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Comment les talibans ont-ils utilisé les réseaux sociaux à leur avantage?

Plusieurs résidents de Kaboul entourent trois talibans assis sur une motocyclette. Deux d'entre eux prennent un égoportrait avec eux pendant qu'un autre photographie la scène.

Selon Brian McQuinn, les talibans ont utilisé Twitter beaucoup plus que Facebook, Instagram et YouTube pour soutenir leur cause en 2021. (archives)

Photo : Reuters / Mohammad Ismail

Ernst Jeudy
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Des chercheurs de l'Université de Regina, de l'Université de Princeton, de l'Université de l'Alberta et de l'Université du Maryland ont mené une étude conjointe sur le rôle central des médias sociaux dans la prise de contrôle de l'Afghanistan par les talibans.

Le rapport, intitulé Powered by Twitter? The Taliban's Takeover of Afghanistan, s'est penché sur la façon dont les talibans ont utilisé les médias sociaux, particulièrement Twitter, comme arme.

Les talibans ont utilisé Facebook, Instagram et YouTube pour soutenir leur cause , explique par voie de communiqué le professeur adjoint à l'Université de Regina et auteur principal du rapport Brian McQuinn.

Twitter, un outil puissant pour les talibans

L'influence des talibans sur les médias en Afghanistan a été mesurée par le niveau d'intérêt accordé au contenu taliban entre le 1er avril et le 16 septembre 2021.

Les talibans ont utilisé Twitter plus que toute autre plateforme de médias sociaux, publiant 23 fois plus de contenu sur Twitter que sur Facebook, révèle Brian McQuinn, qui est également le codirecteur du Centre for Artificial Intelligence, Conflict and Data (CAIDAC).

Selon le rapport, les messages Twitter des talibans ont suscité plus de 8 millions de réponses, 7 millions de mentions J'aime, près de 1 million de partages, 400 000 réponses et 94 000 citations.

Les chercheurs notent également que les partages et les mentions J'aime sont montés en flèche à la mi-août, au moment de la chute de Kaboul.

Les talibans ont été si efficaces dans l'utilisation de Twitter pour atteindre leur public national qu'ils ont généré plus de quatre fois plus d'intérêt accordé au contenu sur la plateforme que les 18 grands organismes de presse afghans réunis, souligne le rapport.

Les stratégies des talibans

L'étude réalisée par les quatre universités a défini les six stratégies distinctes utilisées par les talibans pour manipuler les publics international et national. Ces stratégies ont été mises en application jusqu'au retrait des troupes américaines et à la prise de contrôle de Kaboul.

Les talibans ont mis l'accent sur les victoires militaires tout en sapant la légitimité du gouvernement afghan. Ils ont également mentionné et amplifié les erreurs et les morts causées par les forces américaines et afghanes.

Toujours selon le rapport, les talibans ont mis en évidence leurs succès en matière de recrutement et les défections dans l'armée afghane. Ils ont dressé le profil de leurs relations avec les gouvernements étrangers et la communauté internationale.

La politique de modération des plateformes remise en cause

Les chercheurs se sont intéressés à la politique mise en place par ces plateformes visant à contenir les messages de désinformation et de violence.

Alors que chacune de ces plateformes prétendait prendre des mesures contre les comptes talibans, l'efficacité ou la portée de leurs efforts est discutable, affirme Brian McQuinn.

Le rapport conclut que les plateformes de médias sociaux doivent améliorer leurs stratégies de modération des comptes en combinant des outils et des méthodes spécifiques à chaque pays.

Cela passe par une compréhension détaillée des groupes armés et de leurs stratégies de manipulation des informations en ligne, selon les chercheurs.

Ces derniers formulent cinq recommandations spécifiques à l'intention des entreprises de médias sociaux.

Le rapport propose que ces entreprises appliquent les politiques existantes de modération de contenu et renforcent la coordination entre les équipes internes.

Les chercheurs se prononcent en faveur de la construction et la maintenance d’un système d'apprentissage continu. Celui-ci aurait pour mission de surveiller et de s'adapter plus rapidement que ceux qui utilisent les réseaux sociaux à des fins de désinformation.

Ils réclament également un meilleur accès aux données des entreprises afin de mener des recherches supplémentaires dans ce domaine.

Le travail des chercheurs salué par l'Université de Regina

La vice-présidente aux recherches de l'Université de Regina, Kathleen McNutt, se félicite de la collaboration de l'Université de Regina à cette étude.

Les médias sociaux sont l'un des principaux diffuseurs de fausses informations dans les zones de conflit armé et dans toutes sortes de contextes politiques et sociaux.
Une citation de Kathleen McNutt, vice-présidente aux recherches de l'Université de Regina

Je suis extrêmement fière que les chercheurs de l'Université soient à l'avant-garde de ce travail incroyablement important et qu'ils élaborent des solutions pour gérer ce problème aujourd'hui et à l'avenir, affirme-t-elle.

Comme nous l'avons vu, les gens du monde entier, y compris au Canada, sont sensibles à la manipulation et à la propagande en ligne , conclut-elle.

Ernst Jeudy
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