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1er juillet 2022 : une journée de réflexion et de réconciliation pour plusieurs

Des drapeaux canadiens flottent devant des édifices gouvernementaux à Ottawa.

De nombreux Canadiens vont profiter de la fête du Canada pour réfléchir au passé du pays et à ses relations avec les peuples autochtones.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Grégory Wilson

De nombreux Canadiens estiment que le 1er juillet est une occasion toute désignée pour la réflexion et la réconciliation.

Dans le Nord de l’Ontario par exemple, les Premières Nations de Mushkegowuk ont décidé qu’elles ne célébreront pas la fête du Canada, pour une deuxième année de suite.

Les huit communautés considèrent plutôt le 1er juillet comme un jour de deuil à la mémoire des enfants autochtones morts dans les anciens pensionnats.

Le chef de la Première Nation de Moose Cree, Mervin Cheechoo, souhaite d’ailleurs que les Canadiens profitent de cette journée pour en apprendre davantage sur l'héritage et l'histoire des peuples autochtones.

Dans le sud de la province, le président régional et directeur général de la région de Durham, John Henry, indique de son côté vouloir mettre la réconciliation avec les peuples autochtones à l'avant-plan de ses célébrations, comme c’était le cas l’an dernier.

Il appelle les citoyens à profiter de cette fête du Canada pour reconnaître le passé du pays et travailler ensemble vers un meilleur avenir.

La professeure en psychologie à l’Université du Québec à Montréal et cotitulaire de la Chaire Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent, Ghayda Hassan, estime aussi qu’il est important que le thème de la réconciliation soit abordé le 1er  juillet.

Il va y avoir une réouverture des plaies, un retour sur les échecs en matière de réconciliation sur ces traumatismes historiques. [...] Et je pense que plusieurs communautés qui se sentent marginalisées vont s’attendre à ce qu’il y ait finalement une reconnaissance de cette histoire coloniale du pays, indique-t-elle.

Elle se réjouit par ailleurs du fait qu’il y a, selon elle, une plus grande ouverture de la part de certaines institutions, comme des gouvernements et des corps policiers, de reconnaître le passé canadien.

Le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, affirme quant à lui dans une déclaration écrite que la fête du Canada est un moment de joie et l’occasion de célébrer un pays dont nous sommes fiers pour la vaste majorité des Canadiens.

Il ajoute toutefois que cette journée devrait aussi être un moment de réflexion sur l'héritage du colonialisme et ses répercussions actuelles sur les peuples autochtones. Ainsi, croit-il, les Canadiens ont la responsabilité collective de continuer à travailler à la réconciliation – et à réfléchir à notre responsabilité à la fois individuelle et collective.

Les Canadiens moins investis?

De son côté, la poète et professeure adjointe de politique et d'études canadiennes à l'Université Mount Saint Vincent à Halifax, El Jones, juge au contraire que les Canadiens sont moins intéressés par la réconciliation que lors de la fête du Canada en 2021, qui a eu lieu juste après les premières découvertes de sépultures d'enfants autochtones.

On passe si rapidement d’un grand enjeu de société à un autre. Ainsi, il se peut que le public ait arrêté de se concentrer attentivement sur ce que ça veut dire de célébrer la fête du Canada. Les répercussions du passé canadien se font toujours ressentir, précise la professeure.

Par exemple, il y a toujours de nombreux enfants autochtones dans le système de protection de l’enfance, et les femmes autochtones représentent désormais environ 50 % de la population carcérale féminine dans les prisons fédérales (nouvelle fenêtre). Aussi, certaines communautés de Premières Nations n’ont toujours pas accès à de l’eau potable.

Mme Jones déplore également le fait que certains ne veulent pas ajouter des éléments de culture autochtone aux célébrations de la journée.

Elle se réfère ici notamment au fait que certains Winnipegois se sont dits déçus (nouvelle fenêtre) que l’organisme responsable des festivités dans la capitale manitobaine modifie sa programmation.

Si nous ne sommes même pas capables d’accepter des changements dans la façon dont on célèbre cette journée, comment pouvons-nous espérer être en mesure d’accepter les droits territoriaux ou encore l’histoire des peuples autochtones et tenter de leur rendre justice?

Ça démontre à quel point nous avons toujours du chemin à faire et qu'il y a de la résistance au changement.
Une citation de El Jones, poète et professeure adjointe de politique et d'études canadiennes à l'Université Mount Saint Vincent

Selon elle, ce refoulement est la preuve que de nombreux Canadiens sont toujours réticents à vouloir examiner la question de l’existence du racisme systémique au pays.

Une journée moins tendue?

Malgré la manifestation prévue à Ottawa vendredi (nouvelle fenêtre), Ghayda Hassan s’attend à ce que la fête du Canada soit plutôt festive à travers le pays cette année.

Je pense qu’il y a un petit relâchement des tensions sociales qui étaient vraiment intenses en raison de la crise de la COVID-19, explique-t-elle.

La professeure croit d'ailleurs que les manifestations dans la capitale fédérale plus tôt cette année représentaient ce bouillonnement de colère, de frustration, de complotisme, et bien d’autres choses.

Depuis, raconte-t-elle, les Canadiens ont vu l’allègement des restrictions sur les déplacements au printemps, puis en ce début d’été donc les gens peuvent enfin partir en vacances, ils peuvent enfin retrouver une sorte de normalité dans leur vie.

Donc, je crois qu’il va y avoir une célébration, il va y avoir un peu d'ambiance, conclut Mme Hassan.

Grégory Wilson

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