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Le mandat de la réconciliation de Mary Simon

Mary Simon dans le nord du Québec.

La gouverneure générale Mary Simon lors d'une visite officielle au Nunavik en mai 2022.

Photo : le Sgt Mathieu St-Amour, Rideau Hall © BSGG, 2022

Gabrielle Paul

À l’approche du premier anniversaire de son mandat, la gouverneure générale du Canada porte un regard posé sur le chemin parcouru dans la dernière année. Pour l’occasion, Mary Simon, la première Autochtone à occuper le poste, ouvre les portes de Rideau Hall à Espaces autochtones.

C’est une journée où la résidence de la représentante de la monarchie britannique n’est pas ouverte au public. Aucun bruit n’est discernable à part les occasionnels pas sur le plancher qui craque ou les portes qui se ferment.

Rideau Hall, immense demeure de 175  pièces, est un hybride des styles victorien et édouardien témoignant de l’époque où la construction du bâtiment a débuté.

C’est dans un grand salon que Mme Simon accorde l’entrevue.

Je n'aurais jamais cru un jour me retrouver dans cette position, affirme-t-elle.

Il y a un certain contraste entre le faste des lieux et les quelques pièces d’arts autochtones qui s’y trouvent.

Ce contraste n’est pas sans rappeler que pour certains Autochtones qui se sont exprimés sur les réseaux sociaux, le fait qu’une Inuk occupe un poste représentant ainsi le colonialisme est digne du syndrome de Stockholm.

Pour la principale intéressée, il n’en est rien.

Je ne vois pas de contradiction dans ma situation, dit-elle. Pour moi, il n'est pas nécessaire d'être quelque chose de spécifique pour en faire partie.

Mme Simon assise sur un canapé devant une bibliothèque contenant livres et sculptures.

Mary Simon lors de l'entrevue accordée à Espaces autochtones en juin 2022.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Elle reconnaît cependant pourquoi certains pourraient y voir un certain conflit.

Je ne me vois pas en conflit, je ne fais qu'être qui je suis, poursuit-elle. Je suis une Autochtone, je suis une Inuk. Ma culture et ma langue sont avec moi. Je peux vivre à Rideau Hall et représenter les Autochtones.

Après un an à Rideau Hall, Mme Simon maintient que c'est notamment le fait de parler inuktitut qui lui permet de vivre pleinement son identité inuit.

Les langues sont rattachées à des identités culturelles qui sont importantes pour chacun d'entre nous, donc je respecte toutes les langues et je veux que les langues autochtones soient aussi respectées, dit-elle.

La question de la langue a par ailleurs marqué le début de son mandat. En juillet 2021, des plaintes avaient été formulées auprès du Commissariat aux langues officielles puisque Mme Simon ne maîtrisait pas le français. Ces plaintes ont ensuite été jugées non fondées (nouvelle fenêtre).

Au printemps 2022, la gouverneure générale s'est aussi trouvée au cœur d'une controverse en raison d'une facture de près de 100 000 $ (nouvelle fenêtre) pour des services de traiteur à bord d'un avion qui la transportait dans le cadre d'un séjour à Dubaï. Un comité parlementaire (nouvelle fenêtre) doit se pencher sur l'affaire.

Néanmoins, pour Mme Simon, son rôle est au-delà des controverses.

Ma nomination permet au Canada d'avoir les conversations difficiles et douloureuses par rapport à l'histoire. Mon rôle est une occasion de guérison, de pardon et de discussions franches.
Une citation de Mary Simon, gouverneure générale du Canada

Ce que les peuples autochtones ont vécu a été caché pendant trop longtemps, ajoute-t-elle. J'ai la capacité de réunir les gens autour de ces enjeux.

Ce travail de réconciliation a été un peu ralenti en début de mandat, en raison de la pandémie, souligne celle qui est née d'une mère inuk et d'un père anglais à Kangiqsualujjuaq, au Nunavik.

On pouvait moins voyager en raison des restrictions toujours en vigueur, explique-t-elle.

La nomination de Mary Simon, à l'été 2021 (nouvelle fenêtre), est survenue dans la foulée des découvertes de sépultures anonymes près d'anciens pensionnats à travers le pays.

Par ailleurs, elle a récemment participé à la commémoration de la première année depuis les premières découvertes à Kamloops (nouvelle fenêtre), en Colombie-Britannique.

Ces découvertes ont un impact continu sur le Canada et il y a encore tant de gens qui sont en deuil de leurs enfants. [...] Voir le site et visiter le pensionnat a également eu un grand impact sur moi. [...] Grâce à Kamloops, les gens ont vu la véritable histoire et le pays est plus prêt que jamais à travailler là-dessus et à trouver les moyens de vivre ensemble, côte à côte, dans le respect de toutes les cultures, croit Mary Simon.

Des membres de la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc vêtus de chandails orange jouent du tambour lors de la cérémonie marquant le premier anniversaire de la découverte de sépultures anonymes près de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops, en Colombie-Britannique, le lundi 23 mai 2022.

Les membres de la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc ont souligné le premier anniversaire de la découverte de sépultures anonymes en mai 2022.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Mme Simon a par ailleurs pu discuter de ces découvertes avec la reine Élisabeth II lors de leur première rencontre.

Elle était au courant de la situation, dit-elle. J'ai compris qu'elle voulait qu'une solution à tout ça soit trouvée.

Cette rencontre avec celle qu'elle représente au Canada a été un grand moment pour Mary Simon.

Je la suis depuis de nombreuses années. [...] Quand j'étais jeune, dans l'Arctique, les aînés, dont ma grand-mère, parlaient de la reine et ils avaient beaucoup de respect pour elle, se souvient-elle.

Mary Simon et son conjoint devant la cathédrale.

Au début de juin 2022, la gouverneure générale et son mari Whit Fraser ont participé à une cérémonie en hommage au règne de la reine Élisabeth II à la Cathédrale Saint-Paul à Londres.

Photo : le Sgt Mathieu St-Amour, Rideau Hall © BSGG, 2022

Elle est un modèle pour beaucoup de gens et surtout pour moi en tant que femme, continue-t-elle.

J'ai souvent été la seule femme lors de rencontres importantes, souligne-t-elle en souriant.

Avant d'être gouverneure générale, Mary Simon a notamment participé à la négociation de la Convention de la baie James et du Nord québécois.

Elle a aussi participé aux négociations qu'ont menées des leaders autochtones lors du rapatriement de la Constitution canadienne en 1982. C'est d'ailleurs à cette occasion qu'elle a pris davantage conscience du rôle de gouverneur général.

Mais même à ce moment, je n'imaginais pas que j'occuperais le poste un jour, précise-t-elle au rythme d'un léger rire.

Mary Simon observe deux femmes inuk pratiquer le chant de gorge.

Des chanteuses de gorge ont participé au Festival autochtone du solstice d'été à la ferme Mādahòkì, en Ontario, où se trouvait Mme Simon.

Photo : le Sgt Mathieu St-Amour, Rideau Hall © BSGG, 2022

Prochainement, Mme Simon rencontrera le pape François lors de son passage à Québec (nouvelle fenêtre) à la fin du mois de juillet.

Les dirigeants autochtones avaient besoin qu'il vienne sur leurs territoires, rappelle-t-elle. Les attentes sont élevées. J'ai hâte de pouvoir faire partie de cette conversation.

Gabrielle Paul

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