathieu Papillon

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