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À Lytton, la reconstruction est semée d’embûches

Deux nains de jardin sont posés sur le muret extérieur des décombres d'une maison détruite par le feu.

Les décombres de certaines maisons détruites en juillet 2021 sont toujours intacts un an plus tard.

Photo : Radio-Canada / Simon Gohier

Benoît Ferradini

Un an après l'incendie qui a rasé le village britanno-colombien de Lytton (nouvelle fenêtre), les résidents attendent encore de savoir quand ils pourront commencer à reconstruire leurs maisons détruites. Beaucoup sont frustrés et déçus. De leur côté, administrations et assurances font face à un chantier sans précédent, qui s'est révélé être un véritable casse-tête.

Comme beaucoup de résidents de Lytton, Megan Fandrich est contrainte depuis un an à observer de loin les restes de sa propriété. Elle n'a pu revenir que deux fois sur le terrain du café d'artistes qu'elle avait créé en 2017.

Rien n'a changé. Les débris qui étaient sur mon terrain le 1er juillet 2021 sont encore là.
Une citation de Megan Fandrich, résidente de Lytton
Une femme tient sa fille dans ses bras devant sa maison.

Megan Fandrich vit encore à Lytton avec sa fille, mais elle a perdu le café qu'elle avait créé au centre-ville.

Photo : Radio-Canada / Simon Gohier

Pendant des mois, le site du village est resté clôturé. Il était interdit d'accès pour cause de contamination possible.

Le drame qui a frappé Lytton était très inhabituel, et les administrations locale, provinciale et fédérale ont dû partir de zéro pour établir un plan de reconstruction.

Les archives ont brûlé

L'un des défis les plus importants est que la municipalité a perdu toutes ses archives dans l'incendie, y compris les plans du village. La gestion de la décontamination du site a aussi pris plusieurs mois, et est en encore en cours.

En plus, Lytton étant bâti sur un ancien village autochtone, chaque coup de pelle doit recevoir l'autorisation des services archéologiques provinciaux.

La première tâche qu'on a effectuée depuis novembre, c'est de décontaminer les sites qui n'étaient pas assurés, explique James Heigh, employé par l'entreprise Colliers Project Leaders, qui est chargée du nettoyage du village. Environ 90 propriétés n'étaient pas assurées.

On a terminé le nettoyage des débris de surface sur 80% des sites non assurés.
Une citation de James Heigh directeur de projet pour la reconstruction de Lytton
Une pelle mécanique sur le sol, devant les décombres d'une maison brûlée.

Depuis novembre 2021, des équipes de nettoyage décontaminent les propriétés de Lytton l'une après l'autre.

Photo : Radio-Canada / Simon Gohier

Certains propriétaires refusent les travaux

Soixante autres propriétés étaient assurées, avec des compagnies d'assurance qui ne s'entendent pas sur les travaux et les remboursements à effectuer.

Certaines compagnies d'assurance ont également demandé aux propriétaires de ne pas signer la décharge autorisant les équipes de Colliers Project Leaders à travailler sur leurs terrains.

Mais après des mois de négociations, James Heigh explique que d'autres compagnies d'assurance viennent d'accepter d'engager son entreprise pour mener les travaux de décontamination.

Megan Fandrich a dû se résoudre à ne pas reconstruire son café. Elle était assurée, mais de son propre aveu, pas pour un montant assez élevé.

Ma police d'assurance ne couvrirait maintenant que la moitié d'un nouveau bâtiment, explique-t-elle. Pour avoir la même chose qu'avant, je devrais prendre un prêt, ce que je ne peux pas me permettre.

Le prix de la reconstruction a doublé depuis 2021
Une citation de Megan Fandrich, résidente de Lytton

Des résidents ont perdu espoir de revenir habiter

Après plus d'un an d'attente, d'autres résidents forcés de vivre ailleurs ont déjà décidé qu'ils ne reviendraient plus habiter dans le village.

Beaucoup sont encore trop émus pour accepter de se confier à la caméra. Certains accumulent frustration après frustration, et même les nombreuses aides des gouvernements provincial et fédéral ne font rien pour les rassurer.

Quand le ministre du Développement international et député de Vancouver-Sud, Harjit Sajjan, est venu à Lytton le 14 juin 2022 pour annoncer que le village deviendrait un modèle de constructions carboneutres (nouvelle fenêtre) ainsi que résistantes au feu, le résident Pierre Quévillon n'a pas apprécié.

Un homme assis sur une chaise caresse son chien.

Pierre Quévillon a dû abandonner deux de ses chiens quand il s'en enfuit de sa maison en feu le 1er juillet 2021.

Photo : Radio-Canada / Simon Gohier

Ils veulent s'en venir avec une ville qui va être résistante aux feux, confie-t-il. Je ne sais pas quels sont les plans, mais ce que j'entends dire, c'est que t'auras pas droit d'avoir des arbres sur ton terrain, ou de clôtures de bois. Voyons donc, on va-tu vivre dans une ville de métal et de ciment quand on vit en plein coeur des montagnes?

Ça n'a pas de sens!
Une citation de Pierre Quévillon, résident de Lytton

Pierre Quévillon, qui est devenu l'un de nos interlocuteurs privilégiés depuis un an, vit encore à Lytton, dans une chambre de motel, en attendant de pouvoir reconstruire sa maison.

Certains propriétaires ont déjà des plans d'architecte et des entrepreneurs prêts à commencer les travaux. D'autres attendent encore de savoir comment financer leur construction. Mais tous savent que le chemin avant d'emménager sera long.

Jusqu'à maintenant, on s'est concentrés sur le nettoyage des débris, et enlevé les objets dangereux, détaille James Heigh. Une fois qu'on en aura enlevé la majorité, on va creuser pour trouver les services municipaux, comme les égouts. Puis on remplacera les trottoirs, les intersections, les bornes-fontaines et les conduites d'eau qui ont été endommagées.

Attendre le printemps 2023

Une fois les égouts, les conduites d'eau potable, et les poteaux d'électricité rétablis, l'automne sera à nos portes.

Et même si les autorités assurent que le village sera prêt à débuter la reconstruction fin septembre, beaucoup de professionnels, dont James Heigh, conseillent de laisser passer l'hiver et d'attendre le printemps prochain pour commencer à reconstruire.

Près de deux ans après l'incendie.

Benoît Ferradini

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