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Déception à la suite de l’annonce du nouveau moratoire sur la pêche de la morue

Des morues nagent dans la mer.

Pêches et Océans Canada a affirmé que les stocks de morue dans le nord du golfe sont « profondément dans la zone critique ».

Photo : Gracieuseté

Catherine Gosselin

L’Association des pêcheurs de la Basse-Côte-Nord dénonce le manque de communication et de compensation du gouvernement à la suite de l’annonce du nouveau moratoire sur la pêche commerciale de la morue dans le nord du golfe du Saint-Laurent.

Le ministère des Pêches et des Océans a annoncé lundi l’interdiction, pour un an, de la pêche commerciale de la morue (nouvelle fenêtre) dans l’objectif de protéger la ressource. Le plan de gestion est conçu en vue de permettre aux jeunes poissons des secteurs de l’est de Pointe-des-Monts, en passant par toute l’étendue d’eau qui entoure l’île d’Anticosti, jusqu’à Blanc-Sablon et en descendant par la côte ouest de Terre-Neuve, d’atteindre la maturité.

Par le fait même, le moratoire devrait donner l’occasion au stock de morue du nord du golfe de se reconstituer. À l’heure actuelle, d’après les données fournies par le ministère des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, la quantité de morue du nord du golfe se trouve à 10 % de son point de référence limite. Il s’agit de l'état le plus préoccupant dans l’ensemble des stocks de morues du Canada atlantique d’après le Ministère.

Joyce Murray sourit.

Joyce Murray explique que le gouvernement continuera de travailler avec ses partenaires et les intervenants pour aider à régénérer ce stock de poissons.

Photo : Parti libéral du Canada

Pour sa part, la ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, Joyce Murray, indique qu’il s’agit d’une décision difficile. Je reconnais que cette fermeture commerciale posera des défis économiques à de nombreux pêcheurs, et qu'elle surviendra à un moment difficile pour les gens de Terre-Neuve-et-Labrador et du Québec, explique-t-elle dans un communiqué de presse.

L’impact de l’interdiction

Environ 180 pêcheurs de poissons de fond sont touchés par cette annonce. Selon M. Nadeau, ils seraient toutefois entre 55 et 75 personnes à pratiquer activement la pêche commerciale de la morue.

Il ajoute que ceux qui subiront davantage les conséquences du moratoire sont les pêcheurs de la Basse-Côte-Nord, entre autres à Blanc-Sablon. M. Nadeau rappelle l’importance de la morue pour ces gens. La morue est importante dans la culture. Dans la diète de ces gens-là, c’est aussi un moyen d’assurer quelques semaines de salaire et il s’agit d’un revenu complémentaire non négligeable, explique le président de l’Association des pêcheurs de la Basse-Côte, Paul Nadeau.

Paul Nadeau, de l'Association des pêcheurs de la Basse-Côte-Nord.

Le président de l'Association des pêcheurs de la Basse-Côte-Nord, Paul Nadeau, espère s’entretenir avec le ministère des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne avant l’automne.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle Plamondon

L’une des choses que le président dénonce est le moment choisi pour faire l’annonce de cette interdiction. Faire une annonce comme ça, le 4 juillet, c’est un peu un manque de respect pour l’industrie. Normalement, la saison de pêche est du 5 juillet au 5 août environ. C’est inacceptable de faire une annonce aussi tardive, déclare-t-il

Il déplore également le manque de compensation pour les pêcheurs. On a du flétan de l’Atlantique en surabondance et aucune augmentation du quota n’a été octroyée en 2022. Si ça avait été fait, ça aurait pu aider les pêcheurs de poissons de fond qui attrapent la morue, à compenser en quelque sorte la perte de cette pêche, indique M. Nadeau.

Pour de nombreux pêcheurs qui dépendent de la pêche à la morue, savoir que la pêche récréative est pour sa part maintenue est une véritable déception.

Avec l’arrêt complet de la petite pêche à la morue qui se fait, ce n’est pas comme ça qu’on va sauver l’espèce. C’est insultant pour les pêcheurs commerciaux de ne pas pouvoir aller pêcher un petit quota artisanal et de savoir que la pêche récréative est allouée.
Une citation de Paul Nadeau, président de l’Association des pêcheurs de la Basse-Côte

Il tient aussi à dénoncer le manque de transparence et de communication du gouvernement fédéral. C’est comme si l’opinion de l’industrie comptait pour très peu et c’est préoccupant. L’intendance partagée, entre l’industrie et le Ministère, est passé directement par la fenêtre ce coup-ci. On ne s'est pas senti écouté et consulté du tout, exprime ce dernier.

Des solutions

Paul Nadeau tient tout de même à préciser que l’association est d’accord avec le Ministère sur l’importance de protéger la morue du nord du golfe du Saint-Laurent. Il propose toutefois une autre manière de veiller à la survie de l’espèce. On veut promouvoir une approche plus écosystémique. Si on veut rétablir le stock de morue, il va falloir que tout le monde fasse des sacrifices. Dans certains endroits, on pêche des espèces qui nourrissent la morue, alors tout le monde devrait mettre de l’eau dans son vin, pas juste les pêcheurs de morue, conclut-il.

Des morues dans un aquarium.

Pour sa part, la pêche sentinelle, la pêche scientifique où les pêcheurs recueillent des données sur les espèces, reste autorisée.

Photo : getty images/istockphoto / Vlada_Z

Paul Nadeau espère s’entretenir avec le ministère des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne avant l’automne.

La décision concernant l'interdiction de la pêche à morue commerciale sera réévaluée avant la saison 2023.

Avec la collaboration de Alice Proulx

Catherine Gosselin

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