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Un nouvel étiquetage sur les produits trop gras, sucrés ou salés

Le ministre de la Santé Jean-Yves Duclos, à côté de produits transformés et du nouveau logo.

Le nouveau symbole devra être apposé sur les produits transformés dès 2026.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Jean-François Thériault

Les produits riches en sucre, en sel et en gras saturés auront bientôt un signe distinctif bien à eux sur les tablettes des épiceries.

Ottawa imposera de nouvelles règles d'étiquetage à l'industrie alimentaire. Elle devra indiquer clairement, sur le devant de l'emballage, si un produit contient de grandes quantités d'ingrédients particulièrement mauvais pour la santé.

De passage dans un supermarché d'Ottawa, le ministre de la Santé du Canada, Jean-Yves Duclos, a présenté le nouveau symbole qui devra être apposé sur ces aliments.

On sait qu'il n'est pas toujours facile de faire des choix plus sains, a dit le ministre. Nous avons besoin de moyens rapides et faciles pour savoir quelles options sont les plus saines.

De très petits changements dans notre régime alimentaire peuvent faire une grande différence, a-t-il plaidé.

Mieux se retrouver dans la « jungle »de l'épicerie

Enfin!, s'exclame la présidente de l'Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec (ODNQ), Paule Bernier, jointe au téléphone. On sait que ce ne sont pas tous les consommateurs qui prennent le temps de retourner le produit pour lire le tableau nutritionnel. Et encore, ce n'est pas tout le monde qui peut le lire, ajoute-t-elle.

Photo d'une allée de boîtes de céréales dans un supermarché.

Les céréales à déjeuner sucrées font partie des produits visés par la nouvelle réglementation.

Photo : Radio-Canada

Une réglementation de la sorte était devenue indispensable, selon Mme Bernier.

S'il n'y avait pas autant de pression de la part de l'industrie et autant de liberté dans le marketing [des aliments ultratransformés], on n'en serait pas là, dit-elle. Si on y est, c'est parce que c'est nécessaire d'un point de vue de santé publique.

C'est la jungle dans les épiceries.
Une citation de Paule Bernier, présidente de l'Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec

Le gouvernement fédéral donne toutefois un délai de trois ans et demi à l'industrie agroalimentaire pour s'adapter. La nouvelle réglementation sur l'étiquetage n'entrera en vigueur qu'en janvier 2026.

Le reportage d'Aimée Lemieux et l'entrevue avec la nutritionniste Isabelle Marquis

Des exemptions notoires

Mais certains aliments échapperont à cette nouvelle réglementation. C'est le cas, entre autres, du lait, du beurre, du fromage et de la viande hachée.

En point de presse, le ministre Duclos s'est défendu d'avoir cédé à la pression des lobbies de l'industrie. Cette décision serait, selon lui, le fruit d'un travail collaboratif et consultatif exceptionnel avec tous les acteurs concernés.

Cette exemption est un grand soulagement pour Jean-Thomas Maltais, le président de l'Association des producteurs de bovins du Québec. On voyait la date approcher et on était découragés... on se disait : "Pourquoi la viande hachée serait différente d'un roastbeef?" Ça n'avait aucun sens, dit-il, en soulignant que 50 % du bœuf consommé au Canada est haché.

Portrait de Jean-Thomas Maltais.

Le président de l'Association des producteurs de bovins du Québec, Jean-Thomas Maltais.

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

Son association, membre de l'Association canadienne des éleveurs de bovins (ACEB), a mis de la pression sur la colline du Parlement ces dernières semaines pour que ces produits ne soient pas soumis au nouveau règlement.

Ça aurait été une catastrophe. Ça aurait tué notre industrie.
Une citation de Jean-Thomas Maltais, président de l'Association des producteurs de bovins du Québec

Et les producteurs reçoivent l'appui de spécialistes de l'alimentation sur cette question.

Exclure ces produits de la liste est une bonne chose, selon Bernard Lavallée, connu sous le pseudonyme du Nutritionniste urbain. Ce sont des produits frais, non transformés, dans lesquels on n'a rien rajouté, dit-il en entrevue, les jugeant préférables à n'importe quel produit ultratransformé.

Il insiste : c'est important de ne pas démoniser ces aliments-là, ajoute-t-il. Il invite tout de même à les inclure avec parcimonie dans son alimentation.

Une opinion partagée par la présidente de son ordre professionnel. L'énergie qui a dû être mise pour identifier les produits très transformés... déjà, c'est beaucoup, dit Paule Bernier. Ce n'est pas un plan parfait, mais c'est un sacré pas en avant, ajoute-t-elle.

Une approche adaptée?

Mais tous ne sont pas aussi enthousiastes devant la stratégie adoptée par Ottawa.

C'est le cas de Stéphanie Côté, nutritionniste et auteure du livre Bien acheter pour mieux manger. Elle craint que celle-ci ne fasse que faire peur aux gens et n'encourage la culture des diètes.

Je ne suis pas fan des approches négatives, qui disent aux gens ce qu'il ne faut pas manger. Au contraire, il faut changer les habitudes de façon positive, en misant sur l'éducation et en faisant la promotion des fruits et des légumes, par exemple, dit-elle.

Personne ne s'achète un pogo en se disant : "C'est bon pour ma santé"... Est-ce que c'est nécessaire de culpabiliser? Est-ce que c'est la meilleure façon de convaincre?
Une citation de Stéphanie Côté, nutritionniste et auteure

Bernard Lavallée se méfie également de la réaction de l'industrie. En insistant seulement sur trois nutriments – le gras, le sel et le sucre –, il craint qu'Ottawa ne pousse les fabricants à revoir leurs recettes et à tenter de présenter leurs produits comme étant dorénavant sains.

Une boisson gazeuse, même sans le sucre, ça reste un produit ultratransformé, et ça reste quand même à éviter, dit-il, ajoutant que les études tendent à montrer que c'est la transformation même des produits, et non des ingrédients spécifiques, qui sont à l'origine de problèmes de santé.

En point de presse, le ministre Jean-Yves Duclos a assuré que ce nouvel étiquetage était fondé sur des preuves scientifiques et que ses bénéfices étaient largement reconnus par les scientifiques et les experts des organisations mondiales, y compris l'OMS.

Il a cité en exemple de nombreux pays, dont le Chili, qui ont observé une baisse significative de la consommation de sucre et de sel après avoir adopté une réglementation similaire.

Jean-François Thériault

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